Tesla enchaîne les mauvaises nouvelles : incendies, accidents, départs...

Elon, un tweet ? 90
Accès libre
image dediée
Crédits : Win McNamee/Getty Images News/Thinkstock
Automobile
Sébastien Gavois

Lors du dernier accident mortel, l'Autopilot de la Model 3 était activé. Ce n'est pas la première fois, mais cela reste un coup dur pour Tesla. Dans le même temps, un nouvel incendie sur un parking a poussé la société à déployer une mise à jour « par prudence ». Au milieu de tout ça, le directeur monde de la communication quitte la société.

Il y a des semaines avec et d'autres sans. Le fabricant de voitures électriques est clairement dans le second cas actuellement. En l'espace de quelques jours, les mauvaises nouvelles s'accumulent : incendies, accident mortel avec « Autopilot » activé, départ du directeur marketing et plainte au civil ; tout y passe.

Face à ces événements, le constructeur reste sur la même ligne de conduite : « les conducteurs utilisant Autopilot sont plus en sécurité que ceux roulant sans aide »... à condition qu'ils « l'utilisent correctement ». Malgré les changements apportés au fil des mises à jour, il reste encore beaucoup de travail au constructeur pour « éduquer » certains clients et leur faire prendre conscience des risques.

Dernier événement en date, un rapport préliminaire du NTSB (Conseil national de la sécurité des transports ) qui explique que l'Autopilot était activé lors d'un accident mortel d'une Model 3 au début du mois de mars. 

C'est la même histoire : une Tesla et un camion qui traverse les voies

Les conditions de l'accident sont connues grâce aux vidéos de surveillance et à celle de la caméra avant de la Tesla. Il s'est déroulé sur la route 441 en Floride. Celle-ci est composée de deux voies en direction du nord et deux autres vers le sud, séparées entre elles par un terre-plein.

Sur les lieux de l'accident, se trouvaient également des voies supplémentaires pour tourner à droite dans une autre rue et à gauche pour changer de sens par exemple. L'accident avec un camion semi-remorque a eu lieu lorsque la Tesla roulait vers le sud et qu'un camion venant de la droite voulait traverser les voies et passer de l'autre côté pour rouler vers le nord.

Le camion était donc placé perpendiculairement à la route, la Model 3 est donc venue s'encastrer dans le flanc gauche du camion : « le toit de la Tesla a été cisaillé lorsque le véhicule est passé sous la semi-remorque et a continué d'avancer vers le sud », explique le Conseil national de la sécurité des transports (NTSB).

La voiture s'est ensuite arrêtée à environ 500 mètres plus loin sur le terre-plein, laissant déjà présager de la violence du choc. Le chauffeur de la Tesla, un homme de 50 ans, est décédé. De son côté, le conducteur du camion n'a été que légèrement blessé.

Cet accident n'est pas sans rappeler celui de mai 2016 impliquant une Model S et un camion, qui roulait là encore perpendiculairement à la voiture. L'enquête avait déterminé que « ni le pilote automatique, ni le conducteur n'avaient remarqué le flanc blanc de la remorque du semi-remorque face à un ciel très lumineux ». Des circonstances jugées exceptionnelles. 

La Tesla roulait trop vite, pas de manœuvre d'évitement

Dans son rapport préliminaire, le NTSB affirme que l'Autopilot avait été activé 10 secondes avant l'impact. Dans les 8 secondes avant l'accident, les mains du conducteur n'ont pas été détectées sur le volant. Les premières analyses indiquent aussi que la voiture roulait à 68 mph (environ 109 km/h), alors que la route est normalement limitée à 55 mph (environ 88 km/h). Les raisons de cet excès de vitesse ne sont pas précisées pour l'instant. 

Toujours selon le rapport préliminaire du NTSB, « ni les données préliminaires ni les vidéos n'indiquent que le conducteur ou l'ADAS [le système d'aide à la conduite, l'Autopilot, ndlr] n'aient exécuté de manœuvres d'évitement ». Là encore, nous sommes pour le moment dans la même situation qu'en mai 2016. L'enquête pour déterminer les « causes probables » est toujours en cours et les résultats définitifs pourraient mettre encore plusieurs mois avant d'arriver. 

À l'AFP, un porte-parole de la société préfère retourner la situation : « [Les Tesla] ont déjà avalé plus d'un milliard de miles avec Autopilot activé et nos données montrent que, s'il est utilisé proprement par un conducteur attentif, prêt à reprendre le contrôle de la voiture à tout moment, les conducteurs utilisant Autopilot sont plus en sécurité que ceux roulant sans aide ».

Pour rappel, avec la mise à jour 8.0 de l'Autopilot sortie après l'accident mortel de la Model S, Tesla a renforcé le contrôle de la présence des mains sur le volant. Ce n'est visiblement pas suffisant, car avoir la main sur le volant ne signifie pas pour autant que le conducteur est concentré sur la route... loin de là même. 

Le problème du double discours de Tesla

C'est aussi le problème du double discours de Tesla. D'un côté, la société met en avant que sa fonctionnalité « permet à votre véhicule de maintenir une trajectoire, d'accélérer et de freiner automatiquement dans sa voie » et qu'elle « dirige également votre véhicule automatiquement sur les échangeurs autoroutiers et vers les sorties préconisées en fonction de votre destination ».

De l'autre, elle explique que le pilotage automatique « exige une surveillance active de la part du conducteur et ne rend pas le véhicule autonome ». Pour en ajouter une couche, la « capacité de conduite entièrement autonome » est proposée sous la forme d'une option payante... mais qui n'est pas encore active.

Tesla Autopilot

Une plainte au civil pour accident mortel en mars 2018

Le 23 mars 2018 en Californie, un autre accident mortel s'était déroulé. Walter Huang trouvait la mort dans l'ambulance qui l'emmenait à l'hôpital suite à un accident avec sa Model X. La voiture avait percuté à grande vitesse un séparateur sur l'échangeur d'une autoroute. Elle avait ensuite pris feu.

Pour les avocats de la famille, l'Autopilot de Tesla était « défaillant » car « il a mal repéré les lignes de délimitation des voies sur l'autoroute, n'est pas parvenu à détecter la glissière de sécurité en béton et n'a pas freiné la voiture mais l'a au contraire accélérée », comme le rapporte l'AFP.

« Nous voulons nous assurer que la technologie derrière les voitures semi-autonomes est sûre, avant qu'elle ne soit déployée sur les routes, et que ses risques ne sont pas cachés ou mal représentés au grand public », ajoute un des avocats.

Ces derniers attaquent aussi l'État de Californie car le séparateur de l'échangeur n'était pas équipé d'un réducteur de choc.

Après des incendies, une mise à jour OTA pour les batteries

Il y a quelques jours, un autre incident, heureusement moins dramatique puisqu'il n'a pas fait de victime, s'est déroulé à Hong Kong. Une Model S garé dans le parking d'un centre commercial depuis 30 minutes a pris feu. Les raisons de cet incendie ne sont pas connues pour le moment.

« Alors que nous poursuivons notre enquête sur la cause première, par prudence, nous ajoutons les paramètres de gestion de la charge et de la température des véhicules des modèles S et X via une mise à jour logicielle », explique le constructeur. Sans être directement mises en cause pour l'instant, les batteries sont visiblement une piste envisagée.

Nous n'avons pas plus de détails sur le fonctionnement de cette mise à jour pour le moment, si ce n'est qu'elle ne concerne que les Model S et X, pas la Model 3. Pour rappel, une autre Model S avait pris feu en avril dernier sur un parking à Shanghai.

Comme pour l'accident mortel, le porte-parole de la société préfère retourner le problème : « Nous avons actuellement plus de 500 000 véhicules sur la route [...] Notre équipe d'experts en batteries utilise ces données pour enquêter minutieusement sur les incidents et en comprendre la cause profonde. Bien que les incendies impliquant des véhicules Tesla soient déjà extrêmement rares et que nos voitures aient 10 fois moins de risques d'incendie qu'une voiture à essence, nous pensons que le bon nombre d'incidents est zéro ».

Des départs en série depuis plusieurs mois

Enfin, après deux ans dans l'entreprise, Dave Arnold (directeur monde de la communication) quittera Tesla en juin. « Nous voulons remercier Dave pour son travail et lui souhaitons bonne continuation », précise laconiquement un communiqué de presse. Nous ne savons par contre pas s'il s'agit d'une démission ou d'un licenciement. Il sera remplacé par Keely Sulprizio, déjà en poste chez Tesla. 

Cet événement s'il était isolé ne serait pas spécialement inquiétant en soi, mais le problème vient surtout du fait que c'est le dernier d'une très longue liste. Au cours des derniers mois, il y a eu les départs de Dave Morton (directeur comptable), Justin McAnear (responsable mondial des finances), Deepak Ahuja (directeur financier),  Dane Butswinkas (directeur juridique), Karl Wagner (responsable de la sécurité), etc.

En tout, ils seraient près d'une trentaine à avoir quitté le navire. Les raisons de cette fuite des dirigeants ne sont pas avancées, mais les frasques d'Elon Musk sur Twitter et/ou son caractère pourraient être pour quelque chose.

En trois mois : 702 millions de dollars de pertes, 1,5 milliard de cash brulé

S'il fallait en rajouter une couche, on peut parler du bilan financier de Tesla : malgré une hausse de son chiffre d'affaires, la société a enregistré une perte de 702 millions de dollars sur les trois premiers mois de l'année. Elle dispose certes toujours de 2,2 milliards de cash, mais c'est bien moins que 3,7 milliards de fin 2018.

Pour se donner un peu d'air frais, Tesla a lancé une levée de fonds sous la forme d'actions et d'émission de dette. La société espère récupérer jusqu'à 2,3 milliards de dollars.

En bourse, Tesla est en perte de vitesse depuis le début de l'année, après un second semestre 2017 et une année 2018 plutôt bonne. L'action était généralement à plus de 300 dollars, alors qu'elle n'est plus qu'à 230 dollars aujourd'hui. 


chargement
Chargement des commentaires...