Fedora 30 surfe sur la vague des meilleures performances

Encore du mieux pour Wayland 15
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OS TEST
Vincent Hermann

Fedora 30 est disponible. À la manière de la dernière Ubuntu, elle ne se distingue pas par ses nouvelles fonctions, mais par un travail de fond côté performances, apportant une réactivité dont personne ne risque de se plaindre.

C’est un printemps calme en termes de nouveautés pour les distributions GNU/Linux. Dans notre article sur Ubuntu 19.04, nous avions souligné la hausse visible des performances, qui se traduisait essentiellement par une meilleure réactivité générale. Des gains en grande partie dus au travail effectué en commun sur GNOME 3.32 par l’équipe du projet et les ingénieurs de Canonical. De même, le noyau Linux 5.0 apportait d’importants bénéfices en matière de pilotes.

Nous indiquions alors que ces bénéfices ne pouvaient être que temporaires face à la concurrence. Le noyau 5.0 va rapidement se retrouver dans de nombreuses distributions et les modifications faites sur GNOME 3.32 n’appartiennent pas à Canonical et profiteront donc aux autres systèmes s’en servant. C’est le cas de Fedora 30.

Encore des nouveautés sous le capot

Les utilisateurs de Fedora 29 ne risquent pas d’être choqués par le passage à la nouvelle mouture. Visuellement, ils ne verront presque aucune différence, en dehors de la classique modification du fond d’écran.

Les nouveautés fonctionnelles sont principalement apportées par GNOME 3.32 (version 3.32.1 pour être précis), avec une liste – non exhaustive – que l’on connaît bien maintenant : meilleur support du HiDPI et des écrans secondaires, prise en charge par Wayland des écrans à plus de 60 Hz, séparation plus prononcée entre ce dernier et X11, meilleure fiabilité des opérations courantes sur les flatpaks ou encore VirtIO-GPU et accélération 3D pour Boxes quand le système les supporte.

Fedora 30Fedora 30

Notez qu’à l’inverse d’Ubuntu cependant, les améliorations sur Wayland ont une portée plus importante dans Fedora puisque la distribution se sert du nouveau serveur d’affichage depuis un moment maintenant. La bascule s’est même faite dans Fedora 25, en novembre 2016, la distribution ayant gardé Wayland par défaut depuis.

Fedora reste relativement isolée dans ce choix, de nombreux systèmes n’ayant pas encore sauté le pas. Selon les dernières rumeurs, Ubuntu ne basculerait pas avant fin 2020. Concernant Wayland toujours, quelques apports spécifiques arrivent en renfort, tout particulièrement la correction d’une longue série de bugs causés par le pilote propriétaire NVIDIA.

Le support des écrans HiDPI est en outre complété par la prise en charge, encore expérimentale, du Fractional Scaling, permettant à l’image de s’adapter correctement aux dimensions de l’écran. On note également la correction de nombreux problèmes qui pouvaient empêcher des jeux de fonctionner correctement.

Les différences visuelles de Fedora 30 sont moins marquées que celles de son concurrent. On reste sur un GNOME Shell très classique, l’antichambre de Red Hat Linux s’étant toujours démarquée par une grande sobriété d’interface. On note cependant quelques évolutions, notamment des icônes plus saturées et l’usage d’interrupteurs plus fréquents.

Le noyau Linux 5.0 apporte également de nombreuses améliorations, mais toujours sous le capot. On y trouve pour rappel un meilleur support des processeurs AMD et Intel, notamment le support des extensions QoS (Quality of Service) pour les puces EPYC. Bon nombre de nouveaux SoC ARM sont également pris en charge. Gestion plus détaillée de la mémoire, protections contre des variantes de Spectre v2, support de nouvelles commandes TPM2 ou encore améliorations diverses de la pile audio par défaut (HD_AUDIO) sont au programme.

Fedora 30 contient tout de même des améliorations de performances plus « personnelles ». Les métadonnées des dépôts DNF sont ainsi compressées avec zchunk (en plus d’autres comme xz ou gzip), conçu pour calculer plus rapidement le delta avec d’anciennes versions de ces métadonnées. Les mises à jour sont alors appliquées plus rapidement.

Comme souvent, Phoronix s’est penché sur les performances de Fedora 30 comparées à celles de son prédécesseur. Michael Larabel note une amélioration légère globale. Mais elle peut devenir plus importante dans des cas particuliers, comme avec PHP ou les applications bénéficiant davantage de la compilation par GCC 9 (voir le chapitre suivant).

Fedora 30

De nouvelles versions à la pelle

Fedora s’est toujours distinguée par son approche résolument moderne en matière de paquets. Red Hat s’en servant comme laboratoire pour les nouveautés, la distribution embarque le plus souvent les dernières versions des composants et applications. D’où d’ailleurs le choix de Wayland fin 2016, même s’il ne s’est pas fait sans heurts.

On retrouve donc de très nombreuses mises à jour comme GNU Bash 5.0, Glibc 2.29, Ruby 2.6, Golang 1.12, PHP 7.3, Vagrant 2.2, OpenJDK 12, LXQt 0.14, Boost 1.69, GCC 9 (tous les paquets de la distribution ont d’ailleurs été recompilés avec cette version) ou encore les dernières moutures de Firefox, Thunderbird et LibreOffice.

Fedora 30 procède également à plusieurs opérations de maintenance en se débarrassant de paquets jugés trop anciens, de technologies inadaptées ou en basculant sur de nouveaux composants par défaut. Par exemple, dbus-broker devient la nouvelle implémentation par défaut de DBus, l’activation des générateurs Python, la fin de la compatibilité avec Python 2 pour FreeIPA 4.8 (tous les paquets Python 2 ont d’ailleurs été supprimés), le retrait de certaines fonctions de libcrypt jusqu’ici dépréciées, l’utilisation de GnuPG 2 comme implémentation GPG par défaut ou encore la suppression de scriplets considérés comme obsolètes (ldconfig, gtk-update-icon-cache, etc.).

Signalons également quelques changements plus significatifs, dont une nouvelle salve d’efforts pour rendre le démarrage de Fedora « flicker-free », c’est-à-dire sans tressautement de l’image, ce qui survient généralement en cas de modification de l’affichage (changement de définition par exemple).

En outre, même si GNOME reste l’environnement de bureau par défaut de Fedora, la distribution peut être basculée sur d’autres comme KDE et Xfce. C’est dans ce contexte que débarquent deux nouveaux environnements : DeeipinDE et Pantheon Desktop. Les deux ont une orientation très grand public, le premier se distinguant par un travail esthétique supplémentaire et de nombreuses applications habituelles au code fermé (comme Skype et Spotify), le second est tout simplement l’environnement de bureau d’elementary OS, proche dans sa philosophie de ce que propose macOS.

DeepinDEPantheon Desktop
DeepinDE à gauche, Pantheon Desktop à Droite

La même distribution, en mieux

On reste donc finalement dans la mouvance des distributions actuelles, c’est-à-dire des évolutions en douceur, tout du moins côté utilisateur. L’immense majorité du travail effectué par les développeurs est invisible mais se remarque avec le temps par de petits gains sur les lancements de certaines applications, la réactivité générale ou encore les animations de l’interface, plus rapides.

On connait également quelques pistes d’améliorations pour la future version 31. Par exemple, la compatibilité de Firefox avec Wayland devrait être enfin terminée. Une étape importante puisqu’actuellement, un serveur X doit fonctionner chaque fois que le navigateur est ouvert. Ce sera un pas de plus vers l’indépendance complète vis-à-vis de X11.

Fedora 31 devrait également fournir Mono 5 pour les applications open source créées avec .NET et activer plusieurs flags de sécurité lors de la compilation avec GCC 9.x, en vue d’une hausse générale de la sécurité du système. Tous ces points restent bien sûr à confirmer dans les prochains mois.


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