Championnat e-sport : 340 000 € de subventions, participation décevante à Poissy, Webedia s'explique

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Sébastien Gavois

Ce week-end, se tenait à Poissy la première manche d'une compétition régionale d'e-sport amateur organisée par Webedia et financée par la région. Retour sur un taux de participation « clairement dans la fourchette basse » pour Webedia, voire « décevant » pour la région Île-de-France, avec 500 personnes sur la journée.

Début mars, nous apprenions que cette compétition sur Clash Royale et FIFA 18 allait voir le jour en Île-de-France, financée par 340 000 euros de subventions publiques. La région met environ 200 000 euros sur la table, tandis que les huit villes organisatrices déboursent le reste. Julien Brochet, directeur de l'ESWC chez Webedia, nous précise par contre que son entreprise prend en charge « 220 000 euros HT de coût de communication ». 

Une première manche à Poissy, financée par la ville et la région

Le financement de 340 000 euros « couvre l'organisation de huit événements départementaux, et de la grande finale ». Il détaille : « Pour un événement comme Poissy nous avons un support de la ville et de la région à 50 %, finançant chacun 16 667 euros HT, soit un total de 33 334 euros HT ». Dans tous les cas, « une bonne partie » de l'enveloppe globale servira pour la finale, sans plus de précision.

La première manche du tournoi avait lieu ce week-end à Poissy dans les Yvelines (78) au forum Armand-Peugeot (une salle municipale depuis plus de deux ans). Il comporte un grand hall et une salle de spectacle avec près d'un millier de places. Cette première manche n'a pas fait beaucoup de vagues sur les réseaux sociaux, malgré des tweets annonçant l'événement par l'AFJV (Agence Française pour le Jeu Vidéo), la région Île-de-France, l'organisateur de tournois ESWC FR (racheté par Webedia fin 2016), la ville de Poissy et son maire. Il y avait même des panneaux publicitaires

Après des remontées sur une (très) faible participation, nous avons interrogé plusieurs partenaires de cette compétition, dont Webedia et la région Île-de-France, pour tirer le dossier au clair.

90 participants selon Poissy, 120 selon Webedia

Comme lors des manifestations, les chiffres de la fréquentation varient selon les sources. Ils ne sont néanmoins pas bien élevés : « Environ 500 personnes se sont rendues à cet événement sur l'ensemble de la journée, dont 120 participants répartis sur les deux tournois » nous affirme ainsi Julien Brochet. 

Problème, ce chiffre de 120 participants ne correspond pas à celui avancé par la ville de Poissy dans une de ses actualités : « Dans la grande salle du forum Armand-Peugeot, 50 passionnés de FIFA18 se sont affrontés [...] alors que le concours Clash Royale réunissait 40 concurrents ». 90 d'un côté, 120 de l'autre, pourquoi une telle différence ?

Le responsable nous déclare au téléphone que la différence est probablement celle entre les demandes et la participation réelle : « c'est un peu plus de 90 personnes qui ont dû participer effectivement et il a dû y avoir 120 demandes ».

Sur le site Toornament – propriété de Webedia – nous pouvons constater 69 inscriptions pour le tournoi de Clash Royale et 50 sur celui de FIFA 18, soit un total de 119. Cette fois le compte est bon, enfin à un arrondi près.

La compétition Clash Royale comporte une section féminine, mais « on n'a eu que deux participantes » souligne Julien Brochet... avant d'ajouter que la situation aurait pu être pire avec aucune représentante. « Pour les prochaines éditions, on va faire en sorte d'essayer d'impliquer un peu plus les communautés de joueuses » conclut-il.

500 visiteurs sur la journée, une pointe simultanée à 150/200 personnes...

Avec les « 120 personnes et les gens qui participaient aux différentes animations, on a dû avoir une pointe de spectateurs qui se situait à un temps "T" entre 150 et 200 personnes. En cumulé dans la journée, on ne devait pas être loin de 500 » nous affirme Julien Brochet. Ce dernier reconnait que le pic de fréquentation « n'est jamais monté très haut ».

« Nous avions un objectif de 500 à 1 000 visiteurs, nous sommes donc clairement dans la fourchette basse ». Il avance deux pistes pour justifier, au moins en partie, ce faible score : une très courte période de communication, le projet ayant été validé seulement deux semaines avant l'événement, et la fermeture – prévue pour travaux – de la gare de Poissy le jour de la compétition.

Ajoutons que le 31 mars correspondait à l'ouverture de la Gamers Assembly à Poitiers, un événement regroupant de nombreux joueurs de toute la France. Bref, une date loin d'être idéale, mais « il faut faire avec la disponibilité de la salle, c'est une contrainte de l'événementiel » concède le directeur de l'ESWC.

... un niveau « décevant » pour la région IdF

« Nous attendons une plus forte mobilisation pour les prochaines étapes qui se tiendront à partir de septembre », espèrent en chœur la région Île-de-France et le directeur des relations média de Webedia. Ce dernier ajoute que les compétitions dans les villes partenaires « ne seront jamais sur des audiences délirantes, néanmoins on attend beaucoup plus de monde pour la finale sur la grande scène de l'ESWC ». Il n'avance par contre aucun chiffre.

« Pour nous, c’est un niveau de participation décevant [...] Nous avons rappelé aux organisateurs notre exigence de tout faire pour que cet événement gratuit soit un succès populaire » nous indique la région Île-de-France. Pour rappel, cette dernière a investi 200 000 euros dans cette compétition. Nous avons également contacté la ville de Poissy afin d'avoir son avis sur le sujet, mais sans réponse pour le moment.

Dans un billet de blog, eltsyr (un habitant de la région) revient sur son expérience et son désarroi (le mot est faible) suite à son déplacement. « À 15h c'est le clou de la journée, la présence de DaXe le champion du monde de FIFA qui jouera contre les quatre spectateurs qui feront le plus de bruit. L'animateur fait monter la pression et hurle dans son mike : "Qui veut jouer contre DaXe ? Allez on fait du bruit !". Raclement de gorge gêné, une fourmi pète. Trois mains se lèvent timidement. Il rétorque, inébranlable "Ah ah beaucoup de gens c'est cool !" et déclenche son ultimate : faire commenter le match par un autre spectateur. Pas de bol, ni de volontaire. Il commet d'office un ado apeuré et le place dos au public ».

Nous demandons à Julien Brochet sa réaction face à ce pamphlet : « c'est difficile à commenter, car cette personne n'a pas eu votre démarche de venir nous voir, de nous en parler... ». Il ajoute ensuite : « C'est quand même très téléguidé comme article ». Nous avons contacté eltsyr, sans réponse pour le moment.

Prochain rendez-vous : le 29 septembre, la finale en octobre

Rendez-vous maintenant pris pour la prochaine étape de ce championnat : le 29 septembre dans les Hauts-de-Seine (92), à la salle des fêtes Hunebelle de Clamart. Webedia semble confiant : la société « aura beaucoup plus de temps pour communiquer » sur cette compétition.

Le calendrier va ensuite s'accélérer puisque la « grande finale » se déroulera sur la scène de l'ESWC en octobre, durant la Paris Games Week. D'ici là, sept départements doivent encore organiser leur championnat.

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Faire connaitre l'e-sport amateur...

L'événement n'a guère fait de bruit sur les réseaux sociaux le jour J et il n'était pas retransmis en direct. « C'est vraiment un championnat amateur, c'est quelque chose qui est tout à fait nouveau » pour Julien Brochet. *

Il ajoute : « Ce qui est aujourd'hui très structuré et développé c'est l'e-sport professionnel. C'est le haut de la pyramide avec les joueurs professionnels, des événements internationaux, etc. Mais à l'inverse il y a beaucoup de gens qui pratiquent l'e-sport sans le savoir, car ils font des compétitions chez eux, sans savoir que c'est de l'e-sport ».

Selon les organisateurs, le but de cette compétition gratuite et ouverte à tous est d'essayer de mettre les joueurs amateurs « dans des conditions ne s'éloignant pas trop de l'e-sport professionnel [...] Le but c'était aussi de faire découvrir au grand public : c'est plus ça la démarche de cet événement, plutôt que de la retransmission ».

« Cependant les finales se déroulant durant l'ESWC seront traitées comme des grandes compétitions ». Il y en aura trois : deux sur Clash Royale avec huit garçons d'un côté et huit filles de l'autre, puis une finale pour FIFA 18 avec là encore huit joueurs.

Pour les vainqueurs, que ce soit au niveau départemental ou lors de la finale régionale, « des petits lots fournis par Webedia » sont distribués, mais « pas de cash prize ». À Poissy, « il y avait des goodies aux couleurs du championnat, des casques, des peluches Clash Royale... » détaille Julien Brochet.

... et attirer l'attention des studios

Avec cette compétition financée par la région Île-de-France, huit villes et Webedia (pour la communication), la société veut « montrer qu'il y a quelque chose d'intéressant à développer pour les prochaines années et que, comme dans le sport traditionnel, le plus important c'est la base d'amateurs ». 

Si certains studios semblent déjà l'avoir compris, l'idée est de montrer à tous qu'il peut y avoir des circuits amateurs, nous explique Webedia. Reste maintenant à les convaincre, ce qui nécessitera par un engouement plus important de la base des joueurs lors des prochaines manches. 


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