Microsoft Build : Timeline, lien Windows/smartphone, .NET Core 3.0 et Azure partout

Smartphones ! Smartphones ! 10
Accès libre
image dediée
Développeurs
Vincent Hermann

Microsoft a ouvert hier sa conférence Build, qui s'étalera sur trois jours. Clairement orientée vers les développeurs, elle est toujours le théâtre d'annonces importantes, comme en témoigne cette année l'arrivée future de .NET Core 3.0, dont Microsoft attend beaucoup.

La Build n'est pas vraiment une conférence où le grand public peut étancher sa soif de nouveautés. L'évènement est prévu pour les développeurs, avec des conférences générales pour présenter les nouveautés et des ateliers plus techniques pour y plonger plus en profondeur.

Visual Studio, .NET Core et Azure couvraient l'essentiel des annonces de ce soir, mais pas complètement. Microsoft avait quelques fonctionnalités à annoncer dans un domaine où l'éditeur a beaucoup à reconstruire : les interactions entre l'ordinateur, où il reste le maître, et l'univers mobile, où il n'a fait qu'aligner les défaites.

La Timeline sur Android et iOS, mais chacun à sa manière

La Timeline est l’une des nouveautés majeures de la récente April Update, dont la distribution automatique commencera d’ailleurs demain. Elle remplace l’ancien affichage des tâches, pour l’étendre aux jours précédents. L’idée est simple : l’utilisateur peut remonter dans le temps et rouvrir une tâche, idéalement où il s’était arrêté. Une API spécifique permet en effet de rouvrir le dernier état. Sans elle, l’application appelée rouvre simplement le document.

La Timeline est en cours d’incorporation dans Android et disponible sur iOS, mais la méthode retenue diffère selon la plateforme. Sur le système d’Apple, elle est présente dans une nouvelle version d’Edge. Sur Android, l’intégration se fera via le Microsoft Launcher. Les deux ont leurs avantages et inconvénients.

Sur iOS, le navigateur peut rouvrir des pages web ouvertes sur d’autres machines liées par le même compte Microsoft. Quant à Android, l’intégration dans le Microsoft Launcher est évidemment beaucoup plus puissante, puisqu’elle peut notamment afficher les documents Office. D’un autre côté, les utilisateurs n’apprécieront peut-être pas de changer de launcher pour cette seule fonctionnalité, quelles que soient ses qualités.

Dans l’absolu, il s’agit d’une « bonne nouvelle », puisque Edge se renforce ainsi sur les plateformes concurrentes, via des liens plus forts avec l’écosystème Microsoft. L’éditeur n’a cependant pas donné de date pour l’arrivée de la fonction, se contentant d’un « plus tard dans l’année ».

La mise à jour pour Edge sur iOS n’est pas encore disponible au moment où nous écrivons ces lignes, mais est a priori imminente.

« Votre téléphone » veut rapprocher le smartphone de Windows 10

Voici une fonctionnalité que beaucoup attendaient sans doute de longue date : un lien entre le PC sous Windows et un smartphone, Android ou iOS. Puisque les Windows Phone sont officiellement « morts », autant continuer à renforcer le rôle de Windows 10 pour le rendre aussi incontournable que possible.

Prochainement dans le programme Insider, les testeurs trouveront donc une fonction « Votre téléphone », permettant de lier un smartphone Android ou un iPhone au PC. La manière dont sera créé ce lien n’est pas claire, et les questions fusent immédiatement. Car si on imagine que la fonction sera simple à mettre en place pour Android, les doutes sont beaucoup plus nombreux pour le système d'Apple.

Car Microsoft évoque le pilotage de certaines fonctionnalités du smartphone directement depuis Windows. On pourrait ainsi envoyer et recevoir des SMS, gérer les photos par glisser-déposer, lire les notifications, etc. L’éditeur parle d’une « fenêtre sur votre smartphone ». On attend d’en voir le fonctionnement, même si techniquement l’application peut déjà être récupérée depuis le Windows Store. Elle ne semble cependant rien faire pour le moment.

« Votre téléphone » va en tout cas dans le sens d’un rapprochement avec l’univers mobile, en plus de la Timeline mentionnée plus haut. Attendons maintenant de tester la fonctionnalité pour en mesurer les forces et faiblesses.

.NET Core : la 2.1 RC1 disponible, un premier regard sur la grande 3.0

Les espoirs étaient élevés pour .NET Core 3.0. Depuis que Microsoft a (presque) tout jeté pour refonder sa technologie, en la rendant multiplateforme – Linux, macOS et Windows – et open source, de nombreux développeurs n’attendaient plus qu’un mouvement : que les interfaces puissent être gérées directement dans les projets.

Pour comprendre cette attente, il faut rappeler que .NET Core ambitionne l’écriture d’un code unique pour toutes les plateformes prises en charge, via un runtime identique. Même si la version 2.0 a largement fait progresser le nombre d’API disponibles – se rapprochant de la parité avec l’ancienne version 4.7 du framework .NET classique – l’environnement restait cantonné à des projets sans interface, de type services ou applications serveur. L’interface, s’il en fallait une, devait recourir à une solution propre à chaque système.

.NET Core 3.0 est donc un pas important dans cette direction. Nouveauté majeure, le support des applications Windows Desktop, notamment Windows Forms, Windows Presentation Framework (WPF) et UWP XAML. L’accès aux API Windows 10 sera complet, et les développeurs pourront par exemple héberger des contrôles UWP dans des applications WPF ou Windows Forms classiques.

En clair, l’arrivée de .NET Core 3.0 permettra aux développeurs appréciant le nouvel environnement de s’en servir pour créer des applications de bureau traditionnelles, ce qui était difficile jusque-là. La question de Linux et macOS n’est pas encore réglée, mais Microsoft assure avoir encore de nombreux projets dans ce domaine.

Notez cependant que .NET Core 3.0 n’est pas encore là, et qu’il faudra être patient. La première Preview arrivera dans « les mois qui viennent », tandis que la version finale est attendue pour l’année prochaine, sans plus de précision. Dans l’intervalle, Microsoft s’attèlera à simplifier la migration autant que possible.

Si .NET Core 3.0 semble encore loin, ce n’est plus le cas de la mouture 2.1, dont la première Release Candidate est disponible. Microsoft estime que cette version est suffisamment stable pour commencer à être utilisée en environnement de production, tout en recommandant des tests de déploiements et de fiabilité avant (évidemment).

La RC1 n’apporte que peu de nouveautés vis-à-vis des précédentes. On note quand même quelques apports, comme le support officiel de la distribution Linux Alpine, pour une raison simple : elle sert souvent de base aux images Docker. La fonctionnalité était apparue avec .NET Core 2.0, mais sous forme de bêta uniquement. Microsoft recommande de passer à la nouvelle version. Par ailleurs, les plus patients pourront attendre le mois prochain qu’Alpine 3.8 soit disponible, Microsoft promettant d’y passer dès qu’elle sera là.

Plusieurs autres supports méritent d’être mentionnés. Par exemple, celui de .NET Core par les distributions Linux prévues pour l’architecture ARM32. Il faut cependant que le SoC soit basé sur ARMv7 ou ARMv8. Le support d’ARM64 est en cours. .NET Core 2.1 supporte également la compression Brotli. Microsoft remercie à ce sujet Google qui a fourni le code C permettant l’implémentation du standard.

Visual Studio : une histoire de communication

Conférence pour développeurs oblige, Microsoft a évoqué plusieurs nouveautés en approche pour Visual Studio. À commencer par IntelliCode, qui reprend le concept d’IntelliSense, mais lui adjoint des capacités venues du cloud : une analyse temps réel du code écrit pour suggérer des complétions, des modifications, voire avertir d’erreurs potentielles. À voir en pratique si la fonction n’en agace pas certains.

Live Share n’aura pas ce risque. Il s’agit d’une communication directe entre utilisateurs de Visual Studio, classique ou Code. Les développeurs peuvent ainsi travailler à plusieurs sur un même projet, peu importe le langage ou le scénario. L’ensemble s’active comme une session, que l’on partage ensuite avec d’autres. Chaque invité peut être préalablement validé avant qu’il ne rejoigne la session. De même, l’hôte pourra exclure certains fichiers par sécurité.

Le partenariat avec GitHub va quant à lui se renforcer. Les services Azure DevOps seront ainsi disponibles depuis GitHub, tout comme le Visual Studio App Center, les deux depuis la place de marché.

Notez également qu’une nouvelle mise à jour de Visual Studio, la 15.7, est proposée au téléchargement. La première Preview de la 15.8 est elle aussi en ligne.

Azure, intelligence artificielle : encore une déferlante

Au vu des résultats financiers de Microsoft depuis quelques années, on pouvait se douter que tout ce qui touchait au cloud tiendrait une place importante dans les annonces. La croissance du secteur est en effet à deux chiffres depuis de nombreux trimestres. Pourquoi freiner sur une telle lancée ?

On commence avec les Azure Kubernetes Service (AKS) qui, comme leur nom l’indique, permettront de faire lien entre les Team Services de Visual Studio et Kubernetes (orchestrateur open source pour Docker). L’ensemble des fonctionnalités sera concentré dans le portail Azure. Le changement sera répercuté dans les semaines à venir, en même temps que la compatibilité avec Azure IoT Edge.

Ce dernier, qui permet pour sa part d’analyser des données sur des appareils plutôt que dans le cloud, passe en open source. Le service reçoit également Custom Vision, clairement dédiée aux drones, leur permettant de prendre des décisions sans attendre un retour via une connexion. Microsoft s’associe dans la foulée au constructeur DJI pour la création d’un SDK dédié, qui facilitera la communication en temps réel entre drones et PC.

Autre partenariat important autour d’Azure IoT Edge, celui avec Qualcomm. Le SDK qui en résultera permettra d’utiliser les technologies de Qualcomm comme AI Engine et la Vision Intelligence Platform, tout en les mixant avec les services d’Azure. Comme pour DJI, il faudra patienter, car ces kits ne sont pas encore prêts.

kinect azure

Parmi les autres nouveautés annoncées pour Azure, citons quand même un nom venu du passé, mais qui désigne bien un nouveau produit : Project Kinect for Azure. Il s’agit en fait d’un kit matériel, contenant divers composants, dont la fameuse caméra à profondeur de champ, le tout réuni dans un petit boitier. Il se destine aux développeurs souhaitant travailler sur l’intelligence artificielle « on the edge », c’est-à-dire en bout de chaine, sur les appareils.

Notez enfin que Microsoft injectera 25 millions de dollars dans une initiative baptisée AI for Accessibility, sur cinq ans. Elle s’adresse aux développeurs, établissements scolaires de toute sorte, ONG et autres de leur venir en aide s’ils travaillent sur des technologies de type IA avec pour objectif d’aider des personnes à faire face à leur handicap, quel qu’il soit.

Il s’agit là des annonces les plus importantes de la conférence d’ouverture. Nous reviendrons plus tard sur les autres.


chargement
Chargement des commentaires...