LAPI : les futurs lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation des forces de l'ordre

Lapi New Year 45
Accès libre
image dediée
Crédits : iStock/marcoventuriniautieri
Loi
Marc Rees

Le ministère de l'Intérieur vient de lancer un appel d'offres pour équiper policiers et gendarmes de nouveaux lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation (LAPI). Montant maximum estimé ? 10,8 millions d’euros.

La question des lecteurs automatiques de plaque d’immatriculation a été abordée voilà peu lors du bras de fer entre Vinci Autoroutes et les automobilistes passés gratuitement aux péages. Les caméras installées aux portiques permettent en effet aux sociétés d’autoroutes de remonter jusqu’au titulaire de la carte grise d’un véhicule, en principe en cas d’infraction.

Plus habituellement, les LAPI sont surtout utilisés par les forces de l’ordre comme le prévoit le Code de la sécurité intérieure, afin de lutter contre le terrorisme et la délinquance en bande organisée. 

Les caméras prennent alors la photographie des plaques d’immatriculation, mais également des occupants du véhicule, « en tous points appropriés du territoire », prévient le même code. Elles peuvent même être déployées à l'occasion d'événements particuliers ou de grands rassemblements de personnes, sur simple décision de l'autorité administrative.

Les données personnelles glanées sont ensuite conservées durant 15 jours, sauf rapprochement positif avec d’autres fichiers, comme celui relatif aux véhicules volés ou au système d'information Schengen.

C’est dans ce contexte que le ministère de l’Intérieur a publié mi-décembre un avis de marché public, dans l'optique de conclure un accord-cadre de quatre ans avec un prestataire.

Des LAPI fixes, transportables ou embarqués

Ce marché est intéressant en ce qu’il donne un luxe d’informations sur les capacités de ces outils. Au menu, en effet, des LAPI fixes, transportables voire embarqués, en capacité d’offir « une image contextuelle de bonne définition dans un champ large », « performant de jour comme de nuit ».

Selon les vœux de la Place Beauvau, chaque lecteur sera composé « d'un boîtier, de son optique, de son OCR, de ses systèmes informatiques, d'un capteur GPS et de ses connectiques ». Il devra  fonctionner quelles que soient les conditions météorologiques, entre -20°C et +60°C. Il saura en outre atténuer les contre-jours causés sur l’objectif par le soleil ou les phares.

Autre précision importante : une fois le dispositif bouclé, la capture des données devra « se faire par un procédé d'éclairage invisible de la scène et non dangereux pour l’œil humain », pouvant cibler à la volée les véhicules à l’arrêt ou en mouvement (« de 0 à 220 km/h minimum »). En somme, la discrétion la plus totale, peu importe – ou presque – la vitesse de circulation.

La photographie contextuelle qui ressort de cette caméra devra par exemple « permettre, de jour, de reconnaître la marque, le type et la couleur du véhicule et le nombre de passagers à bord si c'est un véhicule léger ».

En aval, un traitement prendra le relai pour « détecter les véhicules, isoler les plaques d'immatriculation, reconnaître les caractères supportés par ces plaques et les traiter de façon à constituer un enregistrement LAPI ».

Il devra être apte à « assembler des éléments d’information tels que le nombre d'occupants d'un véhicule, leur photographie susceptible de permettre leur identification ou tout autre élément contextuel ». Le taux de performance attendu sera d’au moins 85 % pour les 4-roues, et de 70 % pour les motos.

Un « hit » sonore en cas de véhicule volé ou signalé

En condition d’utilisation, lorsque la caméra captera un véhicule signalé ou volé, un « hit » sonore et visuel apparaîtra sur l’interface d'application, laquelle devra afficher outre la photo et le contexte, « le code de la conduite à tenir pour l'intervention » :

conduite à tenir

Plusieurs lots sont prévus par ce marché. Les uns concernent des LAPI fixes, où un capteur est installé de manière permanente sur un édifice ou du mobilier urbain (candélabre ou portique autoroute) relié ou non à un concentrateur géré par le prestataire ou directement  au réseau interministériel de l’État.

Les LAPI transportables seront eux utilisés cette fois le long d’un axe routier. « Depuis ce support, [chaque lecteur] récupère les plaques d’immatriculation des véhicules passant devant lui dans les deux sens de circulation ». Fonctionnant sur batterie, ils peuvent tenir durant au moins 10 heures en autonomie.

Enfin, des « LAPI-vidéo embarqué » seront capables d’enregistrer en vidéo l’environnement autour du véhicule à 360°, sur une distance de 15 mètres, sans déformation. Les caméras devront pouvoir capter des images à partir de 40 lux. Résolutions attendues ? 1080 x 720 ou 1920 x 1080.

Véhicules circulant dans les deux sens ou garés au bord de la route, tous seront avalés dans son système d’information. Bonne nouvelle pour le futur prestataire, tous les véhicules aujourd’hui mis à disposition par l’administration sont déjà pré-cablés, « c’est-à-dire qu’on y retrouve déjà des câblages installés entre l’avant du véhicule et la platine arrière ».

voiture police gendarmerie
Crédits : éléments techniques d'une Peugeot Partner de la Gendarmerie, Ministère de l'Intérieur

Vers un système de traitement centralisé

Le fruit de cette collecte sur les bords des routes sera centralisé dès 2019 sur le STCL, ou « système de traitement central LAPI », dont il est fait mention toujours dans ce marché. 

Ce système centralisé, déjà évoqué au détour d’une question parlementaire ou de cette page de la Division des Fichiers de la Gendarmerie nationale, remplacera l’actuel système décentralisé.

Une plateforme censée « contribuer à une plus grande efficacité opérationnelle en facilitant l'accès aux données issues de l'ensemble des capteurs LAPI déployés sur le territoire pour les enquêteurs dans le cadre d'une procédure pénale ou douanière ». En somme, depuis un poste, les autorités sauront où et quand tel véhicule est passé, dès lors qu’il aura été alpagué par des LAPI. 


chargement
Chargement des commentaires...