Evaluer-chauffeur.fr, quand un site épingle les chauffards, plaques à l’appui

À côté de la plaque 326
En bref
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Crédits : Evaluer-chauffeur.fr
Reseaux Sociaux
Marc Rees

Depuis près de deux ans, un site se propose d’évaluer les automobilistes. Plutôt qu'une évaluation, il s’agit surtout d’une mise à l’index des pires comportements routiers. Seul détail, Evaluer-chauffeur.fr diffuse le numéro de plaque des indélicats, renseigné par les contributeurs.

Le Web connait de longue date la mode des « Note ton… ». Top Journaliste offre aux internautes la possibilité de classer ceux derrière les stylos, écrans et caméra. En 2008, Note Ton Enseignant avait suscité la grogne des syndicats du secteur. Un peu sur la même veine, CopWatch dénonce les exactions supposées des forces de l’ordre en diffusant de nombreuses données des pires éléments. En 2011, le site avait cependant fait l'objet d'une procédure de blocage, à la demande du ministère de l’Intérieur.

Evaluer-chauffeur.fr est beaucoup plus récent, avec un nom de domaine déposé le 15 septembre 2016. L’idée ? Signaler puis partager sur cette plateforme (et Facebook) les comportements sur la route, du vrai danger aux indélicatesses, en passant par les incivilités. 

Un classement mensuel des pires et meilleurs automobilistes

Un formulaire mis en ligne permet à quiconque de nourrir la base. Il suffit de préciser le numéro de la plaque minéralogique du véhicule inopportun et d'y ajouter un commentaire. À titre facultatif, on peut greffer des photos ou des vidéos issues de sa dashcam (caméra de tableau de bord) ou d’un smartphone par exemple. Le succès de l’initiative n’est pas négligeable puisqu'on compte tout de même 705 pages de commentaires.

Un moteur permet de consulter l’historique des signalements, les plaques étant indexées. Enfin, une page est mise à jour chaque mois pour classer les pires et meilleurs conducteurs du moment.

Quelques exemples : la voiture immatriculée EW 530 ** a été gratifiée d’une troisième place parmi les plus mauvais chauffeurs du mois, pour avoir notamment bloqué une place handicapée. Le conducteur du véhicule EO-027 ** est cependant premier de ce hall of shame mensuel pour avoir semblé « être sous l'emprise de l'alcool quand il est descendu de son véhicule » et s’en être pris à des jeunes qui sortaient d’une soirée. En avril, un internaute a dénoncé BF 821 **, un automobiliste « s'amus[ant] à freiner sec et se rabattre sur les voitures au niveau de Viry Châtillon ». etc.

Les plaques d'immatriculation, des données personnelles

Les uns y verront une initiative salvatrice face à l’incivilité galopante sur les routes, d’autres, une machine à délations. Et la presse sera inévitablement épinglée pour avoir osé offrir une vitrine à cette initiative. Il n’en demeure pas moins qu'au prétexte de vouloir dénoncer des infractions au Code de la route, évaluée par une myriade d'apprentis justiciers, le site diffuse à tour de bras des numéros de plaque d’immatriculation. Or, il s'agit là de données personnelles qui permettent de remonter au propriétaire du véhicule. Et rien ne semble confirmer que les titulaires ont consenti à ces traitements.

Dans cette justice privée par écran interposé, d'autres problèmes se posent, déjà parce que rien ne permet de s’assurer de la véracité des faits relatés (fausses plaques, etc.). Au surplus, ce numéro n'a pas de rapport définitif avec le conducteur puisqu'il n'identifie que le détenteur de la carte grise. 

Les conditions d’utilisation du site se limitent à deux règles : l’une prévoit la suppression des propos jugés « inappropriés », l’autre que les internautes prennent l’entière responsabilité de leurs commentaires. L'éditeur du site semble donc avoir conscience de ces fragilités, lui qui ne diffuse ni son nom, ni même sa plaque d'immatriculation.


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