Facebook et la vie privée : le jour d'après

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Reseaux Sociaux
David Legrand

Après l'étonnement, puis les premières réactions à chaud, vient le temps des décisions plus muries. Préparant sa défense et son témoignage devant les autorités américaines, Facebook veut donner des gages sur la vie privée. Mais ils sonnent encore un peu creux.

Il y a dix jours, le monde découvrait avec effroi que Facebook vivait de la collecte et l'exploitation massive des données de ses utilisateurs. Mais surtout, que le réseau social n'avait pas toujours été très regardant sur la mise à disposition des développeurs tiers.

À travers « l'affaire » Cambridge Analytica et le lanceur d'alerte Christopher Wylie, beaucoup commencent à comprendre l'ampleur du phénomène, et les réactions se multiplient. Outre les invitations à mieux régler ses paramètres Facebook ou même à supprimer son compte, les autorités de nombreux pays sont montées au créneau. 

Ces derniers jours, Facebook a dû faire face à ses premières plaintes aux États-Unis et peut être bientôt en Suisse.  Si la société s'est excusée, elle a surtout indiqué avoir amélioré sa gestion des données ces dernières années et ne collecter l'historique d'appels/SMS ou les contacts qu'avec le consentement de l'utilisateur. Mais le mal est fait. 

Après des années sans voir le problème avec Facebook, les internautes commencent à le voir partout. La prise de conscience se ressent jusque chez les autres géants du numérique, et de nombreux médias découvrent des fonctionnalités qui ont déjà quelques années chez Google ou ailleurs. Le cours de Facebook est passé de 185 dollars à 153 dollars (-17 %) en moins de deux semaines, certains s'inquiètent pour Twitter... pendant qu'Apple donne des leçons.

Et maintenant ?

Notre dossier sur l'affaire Facebook / Cambridge Analytica :

Vers un changement de mentalité sur les données ?

Marc Zuckerberg doit bientôt témoigner devant le Congrès américain. Il faut préparer le terrain, et si possible faire un peu mieux que ces derniers jours. Facebook veut donc montrer qu'il passe aux actes, quitte à en faire un peu trop lorsqu'il essaie de se faire passer pour un nouveau chantre de la vie privée :

« La confidentialité est une priorité pour Facebook et nous travaillons quotidiennement pour aider nos utilisateurs à mieux comprendre nos outils »

Car quelles que soient les annonces, le modèle économique de Facebook repose principalement sur la publicité ciblée et un profilage minutieux des internautes, au sein de ses produits comme à l'extérieur. Et ce point-là ne change pas.

Pas plus qu'il ne changera pour les milliers de sociétés vivant de ce modèle économique, sans être aussi visibles que Facebook. Des acteurs à qui il faudra bien venir demander un jour des comptes et des engagements plus forts, notamment sur l'accès aux données qu'elles détiennent sur chacun de nous.

Car c'est sans doute là le premier gros changement, dont il faudra voir s'il perdure : l'exploitation et la collecte massive de données inquiète et mène à se poser des questions. Celle des modèles économiques, des choix en tant que consommateur, du principe de minimisation, de la durée pendant lesquelles nos données sont gardées ou des profils qu'elles servent à constituer (et qui ne nous appartiennent pas).

Facebook accélère sur la simplification des paramètres

Une sorte de « nouveau monde » auquel des géants comme Facebook doivent s'adapter en l'embrassant ou en cherchant à le contourner, sans trop en donner l'air. Après une première liste d'engagements, le réseau social a ainsi annoncé qu'il était temps de passer la seconde sur la gestion des options relatives à la vie privée.

Un travail déjà dans les tubes, notamment avec la mise en œuvre prochaine du RGPD, mais finalement détaillé un peu plus tôt que prévu. Bien entendu, rien n'est encore prêt, mais ici, c'est surtout le calendrier de communication qui est avancé. On apprend donc que « dans les prochaines semaines, nous allons lancer de nombreuses mesures pour offrir aux utilisateurs un contrôle simplifié et maximal de leurs paramètres de confidentialité ».

Trois exemples sont donnés : 

  • Une section dédiée « Raccourcis de confidentialité »
  • Un menu unique pour trouver et gérer l’ensemble des paramètres
  • Une rubrique « Accès à vos informations » contenant des outils pour trouver, télécharger et supprimer vos données

Le constat fait par Facebook est assez dur : dans son interface mobile, les paramètres relatifs à la vie privée étaient répartis sur pas moins d'une vingtaine d'écrans. Le but est donc de les concentrer. Un travail en partie déjà opéré par Google il y a quelques années avec son gestionnaire de compte, même si tout n'est pas parfait. 

Bref, rien de bien transcendant ou n'étant pas imposé par la nouvelle règlementation européenne.

FacebookFacebook

« Couper » le lien avec les data brokers

Second engagement pris, qui ne méritait pas plus qu'un communiqué de quatre lignes non référencé sur la newsroom de Facebook : la fin des catégories de partenaires. Elles permettaient à des fournisseurs de données tiers de proposer leur ciblage à travers Facebook. Ce ne sera plus possible d'ici six mois.

Mais à l'inverse, Facebook continuera bien de recouper ses propres données avec celles de tiers pour connaître l'efficacité de ses solutions. Là aussi les annonces masquent assez mal le fait que dans le fond, peu de choses changent.

Un retard sur le « télécran » Facebook, la F8 en ligne de mire

Finalement, la première grande victime de cette affaire côté Facebook, c'est le projet d'écran connecté de la société qui aurait été repoussé afin de mieux prendre en compte les problématiques de vie privée.

Ainsi, prochain grand moment attendu, la conférence annuelle F8 réservée aux développeurs. Elle se tiendra les 1er et 2 mai prochains à San Jose et l'on s'attend à ce que la vie privée et les changements opérés sur la plateforme, notamment sur le partage des données, prennent une large place.

Bien entendu, le programme peut évoluer selon les développements des prochaines semaines. D'ailleurs, il n'évoque même pas le sujet. Mais soyons assurés que ce sera au moins le cas pour la conférence d'ouverture de Mark Zuckerberg. 


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