France THD : l’UFC-Que Choisir estime illusoire l’objectif de 2022, le cuivre appelé à la rescousse

Vous habitez en zone rurale ? Dommage... 55
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Crédits : alphaspirit/iStock
FAI
Sébastien Gavois

L'UFC-Que choisir vient de publier une étude sur « les importants retards pris par le déploiement du très haut débit sur le territoire ». Ils proposent également un observatoire de la qualité de l'Internet fixe et « militent pour une montée en débit sur le réseau cuivre, en attendant la fibre ».

L'association revient une nouvelle fois sur le plan France THD qui prévoit un accès à Internet très haut débit pour tous en 2022, dont 80 % en fibre optique.  Après avoir qualifié les objectifs de « chimériques » il y a 18 mois, l'UFC-Que Choisir tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme : « Notre étude projette cependant que l’objectif ne pourrait être atteint qu’en 2029 compte tenu de la situation actuelle (seuls 34,5 % des locaux sont aujourd’hui éligibles à la fibre optique) et des dernières dynamiques de déploiement ».

Pour nos confrères, il faut donc mettre en place « des solutions palliatives à court terme » pour permettre à tout un chacun de profiter d'un accès au Net dans de bonnes conditions. C'est là qu'entre en jeu la notion de « bon débit » à au moins 8 Mb/s, qui resterait pour le moment un doux rêve pour près de 20 % de la population.

Pour l'UFC-Que Choisir, leur observatoire de la qualité de service – qui se base sur 32 millions de mesures, mais chez 1 703 personnes seulement – met en évidence des problèmes concrets dans les zones rurales, grandes oubliées du (très) haut débit. Dans le même temps, il pointerait « les effets bénéfiques d’une montée en débit sur le réseau cuivre ». 

Les « chiffres noirs » de la fracture numérique

Avant d'entrer dans le détail des résultats de l'observatoire, l'association dresse un bilan des « chiffres noirs » de la fracture numérique, en se basant sur « les dernières informations publiques sur l’éligibilité par commune à telle ou telle classe de débits » : 10,1 % des citoyens « ne bénéficient pas à leur domicile d’une connexion filaire à Internet proposant des débits décents, soit près de 6,8 millions de personnes victimes de la fracture numérique ».

De plus, 40 000 personnes n'auraient tout simplement pas accès à Internet et près de 20 % de la population n'auraient pas accès au « bon débit ». Les différentes villes de France sont loin d'être égales devant cette fracture : 31 % de la population des villes de moins de 1 000 habitants n'ont « pas d'accès à Internet ou pas d'accès de qualité », c'est-à-dire au moins 3 Mb/s. On tombe à 12,4 % pour les communes de 1 000 à moins de 5 000 habitants. Le pourcentage continue à descendre pour arriver à 3,4 % entre 50 000 et 99 9999 habitants, puis 0,8 % pour celles de plus de 100 000.

Avec le « bon débit », ce sont toujours les mêmes qui trinquent : 47,7 % des habitants des villes de moins de 1 000 personnes n'y ont pas accès. On passe à 24,1 % entre 1 000 et 4 999 pour finir à 2,1 % dans celles à plus de 100 000 habitants. Enfin, les chiffres explosent avec le très haut débit à plus de 30 Mb/s : 76,6 % n'y ont pas droit dans les villes de moins de 1 000 habitants. Pour celles de 1 000 à 9 999 habitants nous sommes à 61 %, puis 43,3 % entre 10 000 et 49 999, pour enfin finir à 6,9 % dans celles de plus de 10 000.

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Des prévisions alarmistes pour 2022

L'UFC-Que Choisir se lance ensuite dans une prospection (un exercice souvent hasardeux dans ce domaine) à l'horizon 2022, date butoir du plan France THD. Selon leur analyse et « en prenant en compte l’évolution du nombre de logements couverts depuis 2015 ainsi que de l’évolution à attendre du nombre total de locaux en 2022, on estime qu’à cette échéance 52,7 % des locaux seront couverts en fibre optique, soit 27,3 points de moins que l’objectif » de 80 %. L'estimation se base sur le rythme des déploiements 2016 à 2018, ceux des années précédentes étant moins rapides.

« En ne retenant que le meilleur de l’augmentation du nombre de locaux couverts au cours de la période récente, à savoir uniquement l’année 2018, l’objectif en 2022 ne serait pas atteint (63,9 % des locaux couverts) », ajoutent-ils. Dans tous les cas, le déploiement de la fibre optique est en pleine progression ces dernières années chez les FAI ; il nous semble donc assez difficile d'estimer ce qu'il en sera en 2022 pour le moment. Il est tout aussi difficile de prévoir si l'accélération de la vitesse des déploiements va se maintenir. Autant d'inconnues rendant les projections incertaines.

UFC-Que Choisir observatoireUFC-Que Choisir observatoire

L'UFC-Que Choisir en conclut que « c’est la raison pour laquelle une ambition sur la montée en débit, portée par l’État, pourrait permettre à tous les consommateurs aujourd’hui dépourvus d’un Internet de qualité de profiter des avantages du très haut débit ».

C'est d'ailleurs un des objectifs de son observatoire qui présente la montée en débit du cuivre comme « un bon substitut pour les consommateurs, dans l’attente de l’arrivée de la fibre optique, à horizon plus ou moins lointain ». Rappelons que la fibre optique, contrairement au cuivre, est une technologie d'avenir permettant ensuite de grimper rapidement sur des vitesses bien plus grandes. Un exemple : le passage au 10 Gb/s de Free sur sa Delta.

Observatoire : 32 millions de mesures, mais « seulement » 1 703 panélistes 

Près d'un an après son premier observatoire sur la qualité de l'Internet fixe (sur des données récoltées entre les 26 janvier 2018 et 15 mars 2018), l'UFC-Que Choisir remet le couvert sur une période beaucoup plus longue :  du 1er février 2018 au 28 février 2019. 

Après un filtrage des données, notamment pour se concentrer sur les abonnements fixes des quatre principaux FAI, « ce sont précisément 32 023 607 données collectées auprès de 1 703 panélistes, présents dans 1 421 communes de France, qui ont été mobilisées pour établir nos indicateurs de qualité ». 

Les résultats sont ensuite répartis en fonction de deux principaux critères. Cinq zones d'habitations tout d'abord : dense (plus de 30 000 habitants), intermédiaire (3 000 à 29 999) et enfin trois rurales (moins de 1 000, 1000 à 1 999 et 2 000 à 2 999). Le second critère concerne le débit : haut débit (ADSL et câble) d'un côté et très haut débit (VDSL2, câble et fibre optique) de l'autre.

Un mélange des genres qui nous semble dangereux avec des technologies dont les performances sont loin d'être identiques : environ 100 Mb/s maximum pour le VDSL avec une chute importante en fonction de la distance, jusqu'à 1 Gb/s en câble et 10 Gb/s en fibre

L'UFC-Que Choisir prévient – à très juste titre – qu'il faut être prudent quant à l'analyse des données, principalement à cause de trois critères : 

  • Les données (bien qu'au nombre de plus de 32 millions) proviennent d’un nombre relativement restreint de panélistes (1 703) par rapport aux plus de 29 millions d'abonnés haut et très haut débit.
  • Les résultats peuvent être affectés par divers biais de mesure : les tests ont pu être effectués en Wi-Fi, en Ethernet ou en CPL. La télévision pouvait ou non être allumée, plusieurs personnes sur la même connexion, etc. 
  • Sur le très haut débit spécifiquement, la probabilité que les tests en zones denses aient été effectués, par exemple, en fibre optique, est supérieure à celle des zones rurales. « Les résultats des tests en zones rurales seront moins bons qu’en zones urbaines ».

Débits descendants : les zones rurales largement à la traine

Maintenant que les mises en garde sont posées, passons à l'analyse des résultats, en commençant par les tests de débits. L'UFC-Que Choisir précise que « la construction des indicateurs de débits est en phase avec les recommandations du BEREC, l’organe des régulateurs européens des communications électroniques ».

Premier indicateur : les débits moyens haut débit (ADSL et câble) en fonction de la zone d'habitation. Sans aucune surprise, les zones denses et intermédiaires sont largement en tête avec 9,1 et 8,8 Mb/s, tandis que les zones rurales sont entre 5,2 et 6,3 Mb/s. Nos confrères notent « qu’aucune des catégories des zones rurales ne bénéficie en moyenne d’un bon haut débit, puisque les débits sont systématiquement inférieurs à 8 Mbit/s ». Mais attention, il s'agit d'une moyenne, avec évidemment de fortes disparités suivant les personnes. 

Sur le très haut débit, la fibre optique fait son œuvre : 284 Mb/s en zones denses, 176 Mb/s en zones intermédiaires, contre 49 à 86 Mb/s en zone rurale. Pour ces dernières, une plus forte présence du VDSL (jusqu'à 100 Mb/s environ) explique la chute importante. 

La situation est la même pour le débit montant, mais avec une limite générale à 1 Mb/s pour toutes les zones en haut débit, à cause de la limite de l'ADSL. En très haut débit, les zones denses occupent encore la pole position avec 107 Mb/s, suivies par les intermédiaires à 75 Mb/s et enfin les rurales entre 15 et 29 Mb/s.

Passons à la latence. « Le protocole de test HTTP, et la mesure de la latence (exprimée en millisecondes) s’effectue sur l’aller-retour d’un paquet de données », expliquent nos confrères. Les résultats sont alignés avec ceux des tests de débits, mais avec des différences moins marquées. « L’enseignement principal est que le passage du haut débit au très haut débit permet de réduire la latence d’un peu plus de 50 % », peu importe la zone d'habitation. 

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Peu de différences sur le temps de chargement moyen d'une page

Le chargement des pages web « repose ici sur le chargement d’un panel parmi les principales du TOP Médiamétrie (hors pages des fournisseurs d’accès à Internet et YouTube), ainsi que d’une page mire fixe, avec un cache navigateur vide. Nous présentons le temps de chargement moyen de ces six pages ». Il s'agit donc de simuler un usage classique.

En fonction des zones, les moyennes vont de 3,8 à 4,4 secondes en haut débit et de 2,7 à 3,4 secondes en très haut débit. Des temps relativement proches avec un écart maximum de 0,7 seconde sur une même technologie. Nos confrères expliquent qu'on peut aussi voir ces résultats sous un autre angle : les temps de chargement sont 15 et 26 % plus lents dans les plus petites zones rurales.

« La première vision reste cependant celle à privilégier. L’impact ressenti par les consommateurs dépendra toutefois de leur utilisation plus ou moins intensive du web chez eux, et d’une appréhension toute personnelle des délais d’attente de
chargement », reconnaissent-ils à juste titre. 

UFC-Que Choisir observatoire

Pour la lecture de vidéo YouTube, les zones rurales perdent du terrain

Dernier gros morceau, le streaming vidéo. Le but est d'estimer « la qualité de service lors d’une lecture d’une vidéo HD 1080p d’une durée de 60 secondes, en qualité autoadaptative sur YouTube avec un cache navigateur vide ». Six critères sont évalués. 

Commençons avec le temps de chargement moyen d'une page YouTube. Les résultats sont dans la lignée des précédents, avec une surprise tout de même : « le temps de chargement est en moyenne sensiblement inférieur au temps de chargement moyen des pages web mobilisées précédemment », avec une division par plus que deux dans certains cas.  

L'UFC-Que Choisir n'explique pas cette différence, et c'est bien dommage. Présence de trackeurs en (très) grand nombre, chargement automatique de vidéo, page bien plus lourde... les pistes d'explication sont nombreuses. Pour rappel, vous pouvez utiliser notre outil Kimetrack pour détecter les sites qui multiplient les services de pistages.

La présence d'au moins une coupure durant la lecture de la vidéo intervient dans 7,3 % (haut débit) ou 6,2 % (très haut débit) des cas en zones denses, puis monte crescendo jusqu'à 9,4 et 8,7 % en zone rurale. En plus de la présence de coupures, la qualité de la vidéo est un critère important. Cette fois, les différences sont plus que marquées.

11,1 % des vidéos ne sont pas lues dans une résolution maximale (1080p) en haut débit dans les zones denses. On passe à 16,7 % en intermédiaires, 25,8/28,1 % dans les rurales de 1 000 à 2 999 habitants pour finir à 38 % dans celles de moins de 1 000 habitants. 

Sans aucune surprise, « le passage au très haut débit améliore de manière très marquée la situation dans les zones rurales, de manière importante dans les zones intermédiaires, et de manière peu sensible dans les zones denses ». La qualité de la vidéo dépendant essentiellement de la bande-passante disponible, ce résultat est logique.

La part des vidéos ayant subi au moins un changement de résolution pendant la lecture est dans la même veine : les zones rurales sont de loin les moins bien loties, avec 40,9 à 45 % des vidéos pour les panélistes en haut débit. Le très haut débit permet de remettre tout le monde à égalité, à une exception près.

Les zones rurales de moins de 1 000 habitants se démarquent avec 13,6 %, contre 8,8 % maximum pour les autres.  Cette différence peut certainement s'expliquer par la plus forte présence du VDSL, avec des débits qui diminuent en fonction de la distance en étant toujours inférieurs à ceux de la fibre.

Signalons enfin que tous les fournisseurs d'accès à Internet ne proposent pas tous la même qualité de service pour accéder à YouTube. Il aurait été intéressant d'avoir le détail des performances par FAI, mais ce n'est malheureusement pas précisé. 

  • UFC-Que Choisir observatoire
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Manque de transparence dans l'information aux clients

Dans tous les cas, il ne s'agit que de moyennes, « qui masquent évidemment des fortes disparités de qualité de l’Internet dans une zone donnée ». Problème, nos confrères déplorent que « les données sur les débits théoriques proposés aux consommateurs dans sa maille la plus fine, à savoir la commune, ne sont plus rendues publiques depuis plus d’un an »

L'UFC-Que Choisir s'est entretenu avec l'Arcep qui, en substance, leur a expliqué qu'elle « considère aujourd’hui ne pas pouvoir publier ces informations, en raison de contraintes de traitement, et parfois de fiabilité des données ».

L'association prend acte « de la volonté de l’Arcep de produire prochainement ces informations », mais estime qu'il « est particulièrement dommageable que l’information publique la plus précise possible sur l’état de la fracture numérique ait disparu du paysage depuis de longs trimestres, et que la seule donnée exploitable pour éclairer au mieux les consommateurs soit datée du début du second semestre 2017 ».

Les dernières mises à jour ont ainsi été mises en ligne par l’Agence du numérique en novembre 2017. Depuis une décision du 22 février 2018, l'Arcep « semble avoir repris la main sur la communication au public des informations en imposant notamment aux fournisseurs d’accès à Internet de lui fournir les informations sur l’éligibilité des différents locaux en France à telle ou telle classe de débits, selon la technologie ».

Pour booster les zones rurales, l'UFC recommande la montée en débit du cuivre

Dans leur conclusion nos confrères expliquent que « plus une zone est ruralisée, plus les performances sont décevantes », qui est d'une certaine manière la conséquence directe d'un autre constat : plus une zone est ruralisée, moins elle est équipée en fibre optique.

Par contre, « lorsqu’on prend en considération les indicateurs d’usages, on note à de nombreuses reprises que les expériences utilisateurs sont relativement indifférentes à la zone considérée en très haut débit, alors que c’est bien moins évident pour le haut débit qui offre une expérience utilisateur plutôt dégradée en zones rurales par rapport à celle constatable en zones denses ».

Ainsi, au-delà des débits maximum constatés, « le choix technologique très haut débit pour les accès filaires [VDSL, câble ou fibre optique , ndlr] n’influence que faiblement l’expérience utilisateur », affirment nos confrères. « Dans un environnement où l’éligibilité à la fibre optique pour 80 % de la population à horizon 2022 est illusoire, nos résultats permettent de souligner la nécessité de procéder à une montée en débit dans l’ensemble des zones aujourd’hui dépourvues d’un Internet de qualité », ajoute l'UFC-Que Choisir.

Pour obtenir un accès au très haut débit pour tous en 2020, l'UFC prône non pas les réseaux hertziens, « mais le réseau filaire en cuivre, dans l’attente d’un déploiement plus tardif, mais légitimement attendu par tous, du meilleur du très haut débit sur l’ensemble du territoire ».

Deux demandes, une évolution de l'observatoire 

L'UFC-Que choisir formule deux demandes :

  • À l’Arcep de rendre publiques au plus vite en open data les informations relatives aux débits théoriques délivrées à l’ensemble des consommateurs sur le territoire national, afin d’éclairer les observateurs sur l’état de la qualité des réseaux de l’Internet fixe en France ;
  • Au gouvernement d’agir de concert avec les fournisseurs d’accès à Internet afin de permettre une montée en débit sur le réseau cuivre dans les zones dans lesquelles l’accès à moyen terme à la fibre optique reste illusoire.

De son côté, l'association « fait évoluer son observatoire participatif de la qualité de l’Internet fixe en permettant à tous les consommateurs de l’alimenter [...] Cet observatoire est assuré par un nouvel outil technique : une extension à ajouter au navigateur Internet [Chrome, Edge ou Firefox, ndlr], qui permettra de connaître la qualité réelle de l’Internet (débits, problèmes de lecture de vidéos ou encore chargement de pages web) ». 

Ces données seront ensuite utilisées pour effectuer des comparaisons entre opérateurs, entre technologies, entre lieux de résidence, etc. Un test de débit a également été mis en ligne à cette adresse.


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