Apple veut séduire le monde de l'éducation avec un nouvel iPad et un écosystème

Ô stylet autrefois si critiqué 23
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Tablettes
Vincent Hermann

Comme prévu, Apple a tenu hier soir sa conférence dédiée à l’éducation. Aucune réelle surprise, puisqu'il était question d'un iPad légèrement revu pour profiter du Pencil maison, des outils de gestion pour les établissements scolaires ainsi qu’une suite iWork qui rattrape enfin une partie de son retard.

Une fois n’est pas coutume, c’est depuis le Lane Tech College Prep de Chicago que la firme a présenté ses nouveautés pour le monde de l’éducation. On attendait effectivement une réaction dans ce domaine, face à Google ayant gagné de nombreuses parts de marché avec ses Chromebooks.

Et malheureusement pour Cupertino, l'arrivée de générations entières d'étudiants nourris à Chrome OS et Android n'est guère une bonne nouvelle, car il est plus difficile ensuite de changer ses habitudes. Microsoft fait face aux mêmes difficultés aux États-Unis, Windows 10 S n'étant sans doute pas en mesure de changer la donne.

Apple a donc dégainé de nouveaux produits, avec un iPad revu et corrigé, mais surtout des apports pour un écosystème qui se veut plus cohérent.

Nouvel iPad : pas une révolution, mais un tarif intéressant

On commence avec la sixième génération d’iPad. Un « extraordinateur » selon le constructeur : en fait une petite évolution du précédent, avec le passage au SoC A10 Fusion et la compatibilité avec l’Apple Pencil.

La force de frappe de cet « iPad 6 » réside dans son prix : 359 euros pour la version 32 Go, voire 299 euros pour les établissements scolaires, via une réduction spécifique. Sans parler de matériel bon marché, il s’agit probablement de la tablette la plus rentable lancée par Apple. Le reste des caractéristiques ne change pas, notamment la dalle de 9,7" (2 048 x 1 536 pixels). Un comparatif des différents modèles proposés sur le marché est accessible par ici.

Attention cependant, car le Pencil n’est pas fourni avec l’iPad (il ne l’est jamais). Il faudra donc compter 99 euros supplémentaires pour en profiter. Une version 4G de la tablette est bien sûr proposée, mais toujours au prix fort : 130 euros de plus. Et si les 32 Go ne vous suffisent pas, une variante 128 Go alourdira la facture de 90 euros. Les tarifs de l’iPad s’étalent ainsi de 359 à 579 euros, ou de 458 à 678 euros avec le Pencil.

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Le lancement de cet iPad jette en outre un nouvel éclairage sur le reste de la gamme. L’iPad mini a ainsi beau passer de 489 à 439 euros, il reste le moins intéressant de l’offre. Toujours bloqué à 128 Go de stockage pour faire gonfler artificiellement son prix, il n’est pas compatible avec le Pencil et propose toujours d’anciens composants (dont le SoC A8). Trois versions majeures d’iOS étant sorties depuis, la tablette ne nous semble donc pas recommandable.

L’iPad Pro reste pour sa part toujours dans le haut de gamme, et garde ses avantages : dalles plus grandes (10,5 et 12,9 pouces), écran laminé, traitement antireflet, gamme de couleurs P3, True Tone, Smart Connector et SoC A10X plus puissant. Il n’est pas certain cependant qu’ils justifient à eux seuls l’écart de prix : le premier iPad Pro est vendu 739 euros, soit plus du double du nouvel iPad classique.

Notez que le tarif Éducation d’Apple reste valable. L’iPad 6 à 299 euros ne concerne que les achats par les établissements. Les étudiants universitaires, leurs parents, les enseignants (à l’université ou à domicile) ainsi que l’ensemble du personnel des établissements peuvent acheter la plupart des produits Apple avec une réduction de 10 %.

Enfin, Logitech a profité de l’événement pour annoncer deux nouveaux accessoires : un Crayon concurrent du Pencil, et une version 2 de sa protection Rugged Combo. Le Crayon est particulièrement intéressant : il ne gère pas les niveaux de pression, mais est vendu 49 dollars, soit moitié moins que le Pencil. Malheureusement, les deux produits ne seront proposés qu’aux établissements scolaires américains.

ClassKit, Schoolwork et Classroom

Avec le matériel viennent plusieurs nouveautés logicielles. À commencer par ClassKit, un nouveau framework dont la version finale sera diffusée avec iOS 11.4. On apprend donc au passage qu’iOS 11 aura une quatrième mise à jour majeure avant la 12, qui devrait être présentée en juin pour la WWDC.

Avec ce kit centré sur le développement d’applications scolaires, Apple propose notamment Schoolwork. L’application se destine à la fois aux enseignants et aux élèves, en permettant d’assigner des tâches et de suivre leur évolution. Les tâches sont centralisées côté enseignant, synchronisées par les serveurs d’Apple. La firme précise que les informations des devoirs ne seront visibles que par le corps enseignant, jamais par d’autres, y compris elle-même.

Aux côtés de Schoolwork – attendue pour juin – Apple fournira bientôt une révision de Classroom. L’application se destine aux échanges en temps réel dans la classe. C’est avec elle qu’un professeur contrôle ce que les iPad des étudiants voient, et qu’il peut vérifier ce qu’ils font à tout instant. Une mouture macOS est également en préparation.

Apple a également présenté une fonction Shared iPad, au titre très parlant. Elle permet à plusieurs élèves de se partager la même tablette. Dans la vidéo de la conférence, on peut ainsi voir le fonctionnement : un élève appuie sur sa photo pour se connecter avec son profil, fait son travail, puis ferme son compte, laissant un autre faire de même.

Pour compléter le tableau, la société lance deux nouveaux programmes. Le premier, baptisé Apple Teacher, fournit gratuitement des informations et conseils sur la manière d’utiliser les produits et services de l’entreprise en classe. Plusieurs niveaux sont proposés, des médailles virtuelles marquant les étapes. Un programme aussi éducatif que promotionnel, puisqu’il présente la vision idéalisée par Apple d’une classe moderne.

Apple School ManagerApple School Manager

L’autre est destiné aux administrateurs et techniciens dans les établissements scolaires. Apple School Manager permet notamment l’intégration des services maison dans l’infrastructure locale et facilite certaines étapes comme la création des comptes. Ces derniers reçoivent automatiquement 200 Go sur iCloud, à comparer aux 5 Go fournis habituellement par Apple au grand public.

Le portail gère également les droits de chaque compte, avec par exemple les autorisations aux applications, particulièrement celles liées à la communication comme iMessage et FaceTime. Enfin, Apple promet une pleine conformité au RGPD quand il entrera en vigueur le 25 mai.

Voilà qui devrait rendre les produits Apple plus crédibles dans un environnement scolaire. La question du prix n’est en effet pas la principale : au-delà des Chromebooks, Google propose depuis longtemps tout un ensemble de services de gestion, centrés sur sa G Suite. La bataille se fera davantage sur l’écosystème que sur le seul matériel.

À ce titre, on aurait quand même aimé qu’Apple propose un MacBook moins cher dédié à l’éducation. Même si le nouvel iPad est « rentable », tous les travaux ne peuvent être faits avec des doigts ou un stylet. Des étudiants amenés à travailler de longs rapports ou sur des feuilles complexes de calcul risquent fort de continuer à préférer un clavier et une souris… mais on peut toujours adjoindre un clavier Bluetooth à l’iPad 6.

iWork rattrape enfin une partie de son retard

La suite bureautique d’Apple fait parallèlement un joli bond en avant. Elle donnait l’impression ces derniers temps d’être un peu à l’abandon, ou tout du moins de pas être une priorité.

Éducation oblige, la suite reçoit pourtant une importante mise à jour, tant sur iOS que macOS. Le plus gros du chantier se concentre sur le support amélioré du Pencil, désormais pleinement pris en charge dans les Pages, Numbers et Keynote. L’utilisateur pourra donc dessiner, annoter, surligner, colorier et ainsi de suite.

Les nouveautés se concentrent en particulier dans Pages. Le traitement de texte embarque ainsi désormais une fonction Livre numérique, qui permet de travailler au stylet des manuels et autres publications contenant du texte, des photos, du son, des vidéos, illustrations, diagrammes et ainsi de suite. Des modèles sont fournis pour accélérer la manœuvre.

Parmi les autres ajouts, citons la collaboration en temps réel pour les documents stockés dans Box (voir notre dossier), l’affichage des pages côte à côte, une option pour formater le document sous forme de double-pages (pages opposées), un élément de galerie de photos, la création de modèles pour préserver la cohérence de présentation dans tout le document, le formatage automatique des fractions (en option) ou encore des graphiques en anneau.

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Numbers reprend une bonne partie de ces ajouts (collaboration via Box, graphiques en anneau, galerie d’images…), mais a ses propres nouveautés. Par exemple, le surlignage conditionnel dans les tableaux, qui permet de modifier l’apparence d’une cellule quand sa valeur remplit les conditions fixées par l’utilisateur. De nouvelles options sont également disponibles pour trier et filtrer, tout comme un important amélioré pour les données CSV et texte, avec support des délimiteurs personnalisés et des fichiers à espacement fixe. Enfin, certains réglages peuvent réduire le poids des fichiers.

Quant à Keynote, il reprend lui aussi le socle commun des améliorations et cherche à simplifier la vie des utilisateurs. Par exemple, le thème peut être changé librement à tout moment, modifiant d’un coup l’ensemble de la présentation. De même, il est enfin possible de régler la taille et les proportions des diapositives dans la version iOS.

Les mises à jour des applications, sur iOS comme macOS, sont disponibles dans les App Store respectifs. Sur iPhone ou iPad, elles pèsent plusieurs centaines de Mo et réclameront donc une connexion Wi-Fi.


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