Très haut débit : pour NomoTech, le satellite restera une technologie d'appoint

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Crédits : BlackJack3D/iStock
FAI
Guénaël Pépin

Le groupe télécom, derrière le fournisseur d'accès Ozone, compte sur le futur satellite d'Eutelsat pour supprimer la limite de données mensuelles de ses offres. Il ne voit pourtant pas de conquête des zones rurales par cette technologie, confrontée à la 4G fixe et mobile, et bientôt la 5G.

Saturé sur un tiers de la France pendant plus d'un an, concurrencé en zones rurales par le très haut débit radio, comptant moins de 100 000 abonnés dans l'Hexagone, le satellite doit s'adapter pour rester pertinent. Ces dernières semaines, nous avons mené un grand comparatif des offres satellite, peu avant que skyDSL ne supprime la limite mensuelle de consommation de données de certains forfaits.

Le lancement d'un nouveau satellite par Eutelsat, qui promet le très haut débit pour 2021, devrait remettre cette technologie dans la course, alors que tout le monde espère obtenir de la fibre à terme.

Pour NomoTech, groupe spécialisé dans les réseaux d'initiative publique, le très haut débit radio et propriétaire du fournisseur d'accès Ozone, le satellite n'est pas voué à conquérir les campagnes. À cause de ses contraintes techniques et du développement d'autres technologies, comme la 5G fixe. Entretien avec Philippe Le Grand, PDG du groupe et militant des technologies radio.

Pour les lieux sans autre technologie viable

Ozone dit être le second opérateur satellite français, (très) loin derrière Nordnet, filiale d'Orange qui compterait pour 70 à 80 % du marché. Contrairement au très haut débit hertzien (TD-LTE), où NomoTech déploie des antennes dédiées, la société ne vend ici que du service, qui dépend des satellites du mastodonte Eutelsat et de SES Astra.

Pour Philippe Le Grand, le satellite convient « pour des zones extrêmement rurales, sans éligibilité à la fibre, avec un débit ADSL faible ou inexistant, sans solution hertzienne terrestre comme le très haut débit radio ou de 4G mobile suffisante ». L'opérateur met donc l'accent sur ses réseaux de 4G fixe (TD-LTE), qu'il voit comme le meilleur palliatif à la fibre en zones rurales.

Il refuse de chiffrer son activité satellite. Tout juste Eutelsat représenterait moins de 5 % de son activité. « En tant que fournisseur d'accès, on serait très malheureux si on n'avait que le satellite. C'est une activité complémentaire. Le satellite ne nous fait pas perdre d'argent mais, seul, ça n'irait pas, ce n'est pas possible. Il ne sera jamais dominant dans le paysage » pointe son PDG.

D'autant qu'entre l'été 2015 et l'été 2016, Eutelsat a refusé les clients grand public sur un tiers du pays, son satellite KA-SAT étant saturé par endroits. Pour Ozone, le départ de certains clients a permis de libérer de la capacité, même s'il a bien dû en refuser à l'époque.

Des offres difficiles à aligner sur les autres

En elles-mêmes, les offres satellite peinent à être aussi intéressantes que celles sur les autres technologies, avec une politique commerciale plus opaque qu'ailleurs. Sans même parler des contraintes d'utilisation, le modèle impose des coûts bien plus élevés, notamment à l'installation.

« Il y a une certaine inégalité dans le plan France THD. Il prévoit de donner 150 euros de subvention à l'installation, quelle que soit la technologie. Or, les coûts structurels du satellite sont plus élevés que ceux du mobile ou du très haut débit hertzien. Ça exige des opérateurs FAI qu'ils calibrent leurs offres pour se caler sur le marché » conte Philippe Le Grand.

« L'abonné veut payer 35 euros pour l'accès Internet, comment fait-on ? On peut transformer les frais d'installation en location de box ou location complémentaire... On tente des artifices pour essayer de nous rapprocher du marché. Mais bon... » soupire-t-il. Contrairement à certains concurrents, Ozone refuse l'auto-installation des équipements par les clients, qui « ne produit que des mauvais effets ».

L'Internet satellitaire reste marché mineur, même pour les opérateurs satellite comme Eutelsat, qui domine la France. « Avec la concurrence technologique, le satellite était plutôt une activité en décroissance. Depuis, cela semble parti pour se maintenir. Ça se maintiendra avec le nouveau satellite » pense tout de même NomoTech.

Satellite Ozone
Les offres satellite d'Ozone

Un futur satellite pour maintenir l'offre

Car, selon le groupe, l'enjeu est là : améliorer ses performances pour conserver une place dans les derniers foyers, non desservis par ailleurs. Si les performances restent les mêmes, face à la hausse constante de la consommation de données, « on ne peut que générer de la déception à terme ».

Le lancement d'un nouveau satellite par Eutelsat, pré-commercialisé auprès d'Orange après une longue bataille, doit donc faire entrer l'offre dans le monde du très haut débit. Eutelsat se permet même de vanter une « fibre par satellite », quand bien même le niveau de service est bien inférieur. Ce satellite « fera beaucoup de bien au FAI satellite que nous sommes », déclare NomoTech.

La société voudrait voir disparaître la limite mensuelle de données, liée à la technologie et imposée par Eutelsat, qu'elle estime trop contraignante aujourd'hui. « C'est vraiment un handicap. Au lancement d'un satellite, en général les contraintes sont assez faibles, pour les remplir. C'est après que ça se durcit, en fonction du succès commercial » déclare Philippe Le Grand, dont l'activité satellitaire était d'abord celle de SFR (Service Haut Débit), que sa société gérait pour la marque au carré rouge.

En enlevant cette barrière, Eutelsat « enlèverait un des deux problèmes du satellite ». L'autre, bien connu, est la latence. Avec des objets à 36 000 km d'altitude, chaque transfert de données prend au moins 500 ms, rendant bien des pratiques impossibles. Il place peu d'espoirs dans les satellites en basse altitude, comme ceux prévus par SpaceX.

« Imaginons qu'on la divise par trois, un réseau satellitaire d'orbite basse resterait malgré tout peu compétitif par rapport aux autres solutions. On croit beaucoup plus au très haut débit hertzien. Il faut déjà expliquer le simple fait de mettre des antennes. Alors si en plus on a des contraintes techniques qui ne permettent pas tous les usages, c'est non » pointe Le Grand.

Notons tout de même que les projets actuels, en basse altitude, prévoient de placer les objets à 1 000 km du sol, ce qui diviserait plutôt la latence par 30... rendant potentiellement viables des pratiques comme le jeu en ligne.

La 4G fixe comme « vraie » alternative

Le cheval de bataille de NomoTech est bien le très haut débit par des réseaux d'antennes dédiées, en 4G fixe (TD-LTE) et 5G fixe. « On a vraiment établi une hiérarchie entre les technologies » où le satellite est le dernier recours, affirme la société. Via le lobby de la filière, la Firip (désormais InfraNum), la société a réclamé au gouvernement une égalité de traitement entre les technologies filaires (fibre, ADSL, VDSL)  et le très haut débit hertzien.

Depuis l'an dernier, NomoTech démarche nombre de départements pour leur vendre des réseaux radio en zones rurales, en partie là où des technologies précédentes (comme le WiMAX) sont présentes. L'opérateur a été particulièrement actif dans l'attribution des fréquences 3,5 GHz par l'Arcep, qui ouvrent les portes de ces réseaux, d'abord attendus pour le dernier trimestre 2017, puis repoussés à cette année.

Malgré ce retard à l'allumage, la société se dit satisfaite. « C'est un grand succès. On avait signé par anticipation deux dossiers (la Seine-et-Marne et la Charente). Pendant ce temps, d'autres réseaux existants, en Haute Garonne, en Bourgogne se sont lancés. Cette année, un peu moins d'une dizaine de départements se sont décidés  à lancer des projets de très haut débit hertzien fixe, grâce à la nouvelle fréquence de l'Arcep » affirme son président, qui attend d'autres appels d'offres en juillet et septembre.

Sur les zones habituées à l'Internet par radio, l'ensemble des abonnés aurait déjà basculé vers les nouveaux en six mois, conquérant 20 % d'abonnés supplémentaires sur la période, assure NomoTech. Par département, ces réseaux ciblent 20 000 à 30 000 abonnés, auxquels ils apporteraient vraiment un meilleur débit, pour un potentiel de deux millions de prises d'ici 2022 (celles sous 4 Mb/s).

Bataille avec la 4G sur réseaux mobiles

Alors qu'une amélioration nette des débits satellitaires requiert une nouvelle mise en orbite, les réseaux terrestres sont (heureusement) bien plus flexibles. Pour le moment, les réseaux TD-LTE de NomoTech promettent 30 Mb/s descendants. Elle compte passer ce débit à 100 Mb/s l'an prochain, en basculant vers du MIMO 8x8 (8 porteuses par abonné), avec des canaux de 40 MHz (contre 8 à 15 MHz actuellement). Soit la méthode des réseaux mobiles pour amplifier les débits.

Quid alors de la 4G mobile, utilisée pour fournir de l'Internet fixe ? Dans le grand accord signé entre État et opérateurs mobiles en janvier, ces derniers sont tenus de proposer de telles offres, comme Bouygues Telecom avec sa 4G Box, qui compteraient quelques dizaines de milliers d'abonnés.

Pour Philippe Le Grand, même s'il a perdu des abonnés, le danger est limité. Les départements devraient ainsi valider ces réseaux en fonction de leurs schémas de déploiements (SDTAN), donc des éventuels réseaux de 4G fixe existants. Ensuite, elles n'intègrent pas (encore) d'offres triple voire quadruple play, un handicap face aux offres fixes classiques.

Enfin, le patron de NomoTech tacle les performances de ces réseaux mobiles pour un usage fixe. « Profitez-en, parce que vous avez connu le meilleur de la 4G mobile. Les réseaux saturent et ne fourniront sûrement pas plus de débits » pense-t-il.

Surtout, l'opérateur espère proposer de la 5G fixe d'ici deux à trois ans, avec le Gigabit pour cible. De grandes ambitions alors que les réseaux mobiles en 5G devraient débuter leur commercialisation en 2020, sans vrai plan industriel regrette l'Arcep. Il y a bien un coup à jouer selon NomoTech, qui estime le standard et les produits 5G fixe prêts à cette date, alors que « les déploiements par les opérateurs mobiles ne commenceront sûrement pas avant 2025 dans les territoires ruraux dont nous parlons ».


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