Contre les usurpations de plaques d’immatriculation, l’État mise sur l’intelligence artificielle

À côté de la plaque 136
Accès libre
image dediée
Crédits : Malcolm Boyd/iStock/Thinkstock
Loi
Xavier Berne

Afin d’éviter que certains automobilistes reçoivent un PV pour lequel ils ne sont pas responsables, le ministère de l’Intérieur souhaite recourir à une intelligence artificielle capable de vérifier si le modèle de véhicule flashé par un radar automatique correspond à celui inscrit sur la carte grise.

Le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a officiellement accueilli hier la troisième promotion des « entrepreneurs d’intérêt général ». L’idée : confier à des « experts du numérique » (développeurs, data-scientists, designers...), recrutés en CDD, le soin de relever en dix mois un « défi » identifié par une administration, à l’appui notamment de données publiques. La rémunération se veut alléchante : 4 000 euros net par mois.

Parmi les trente-deux candidats retenus cette année, deux devront s’attaquer à un problème identifié par le ministère de l’Intérieur. L’Agence nationale du traitement automatisé des infractions (ANTAI) voudrait en effet « développer une intelligence artificielle » capable d’associer les clichés réalisés par les radars automatiques « aux données des immatriculations des véhicules », « afin de réduire l’envoi d’avis de contraventions aux usagers n’ayant commis aucune infraction ».

Plusieurs milliers de PV injustement envoyés à des conducteurs

Chaque année, près de 10 000 conducteurs recevraient injustement un avis de contravention. Un chiffre à rapporter aux 20 millions de photos prises tous les ans par le biais des radars automatiques.

« Dans de nombreux cas, explique le ministère de l’Intérieur, c’est une usurpation de plaque qui est à l’origine de l’erreur. » Le PV est alors envoyé au titulaire de la carte grise, « et non à la personne ayant réellement commis l’infraction ».

Les victimes de ces « doublettes » doivent alors contester l’amende auprès de l’ANTAI, par courrier ou via un téléservice, dans un délai de 45 jours. Une procédure qui s’avère bien souvent chronophage et stressante, dans la mesure où il est également conseillé de porter plainte et de demander par la suite une nouvelle carte grise...

Le défi des deux data-scientists ayant intégré hier le ministère de l’Intérieur consistera donc à « fiabiliser l’envoi et la régulation des contraventions à partir de la reconnaissance d’images ». Pour repérer les plaques usurpées, la Place Beauvau estime en effet qu’il est possible de « comparer le numéro de la plaque au modèle du véhicule qui doit y être associé » grâce au Système d’immatriculation des véhicules, le fameux fichier des cartes grises.

EIG radars flash

Les deux entrepreneurs d’intérêt général devront ainsi « créer une brique logicielle de reconnaissance d’image qui permettra de reconnaître automatiquement sur un cliché de radar la marque et le modèle du véhicule ». Si le programme identifie un Kangoo alors que le fichier des cartes grises indique qu’il devrait s’agir d’une 205, l’anomalie serait automatiquement signalée à un opérateur, en tant que « fraude potentielle ». À charge ensuite à cet agent d’effectuer les vérifications de rigueur, en vue d’une éventuelle procédure.

Ceci éviterait l’envoi de contraventions à des conducteurs innocents. Les articles de presse faisant état de tracteurs flashés à grande vitesse sur l’autoroute deviendraient ainsi plus rares...

Avec ce projet, intitulé « Flash IA », le ministère de l’Intérieur espère dans le même temps « ouvrir la chaîne de traitement automatisé à l’intelligence artificielle », et « évaluer l’importance des véhicules faussement immatriculés dans le parc automobile ».

Retards dans le déploiement de nouveaux radars

Le budget qui devrait être alloué à cette initiative semble finalement bien mince en comparaison des 340 millions d’euros prévus pour cette année au titre du programme « Structures et dispositifs de sécurité routière » (qui a trait notamment aux radars en tout genre).

Il y a quelques mois, un rapport sénatorial notait à cet égard que l'objectif de porter le parc d'équipements de contrôle automatisé à 4 700 au 31 décembre 2018 ne serait pas atteint. Au 1er septembre dernier, le nombre de radars en fonction était même « en diminution par rapport au 31 décembre 2017, où il s'élevait à 4 446, soit 34 de plus ».

L’exécutif a ainsi reporté d’un an ses ambitions, du fait de retards dans l’homologation de nouveaux radars tourelles, ou même s’agissant de l’externalisation des voitures radars.

rapport radars
Crédits : Rapport sénatorial de Jean-Marc Gabouty

chargement
Chargement des commentaires...