Ubuntu 18.10 (Cosmic Cuttlefish) modernise son interface, sans vraiment innover

Le doux appel des lauriers 58
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Vincent Hermann

La nouvelle édition automnale d'Ubuntu ne bouleverse pas les habitudes. C'est ainsi une évolution en douceur que propose Canonical, avec une modernisation réussie de l'interface. Ce nouveau cru 18.10 se révèle pour autant une réussite.

La nouvelle Ubuntu est presque prête à débuter sa carrière. La version 18.10, alias Cosmic Cuttlefish, est disponible au téléchargement depuis hier soir. Nous faisons donc le tour de ses nouveautés.

Il était déjà possible d’utiliser le système, via sa bêta publique. La distribution et ses principales déclinaisons sont disponibles sous forme d’images ISO 64 bits, à l’exception de la mouture Xfce (Xubuntu) qui fournit toujours une version 32 bits, puisqu’elle se destine par tradition aux configurations moins puissantes (l’environnement est plus léger). Canonical a pour habitude de mettre dans ces bêtas toutes les fonctions attendues.

La plupart des utilisateurs attendront bien sûr quelques jours pour que la migration leur soit automatiquement proposée. Certains préfèreront cependant patienter un peu plus, le temps que d’éventuels problèmes soient corrigés. D’autres encore feront l’impasse, puisque la version 18.04 est une LTS (Long Term Support), donc supportée pour 5 ans, contrairement aux 9 mois d’une mouture classique. Pour information, les moutures LTS représentent 95 % de la base installée selon Canonical.

Une installation plus rapide

Ubuntu 18.10 compte déjà se démarquer par une installation plus rapide. Canonical est allé se fournir chez Facebook pour récupérer son algorithme Zstandard (zstd), chargé d’assurer une compression sans perte (encore heureux pour des données).

Le taux de compression lui-même n’a rien de fou : il est comparable au bon vieux format Zip. En revanche, les opérations de compression/décompression des fichiers sont bien plus rapides.

Et en effet, l’installation d’Ubuntu 18.10 en bénéficie. Sur deux machines virtuelles à la configuration identique, elle s’est montrée environ 20 % plus rapide que la mouture 18.04 (7min14s contre 9min20s).

L’utilisateur ne sera évidemment pas bouleversé par cette différence, l’installation d’Ubuntu ayant toujours été rapide. Mais il ne risque pas de s’en plaindre non plus.

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Renouvellement graphique : nouveaux thème et icônes

Depuis la bêta d’Ubuntu 18.04, il était possible de tester le nouveau thème, baptisé Communitheme. Ubuntu 18.10 approchant, il a été renommé Yaru, mais son objectif n’a pas changé : moderniser l’interface, sans toucher aux fondamentaux.

De fait, personne ne sera perdu avec Yaru, puisque l’on parle bien de thème : l’ergonomie ne bouge pas. Cependant, tous les éléments visuels sont touchés par Yaru, qu’il s’agisse des fenêtres, du bureau, de l’écran de connexion, des menus ou encore des différents panneaux de type « dropdown », comme ceux qui s’ouvrent depuis les icônes en haut à droite de l’écran (son, réseau, etc.).

Le thème, mettant davantage l’accent sur les espaces épurés et sur un plus grand contraste, provient de la communauté et est basé sur le thème par défaut de GNOME 3, Adwaita. Les barres de titre sont nettement plus foncées (pratiquement noires), de nombreux barres de séparation ont disparu, les contrôles actifs sont dans des couleurs plus vives et l’orange classique d’Ubuntu est là pour rehausser l’ensemble.

Comme toujours, tout le monde n’appréciera pas la différence, mais rien n’empêchera les réfractaires de revenir à l’ancienne apparence, dans les paramètres du système. À l’utilisation, Yaru se révèle toutefois agréable, soutenu par un nouvel ensemble d’icônes et l'inévitable fond d'écran adapté à l'animal totem de la version, la seiche.

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GNOME 3.30

L’autre gros morceau – bien que ne provenant pas de Canonical – est l’arrivée de GNOME 3.30. Même si Ubuntu propose depuis longtemps des variantes focalisées sur d’autres environnements (comme KDE et Xfce), la distribution principale est traditionnellement basée sur GNOME. Aussi l’arrivée d’une nouvelle mouture de ce dernier apporte toujours un important lot de nouveautés, surtout quand elle est presque « majeure ».

GNOME 3.30 se distingue en effet en premier lieu par de meilleures performances. C’est le résultat d’un hackaton lancé au printemps dernier par l’équipe de développement. Le résultat est plus que probant : le Shell lui-même ponctionne 280 Mo de mémoire vive en moins, tandis que sur l’ensemble de la session, ce sont tout de même 750 Mo qui sont libérés pour d’autres tâches.

Pour Ubuntu, c’est tout « bénef ». À configuration égale, une session GNOME peut ainsi lancer plus d’applications avant de saturer la mémoire vive. Par contre, à système égal, des machines plus modestes peuvent désormais prétendre à de meilleures performances. Ces configurations devraient également noter une nette amélioration de la fluidité des animations.

Les autres nouveautés de GNOME 3.30 sont particulièrement nombreuses. Voici un résumé des plus importantes :

  • Nouveaux écrans de connexion
  • Une barre d’emplacement retravaillée dans Fichiers avec un bouton d’accès à Disques depuis les propriétés d’un dossier
  • La prise en charge par Disques de VeraCrypt et GFS
  • Un panneau dédié aux périphériques Thunderbolt (qui n’apparaîtra, comme les autres panneaux, que s’il y a lieu d’être)
  • Boxes (machines virtuelles et connexions aux systèmes distants) prend en charge VNC et RDP, et permet d’importer des fichiers OVF/OVA
  • Mode lecteur pour le navigateur web
  • Nouvelle application Podcasts, au nom explicite

On enregistre également une progression importante pour les applications Flatpacks – pour rappel des paquets indépendants, contenant toutes les dépendances et s’exécutant en sandbox. Ils sont désormais mis à jour automatiquement via Logiciels. Puisque les utilisateurs ne sont pas habitués à ce fonctionnement, une option existe pour le désactiver. Beaucoup préfèreront sans doute avoir tout de même des paquets à jour.

Enfin, une petite mise en garde pour ceux qui se réjouissaient déjà de profiter d’un Nautilus largement amélioré : la version retenue par Canonical reste la 3.26.4.

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Une meilleure intégration des Snaps

Bien que GNOME fournisse ses Flatpaks, Canonical a sa propre vision de ce que doit être un paquet indépendant et s’exécutant en « bac à sable » : les snaps. La finalité est cependant la même. Au prix d’un poids supplémentaire, les snaps transportent ainsi avec eux toutes leurs dépendances et se lancent de manière isolée, sans toucher au reste du système. Ce qui permet d’ailleurs de faire fonctionner deux versions différentes sans qu’elles se marchent sur les pieds.

Les applications de Canonical déjà préinstallées dans Ubuntu – comme la calculatrice – sont déjà présentes sous forme de snaps. Bonne surprise, leur temps de lancement est plus rapide. Tant mieux, car elles se révélaient plus « mollassonnes » que les applications classiques.

Certaines informations manquantes sont par ailleurs disponibles dans Logiciels. Par exemple, l’éditeur d’un paquet peut se voir assorti d’une petite pastille verte indiquant que son statut a été vérifié par Canonical. On peut voir un exemple ci-dessous avec Spotify, qui n’est plus distribué sous Ubuntu qu’en snap.

Enfin, les paquets snap montés par le système n’apparaissent plus par défaut dans le Moniteur système, pour ne pas encombrer la liste. Une option permet de les restaurer.

Ubuntu 18.10Ubuntu 18.10

Kernel, composants et logiciels : la grande valse des nouvelles versions

Ubuntu 18.10 est livré avec le kernel Linux 4.18, qui fournit une longue liste d’améliorations liées au matériel. Parmi les plus importantes, citons déjà le support des puces Radeon RX Vega M utilisées dans certains processeurs Intel.

Continuons avec les Raspberry Pi 3B et 3B+, le Snapdragon 845 de Qualcomm que l’on retrouve dans un nombre croissant de smartphones haut de gamme, la manette Steam Controller (via la rétroingénierie), ainsi que des améliorations pour l’USB Type-C et le Thunderbolt.

Évidemment, comme n’importe quelle nouvelle distribution GNU/Linux, Ubuntu 18.10 débarque avec une longue cohorte d’applications à jour. Canonical suit son propre chemin dans ce domaine. Dans la plupart des cas, on retrouve bien les moutures les plus récentes, tandis que dans d’autres, l’éditeur se montre plus frileux (comme on l’a vu avec Nautilus).

On retrouve ainsi l’inévitable (ou presque) duo Firefox/Thunderbird, respectivement dans leurs dernières versions 62 et 60. Thunderbird est cependant pendant une bonne partie du cycle de développement en version 52. LibreOffice est évidement de la partie (6.1.2.1), de même que Rhythmbox 3.4.2, Remina 1.2.31.4, Shotwell 0.30.1 ou encore Transmission 2.94.

Ubuntu 18.10Ubuntu 18.10

Ubuntu 18.10, moins riche en nouveautés, et pourtant…

La nouvelle version de la distribution n’impressionne clairement pas par le nombre de fonctions nouvelles. En fait, elle semble presque figée, comme si elle retenait sa respiration en attendant de plus gros apports.

Mais attention, cela n’empêche nullement ce nouveau cru d’avoir de l’intérêt. Après plusieurs semaines à utiliser le système depuis sa bêta publique, une conclusion s’impose : Ubuntu 18.10 est très agréable à utiliser. Comme si la distribution était arrivée à une maturité qui peut enfin s’exprimer pleinement.

Une bonne partie de cette impression générale provient du soin porté à son interface. Les détails ont manifestement été travaillés, laissant filtrer un travail en profondeur sur l'ergonomie. Comme toujours, on aimera ou pas les choix esthétiques faits, mais Canonical n’a guère de raisons d’avoir peur : la communauté a largement plébiscité le nouveau thème ces derniers mois. Son report à Ubuntu 18.10 devait d’ailleurs assurer des finitions supplémentaires, qui ont payé.

En l’état, il n’y a pas grand-chose à reprocher à Ubuntu 18.10. Le système tient ses promesses, est réactif (merci GNOME 3.30), s’installe plus rapidement et garde les grandes lignes de son ergonomie, tout en modernisant la perception qu’on peut en avoir.

Le cru d’octobre 2018 va donc confirmer le statut de « référence » de la distribution, sans prendre beaucoup de risques. Attention toutefois à ne pas s’endormir sur ses lauriers car d’autres distributions se distinguent, par exemple par une incorporation plus rapide des nouveautés à l’instar de Fedora (la première à avoir utilisé Wayland par défaut), ou une interface très soignée, comme Linux Mint. On citera également d'autres plus récentes et très axées sur l'accueil des nouveaux utilisateurs, comme Solus et elementary OS.

Enfin, on ne saurait parler d’une nouvelle Ubuntu sans pointer – encore une fois – la présence de ce raccourci Amazon dans la barre de lancement, qui jure toujours autant dans un système libre.


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