En dépit d'une fibre conquérante en France, la fracture numérique reste ouverte

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Guénaël Pépin

7,5 millions de logements sont abonnés au très haut débit, dont 3,6 millions à la fibre. Malgré le plan France THD et les efforts des collectivités, les zones rurales restent les moins bien desservies. Une situation qu'illustre la dernière carte des déploiements de l'Arcep, amenée à se préciser dans les prochains mois.

L'autorité des télécoms, l'Arcep, a publié son observatoire du marché fixe pour le premier trimestre. Malgré une consommation d'Internet toujours plus mobile, les abonnements et déploiements du réseau fixe se portent bien, portés encore et toujours par le très haut débit. Au 31 mars, 28,6 millions d'abonnements fixes étaient actifs, soit 175 000 sur le trimestre et 685 000 supplémentaires sur l'année.

Le haut débit (moins de 30 Mb/s descendant) compte encore pour 21,1 millions de lignes, dont 20,6 millions en DSL (ADSL et VDSL2). La baisse, constante depuis quelques années, s'accentue encore : 330 000 lignes de moins, contre 175 000 un an plus tôt.

L'autre quart des connexions Internet fixe est donc en  très haut débit. Fin mars, 7,5 millions d'internautes étaient abonnés à plus de 30 Mb/s. Soit 500 000 de mieux sur le trimestre et 1,7 million de plus en un an. Cette tendance continue aussi son accélération. Entre les premiers trimestres 2016 et 2017, cette hausse n'était « que » de 1,3 million de lignes.

41 % des locaux éligibles au très haut débit y sont abonnés, même si les disparités géographiques sont plus présentes que jamais.

La fibre tire toujours le très haut débit

Cette croissance est due à 70 % à la fibre, félicite le régulateur. Les opérateurs recensent 3,6 millions d'abonnés, soit 355 000 de plus sur le premier trimestre et 1,2 million en un an. Début 2017, 350 000 internautes avaient passé le cap, et 830 000 de mars 2016 à mars 2017.

Le câble rénové par SFR, qui fournit un débit descendant minimum de 100 Mb/s, n'en finit pas de stagner. Il a perdu 12 000 poussins sur le trimestre, et en a gagné 50 000 sur l'année. Maintenant que la marque au carré rouge s'est officiellement engagée sur la voie de la fibre, l'avenir commercial du réseau coaxial semble compromis.

Enfin, 2,5 millions d'abonnés disposent de connexions entre 30 et 100 Mb/s, via le VDSL, le câble non rénové ou la 4G fixe. Ce sont 165 000 de plus sur le trimestre et 408 000 de mars à mars. Ces réseaux devraient disposer d'une belle marge de manœuvre commerciale dans les prochaines années, d'une part avec l'objectif de 8 Mb/s pour tous d'ici 2020, et le très haut débit pour tous d'ici 2022 (dont 80 % en fibre).

Au total, 18,1 millions de logements sont éligibles au très haut débit, dont 10,9 millions en fibre. 668 000 locaux ont été déclarés raccordables sur le trimestre, et 2,7 millions en un an. Un coup d'accélérateur sera donc bien nécessaire pour tenir l'objectif 2020.

Selon l'Arcep, le très haut débit représente 49 % des locaux selon l'Arcep, et donc 26 % des abonnés. La fibre, elle, couvre 30 % des locaux, pour 13 % d'abonnés.

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Crédits : Arcep

La fracture numérique se porte bien, merci

L'autorité fournit aussi un découpage par zones. Dans le plan France THD, les communes sont réparties en trois catégories. Les zones très denses sont les 100 agglomérations les plus peuplées, soit ce qu'il existe de plus rentable. Chaque opérateur privé y déploie (en principe) chacun son réseau.

Dans les zones moins denses, soit 14 millions de lignes en agglomérations moyennes, ils coinvestissent (Orange et SFR travaillant pour les quatre). Puis, dans ce qu'il reste, principalement des zones rurales, les réseaux d'initiative publique sont chargés de couvrir les 43 % de population les moins rentables, avec subventions de l'État.

Après cinq ans, le plan n'a pas encore vraiment contribué à réduire la fracture numérique, loin de là. Les zones très denses sont couvertes à 90 % en très haut débit (5,9 millions de lignes), et à 77 % en fibre jusqu'à l'abonné (5 millions). 27 % des logements sont abonnés à la fibre.

En zones moins denses, le très haut débit est accessible à plus de la moitié des locaux (7,8 millions de lignes), et la fibre à un tiers , pour 11 % d'abonnés fibre.

Les zones des réseaux d'initiative publique, celles qui auraient le plus besoin de la fibre, affichent un piteux bilan. 27 % des locaux sont couverts en très haut débit (4,4 millions), et à peine 8 % en fibre (1,3 million). Ils comptent 2 % d'abonnés à ce dernier réseau, malgré le démarchage actif de certains petits fournisseurs d'accès.

Les déploiements ne sont pas encore en leur faveur. Sur le trimestre, comme sur l'an passé, les zones moins denses concentrent les efforts de déploiements, les zones très denses étant globalement couvertes. Les zones très denses ont ainsi gagné 150 000 lignes, contre 413 000 pour les zones moins denses et 105 000 sur les réseaux publics.

Notons que, la semaine dernière, au dernier colloque de l'Avicca, une association de collectivités, l'Arcep a assuré vouloir lutter contre certaines pratiques des opérateurs-déployeurs (Orange et SFR), notamment le gel des déploiements dans des zones qui leur sont acquises.

Le choix des opérateurs est aussi un sujet qui peut fâcher en campagne. Si les quatre mastodontes nationaux arrivent peu à peu sur ces réseaux publics, le choix est bien moindre qu'en ville. Sur 10,9 millions de lignes fibre, 8,26 millions ont accès à au moins deux opérateurs (76 %). Sur les réseaux d'initiative publique en zones rurales, ce taux de mutualisation (deux opérateurs passifs au point de mutualisation) tombe à 19 %.

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Crédits : Arcep

La situation gagne d'ailleurs en incertitude pour certaines zones, que des départements et régions sont en train de remettre aux mains des opérateurs privés, via un Appel à Manifestation d'Engagements Locaux (AMEL). Des communes que ces collectivités devaient couvrir elles-mêmes sont mises sur le marché, les opérateurs intéressés pour les traiter en fonds propres devant se manifester. Le gouvernement valide (ou non) chaque choix.

Cette procédure risque de retarder leur couverture, et de briser l'économie de certains réseaux publics, pour lesquels ces zones « publiques » rentables financent les coûteux déploiements en zones rurales. La péréquation pourrait donc en prendre un coup, même si (en principe) départements et régions veilleront bien à l'équilibre économique de l'opération.

Une carte qui s'enrichit peu à peu

Avec cette édition de son observatoire, l'Arcep affine aussi sa carte des déploiements fibre, lancée en janvier. Pour mémoire, l'autorité reprend le travail de l'Agence du numérique, avec son observatoire France THD. L'agence nous déclarait ne pas avoir les moyens (ni l'assise légale) d'assurer cette diffusion.

Cette nouvelle mouture est pour le moment précise au point de mutualisation, soit le dernier maillon du réseau avant d'atteindre les bâtiments, donc les logements. Problème : chaque point de mutualisation peut couvrir des parties entières d'une commune. Ces données ne sont donc utiles qu'à des fins statistiques, pas pour vérifier la couverture de son logement.

Ce « tribunal de la vérité », dont s'est enorgueilli Sébastien Soriano la semaine dernière, devant les collectivités, devrait tout de même s'enrichir dans les prochains mois.  « L'Arcep poursuit en parallèle ses travaux préparant un observatoire complet de la couverture du territoire par les réseaux fixes toutes technologies confondues, à l'échelle de l'adresse » promet l'autorité dans son communiqué.

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Une couverture fibre des plus clairsemées - Crédits : Arcep

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