Jérémie Zimmermann quitte la Quadrature du Net

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Crédits : Marc Rees (licence CC-BY-SA 3.0)
Solidarité
Marc Rees

Jérémie Zimmermann vient d’annoncer sur le site de la Quadrature du Net qu’il quittait l’association, dont il est l’un des fondateurs voilà dix ans. Quatre ans après avoir délaissé la coordination, il cesse aujourd’hui d’être membre. Au même moment, les deux co-présidents ont démissionné de l'assemblée générale organisée ce week-end. 

Avec ce départ, la Quadrature vient de perdre une figure historique. Dans une tribune publiée à l’instant, ce « gus » se souvient des premiers pas dans ce garage (on ne remerciera jamais assez l’AFP). « Une bande de potes derrière une bannière commune, partageant des idées et certaines formes d'inspiration et d'expérience, pour apprendre ensemble et inventer des modes d'action marquants et irrévérencieux, pour surprendre et être là où l'on ne nous attendrait pas. »

Garagiste, Jérémie Zimmermann fut l’un des combattants acharnés de la loi Hadopi en gestation. Il reçut trois ans plus tard le prix EFF Pioneer Award en 2012, année où il participa très activement à la lutte contre l’accord Acta avec le succès que l’on sait. « Si dès le début nos actions étaient portées sur les dossiers législatifs, c'était avant tout pour les documenter, et avec eux la corruption des processus de prise de décision politique et l'influence des lobbies industriels. »

Pourquoi ce départ ? La Quadrature a vécu « pendant plus de 4 ans [sans] locaux, ni structure formelle, ni compte en banque » avant de s’institutionnaliser tout naturellement.

Une prise de distance progressive avant l'éloignement

Pour Jérémie Zimmermann, qui avait déjà pris une première retraite en 2014 suite à un burn-out, la cause est entendue : « Après une prise de distance progressive, les processus administratifs ont fini de m'éloigner définitivement de la Quadrature. Il me semble que budgets, rapports, mais surtout recrutements (« ressources humaines » !), gestion et autres processus plus ou moins déshumanisants sont la norme de toute structure institutionnalisée, son essence ».

L’analyse qu’il dessine de ce mouvement a deux visages : en interne, des réunions, des informations « qui circulent mal », des « conflits inter-personnels », le carcan des statuts... De l’extérieur, une structure apparaissant « comme plus sage, plus prévisible, plus "présentable", plus compatible avec le fait de devenir un "bon client" des médias, un "interlocuteur" pour des pouvoirs publics avides de vernis démocratique ».

Démission des deux co-présidents

Ce choix, mûri depuis de longs mois, tombe dans une période de tension pour la Quadrature du Net. Sur Twitter, Okhin, développeur et coordinateur du développement des outils, a fait état de sérieux problèmes organisationnels, source de risques psychosociaux.

Ce week-end, à l’occasion d’une assemblée générale, Felix Tréguer et Benjamin Bayart ont démissionné chacun de leur poste de coprésidents, tout en restant toujours membres. Pas de commentaire officiel pour l'heure. Au sein de l'association, une réorganisation est toutefois sur la rampe, avec la promesse d'une remise à plat de son fonctionnement, sur laquelle l'organisation devrait communiquer prochainement.

En attendant, toujours sur le réseau social, Jérémie Zimmermann a décrit plus précisément le moteur de sa décision : « comme j'ai pu le constater à bien des endroits au cours des années, la structure devient parfois un élément prépondérant pour ses membres, au point que sa gestion et sa continuation en consomment une part essentielle de vie... ».

« Je crois, lui a répondu Félix Tréguer, qu'on était tout aussi consommés, voire plus, lorsqu'on était une toute petite bande. Qu'en son sein, et en dépit de l'amitié, se nichaient aussi des rapports de pouvoir et de violence au moins aussi aigus. » Au contraire, pour Zimmermann, LQDN faisait peur à l'époque, sans les contraintes nées d'années de cadre associatif. « On s'amusait, on faisait peur à nos adversaires, [...] on développait un sens politique collectif » résume-t-il.


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