Threadripper 2950X/2990WX : comment AMD veut annihiler Intel dans les stations de travail

Attention, ça va saigner 65
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Processeurs TEST
David Legrand

Les Ryzen Threadripper de nouvelle génération commencent à être disponibles, notamment via la gamme WX. Des produits à travers lesquels la société veut montrer sa suprématie sur Intel, même sur des marchés qui lui étaient jusque-là réservés. 

La semaine dernière, AMD levait le voile sur ses nouvelles puces Ryzen Threadripper, gravées en 12 nm. Aujourd'hui, un premier modèle est mis sur le marché : le 2990WX et ses 32 cœurs, proposé à 1 899 euros (tout de même). Une déclinaison « grand public » aux airs d'EPYC qui, malgré de faibles évolutions apparentes, est intéressante à plus d'un titre.

Notamment parce qu'elle montre que la stratégie du constructeur est de continuer à frapper Intel là où ça fait mal, sur tous les marchés. Pour cela, il continue de mettre fin, petit à petit, aux barrières imposées par le géant de Santa Clara depuis des années : nombre de cœurs, performances, stabilité de la plateforme... le tout à des tarifs imbattables.

Après l'avoir forcé à passer ses processeurs Core à six cœurs (et bientôt huit) , avec des Ryzen 8C/16T dont le tarif varie entre 200 et 300 euros, AMD s'attaque à un marché juteux : celui des stations de travail. Un terrain où Intel était bien seul et avait tendance à ne proposer que quelques cœurs de plus pour 1 000 à 2 000 euros avec ses « Extreme Edition ».

Depuis Ryzen, cela a changé. Les Core X lancés l'année dernière sont des puces de la génération Skylake-X comprenant 8 à 18 cœurs. Elles exploitent un socket LGA-2066 et le chipset X299.

Autant dire qu'AMD avait tout intérêt à y répondre avec une puce embarquant 24 ou 32 cœurs... tout en restant sous la barre des 2 000 euros. Car malgré tous les avantages d'Intel que ce soit au niveau des fréquences, de son die unique, et autres optimisations diverses, ses Core X ne sont plus les plus performants du marché dans les usages visés. Et de loin.

Et AMD de se payer le luxe de revoir ses marges à la hausse, comme détaillé dans notre précédent article :

AMD Ryzen Threadripper 2nd Gen Score Tableau

Ryzen Threadripper, version WX

Ce passage au 12 nm sur les Threadripper est donc bien plus qu'une simple évolution, elle permet d'affiner la stratégie de l'offre haut de gamme d'AMD.

Celle-ci est désormais scindée en deux, avec quatre produits au total qui visent chacun des usages et des publics spécifiques. Et même si la tendance actuelle pousse le constructeur à parfois évoquer les joueurs, il est clair qu'ils ne sont pas les cibles prioritaires de tels produits.

Mais après tout, derrière chaque développeur, designer ou vidéaste se cache aussi souvent un fan de jeux vidéo. C'est donc plutôt la possibilité d'un usage multiple, avec quelques compromis qui est ici mis en avant. 

Cela se reflète d'ailleurs assez bien dans la conception des Ryzen Threadripper WX. AMD aurait ainsi pu faire le choix de prendre des puces EPYC et de simplement changer leur référence et leur tarif, mais cela comportait quelques problèmes. Tout d'abord, cela aurait risqué de casser le marché des serveurs mono-socket (1P) que la société voulait mettre en avant.

Ensuite, parce que même sur des stations de travail, il n'est pas forcément nécessaire de disposer de 128 lignes PCIe 3.0 et huit canaux mémoire. À l'inverse, les contraintes thermiques étant moins fortes dans une station de travail comparé à un serveur, avec des possibilités de refroidissement plus importantes, il est possible de monter bien plus haut en fréquence.

  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX

AMD a donc fait le choix de garder une même structure par rapport aux Threadripper de première génération, avec quatre canaux mémoire et 64 lignes PCIe, qui laissent déjà de larges possibilités. Une solution qui a l'avantage de préserver la compatibilité avec l'ensemble des cartes mères X399 actuelles, ne nécessitant donc qu'une mise à jour de leur UEFI.

Par contre, la fréquence maximale mise en avant pour les modèles WX passe à 4,2 GHz pour 250 watts de TDP, alors que l'EPYC 7601, le plus véloce de la gamme, va de 2,2 à 3,2 GHz, pour 180 watts de TDP.

Quelles évolutions par rapport aux Threadripper 19xx ?

C'est sans doute l'utilisation du 12 nm qui a permis ce résultat, et poussé AMD à proposer de tels produits maintenant, plutôt que l'année dernière. Cela lui permettait également de garder un « deuxième effet Kiss cool » pour Intel, en ayant l'assurance que son concurrent n'aurait pas de réponse à apporter à court terme. 

Un processeur Threadripper est toujours composé de quatre dies de processeurs Ryzen classiques, qui passent à l'occasion à l'architecture Zen+. Il bénéficie donc des mêmes avantages que les modèles 2600(X) et 2700(X). Outre la réduction de la latence du sous-système mémoire et la montée en fréquence, on dispose d'une gestion progressive plutôt que par paliers (PB2) et d'une capacité à aller un peu plus haut que la moyenne si le système de refroidissement le permet (XFR2).

De quoi permettre aux constructeurs de ventirads et autres systèmes de watercooling de proposer des kits certifiés pour 250 watts, en misant sur votre espoir d'aller grappiller quelques points sous CineBench (jusqu'à +16 % annoncés). Une présentation un brin optimiste et surtout assez peu détaillée.

  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX

AMD ne précise en effet pas quels fréquences et scores peuvent être atteints ou les conditions requises pour profiter de ce coup de pouce. Tout juste la société indique-t-elle qu'une expérience « Premium » est définie par « la combinaison d'une température ambiante et d'un système de refroidissement permettant au processeur de rester sous la barre des 60 degrés ». Notez au passage que l'offset de température (Tctl) reste inchangé par rapport aux Threadripper 19xx : +27°C.

Selon nos tests, un 2990WX reste le plus souvent à 3,4/3,5 GHz lorsque tous ses cœurs sont actifs, contre 3 GHz annoncés. Cela reste vrai tant que la température du processeur relevée par Ryzen Master ne dépasse pas les 65/67°C environ. Au-delà, la fréquence baisse progressivement. Ainsi, il faudra donc surtout veiller à disposer d'un refroidissement adapté pour éviter toute limitation et obtenir de bons résultats, mais cela n'a pas besoin d'être un monstre.

D'autant que côté amélioration des fréquences, l'intéressant est ailleurs.

Ryzen Master 1.4 et Precision Boost Overdrive

Lors du lancement des Ryzen 2600(X)/2700(X) et des chipsets de la série 400, une fonctionnalité avait fait parler d'elle sans être officiellement annoncée : Precision Boost Overdrive (PBO). Et pour cause, elle n'était pas prête. AMD nous l'avait confirmé à l'époque, indiquant qu'elle arriverait un peu plus tard.

Si nous sommes toujours sans nouvelle du côté des Ryzen classiques, PBO fait son entrée avec les Ryzen Threadripper en 12 nm (mais pas leurs prédécesseurs). L'idée est simple : ajouter un ultime niveau d'overclocking simplifié, accessible à n'importe quel utilisateur. 

Actuellement, les processeurs gèrent automatiquement leur fréquence en fonction de la charge de calcul, mais aussi de la température comme nous venons de le voir. Cela se fait dans le cadre de limites thermiques et électriques définies, valables pour tous les modèles d'une même référence. Trois sont désormais exposées : PPT, TDC et EDC.

AMD Ryzen Threadripper WXAMD Ryzen Threadripper WX

Ainsi, l'intérêt de l'overclocking est de plus en plus limité, hors de pratiques et de conditions extrêmes comme avec de l'azote liquide. La puce est constamment en train d'essayer d'exploiter le maximum de son potentiel... dans un cadre qui reste assez strict. Dans la pratique, PBO permet d'aller encore un peu plus loin en permettant d'outrepasser les limites fixées au niveau du CPU, au profit de celles autorisées par la carte mère.

Chaque constructeur peut ainsi fixer (via son UEFI) des valeurs de courant au niveau du CPU (TDC) et de la carte mère (EDC), mais aussi de dissipation thermique du CPU (PPT) que son produit peut supporter. De quoi ajouter un niveau de différenciation pour les modèles haut de gamme, dont on espère qu'il ne sera pas trop artificiel.

Lors de notre utilisation d'un Ryzen Threadripper 2990WX sur une MSI MEG X399 Creation, avec les 32 cœurs d'actifs sur un rendu Blender (bmw27), nous avons atteint plus de 100 % du PPT (250 W) et jusqu'à 90 % du TDC (215 A). La valeur de l'EDC, dont la limite est fixée à 300 A, ne semble pour le moment pas disponible.

Precision Boost Overdrive nous était accessible dans la nouvelle version 1.4 de Ryzen Master, mais n'avait pas d'effet, les valeurs maximales étant inchangées. Ce, malgré le fait que l'option était sur Auto dans l'UEFI. Nous avons donc dû en passer par une activation manuelle (Enabled) pour le moment.

Les valeurs maximales étaient alors les suivantes :

  • PPT : 250 W > 500 W
  • TDC : 215 A > 380 A
  • EDC : 300 A > 600 A

Dans un premier temps, nous n'avons touché qu'à la valeur thermique, en la fixant à son maximum pour voir jusqu'où cela nous permettait de pousser le CPU. Comme prévu, c'est alors la limite de courant du CPU (215 A) qui a rapidement été atteinte. Nous n'avons ainsi pu grappiller que quelques secondes sur notre rendu Blender.

En passant cette valeur à 250 A, la limite n'était plus atteinte, mais le score était à nouveau inchangé. Nous avons alors passé toutes les valeurs au maximum. Résultat : un peu moins de 10 % de gain sur notre score de départ. Mais le refroidissement utilisé, un ventirad Noctua classique, semblait ici atteindre ses limites. Nous aurons donc l'occasion de revenir sur PBO plus en détail dans un prochain article, mieux équipé.

Ryzen Master 1.4

Selon AMD, l'intérêt de cette solution est double. Tout d'abord, contrairement à un overclocking classique, cela ne désactive pas la gestion de la fréquence en fonction de la charge (Precision Boost 2), puisque celle-ci n'est pas fixée arbitrairement par l'UEFI. De plus, le fonctionnement ne demande que peu de compétences techniques.

Deux points sur lesquels on ne peut qu'acquiescer (la preuve, rien n'a pris feu pendant nos tests), d'autant qu'un overclocking manuel de l'ensemble des cœurs sans modification de la tension, nous permet de grimper facilement à 3,5 GHz, mais pas plus. De quoi obtenir un résultat assez proche de celui de PBO, avec la contrainte d'une fréquence qui ne dépassera pas ce chiffre lorsque cela est possible, par exemple si tous les cœurs ne sont pas utilisés.

On attend ainsi de voir comment les constructeurs de cartes mères vont s'emparer de cette possibilité. Attention tout de même : comme le précise assez clairement AMD, comme tout overclocking, cela se fait hors du cadre de la garantie. Vous êtes prévenus. Espérons tout de même que le constructeur sera conciliant en cas de problème, surtout avec des processeurs vendus entre 700 euros et 2 000 euros pièce.

Au passage, notez que Ryzen Master 1.4, qui devrait rapidement être mis en ligne, apporte quelques autres nouveautés : un affichage mettant en avant le regroupement des cœurs au sein de la puce, une détection plus rapide des cœurs les plus rapides (marqués d'une étoile) et la possibilité de limiter l'overclocking à un CCX en particulier.

StoreMI pour tous les utilisateurs de cartes mères X399

Autre ajout à la plateforme X399/Socket TR4, qui n'est pas exclusif aux processeurs de nouvelle génération cette fois : la possibilité de bénéficier gratuitement de StoreMI. 

Pour rappel, ces cartes mères disposent déjà d'une possibilité spécifique : le RAID NVMe. On peut ainsi utiliser plusieurs SSD exploitant cette norme de manière conjointe, et afficher des résultats assez impressionnants. De quoi inciter les constructeurs à proposer des cartes PCIe avec quatre emplacements M.2, comme ASUS pour un peu plus de 50 euros

Assez ironiquement d'ailleurs, cette carte est annoncée comme compatible avec VROC (Virtual RAID On CPU), une solution concurrente d'Intel assez limitée (notamment aux SSD maison). De son côté, MSI a décidé de proposer sa carte M.2 Xpander-Aero en bundle avec la MEG X399 Creation.

Celle-ci embarque des LED colorées (désactivables via un interrupteur sur le PCB) et un large ventilateur, également désactivable. Ainsi, elle occupe deux emplacements au sein de la carte mère contrairement au modèle d'ASUS. Voici les résultats obtenus sous CrystalDiskmark 6.0.1 avec quatre SSD Samsung 970 Pro de 256 Go :

MSI M.2 Xpander-AeroAMD Ryzen Threadripper NVME RAID

Via StoreMI, un SSD peut être utilisé conjointement avec un disque dur classique ou même de la mémoire. L'idée ici était de proposer une alternative aux modules Optane Memory d'Intel, proposés comme cache pour accélérer le système.

Ces produits étant réservés aux plateformes Intel, et AMD n'ayant pas de solution équivalente, elle s'est tournée vers FuzeDrive d'Enmotus, tout d'abord proposé via une licence à tarif réduit. Finalement, le tout a été rapidement placé sous marque AMD, sous le nom de StoreMI, et proposé gratuitement à ceux qui possèdent une carte mère AM4 avec un chipset de série 400, et désormais celles à base de TR4/X399. 

Ici, pas de cache ou de système complexe : HDD, SDD et mémoire forment un espace de stockage unique, l'application se chargeant d'utiliser tel ou tel élément afin d'offrir les meilleures performances. Mais là aussi il y a quelques limitations à respecter : 256 Go pour le SSD, 2 Go pour la mémoire, Windows 10 (64 bits) étant le seul OS supporté.

Nous aurons l'occasion de revenir sur son fonctionnement en détail, dans un prochain article.

AMD Ryzen SlidesAMD Ryzen Slides

UMA ou NUMA : là est la question

Un Ryzen Threadripper est composé, comme un processeur EPYC, de plusieurs dies d'un Ryzen classique reliés entre eux par un lien Infinity Fabric. Chaque die contient jusqu'à huit cœurs, regroupés en deux modules (CCX). Dans le cas des puces à 12/16 cœurs, seuls deux dies sont présents. Ils sont reliés entre eux à un débit (bi-directionnel) de 100 Go/s. Chacun dispose de deux canaux mémoire et 32 lignes PCIe 3.0.

Une conception qui, en soi, constitue déjà un défi puisque l'OS doit gérer l'accès à la mémoire. Un problème déjà bien connu dans le monde des serveurs à plusieurs sockets. Car si un cœur du premier die veut accéder à des données qui sont dans la mémoire reliée au second, celles-ci devront transiter à travers le lien Infinity Fabric, ce qui ajoute de la latence.

AMD l'annonce pour 64 ns si l'accès se fait au sein du même die, contre 105 ns sinon :

  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX
  • AMD Ryzen Threadripper WX

Ainsi, deux modes de fonctionnement sont proposés : local (NUMA, Non-Uniform Memory Access) ou distribué (UMA, Uniform Memory Access). Dans le premier cas, le processeur est vu par le système comme des blocs séparés disposant chacun de leurs cœurs et de leur mémoire (ou pas). Une solution qui permet de disposer d'une latence réduite.

Dans le second, le processeur est vu comme une entité unique disposant de l'ensemble de ses cœurs et de sa mémoire, permettant d'obtenir une meilleure bande passante et de plus larges accès si nécessaire, mais la latence pourra être plus ou moins importante. En fonction des applications, l'un ou l'autre mode peut être préférable.

AMD propose donc de le modifier dans Ryzen Master ou via l'UEFI, un reboot étant bien entendu nécessaire. Il ne peut donc se faire à la volée. Par défaut, c'est le Creator mode qui est utilisé avec un accès distribué (UMA), puisqu'il affiche de bons résultats dans la plupart des applications destinées aux stations de travail.

Un Game Mode pour les joueurs (après reboot)

Mais dans les jeux (à quelques exceptions près), c'est l'inverse : le mode local (NUMA) affiche de meilleurs résultats grâce à la latence réduite. AMD recommande donc de l'activer, et va même plus loin avec son Game Mode.

Dans Ryzen Master, celui-ci a deux effets : activer le mode distribué et limiter le processeur à un die avec huit cœurs actifs via son Legacy Compatibility Mode. Désormais, ce paramètre propose d'ailleurs trois états afin de prendre en compte les puces à 32 cœurs : Désactivé, 1/2 ou 1/4.

De quoi lui permettre de disposer d'une fréquence de fonctionnement plus importante, et donc de grappiller quelques fps supplémentaires dans les jeux. Reste qu'un tel mode est surtout pensé pour les benchmarks et quelques passionnés. Car dans la pratique, le besoin de redémarrer la machine sera souvent vu comme une contrainte par l'utilisateur.

Ces derniers n'auront en effet pas forcément l'envie d'en passer par là lorsqu'ils s'accordent une petite pause détente, tout ça pour aller grappiller 5 à 10 % selon nos premiers résultats. Offrir la possibilité est donc une bonne chose, mais au final, ce qui compte sur une telle puce pensée avant tout pour une station de travail, c'est d'avoir un processeur qui offre de bons résultats dans les jeux, tout en proposant de très bons résultats lorsqu'un grand nombre de cœurs est nécessaire. 

Il serait d'ailleurs intéressant de voir si AMD ne peut pas plutôt travailler avec les développeurs et autres concepteurs de moteurs de jeux, pour qu'ils permettent de limiter l'utilisation du CPU à un die en particulier, via un Game Mode qui serait proposé dans les options. Ou même avec Microsoft, qui propose son propre Mode Jeux au sein de Windows 10. Des solutions qui seraient sans doute bien plus appréciables pour l'utilisateur.

AMD Ryzen Threadripper WXAMD Ryzen Threadripper WX

Quatre dies, jusqu'à 32 cœurs : des avantages... et des inconvénients

Le cas de processeurs comme les Ryzen Threadripper 2970WX/2990WX est particulier. Ils sont les plus performants de la gamme grâce à leur composition, mais doivent faire face à des contraintes.

En effet, s'ils ont quatre dies actifs, deux seulement disposent de canaux mémoire et de lignes PCIe 3.0 (IO dies) contrairement aux deux autres (Compute dies). Ils fonctionnent donc forcément en mode distribué (NUMA), et sont vu par le système d'exploitation comme quatre blocs isolés.

Dans la pratique, l'OS devrait donc privilégier les deux premiers qui offrent systématiquement une meilleure latence. Mais AMD nous a confirmé que du travail reste à faire sur ce point, notamment pour Windows 10. Des mises à jour pourraient prochainement venir améliorer les choses, mais aucune date ne nous a été confirmée. Espérons que ce sera le cas pour la Redstone 5, attendue pour la fin de l'année.

La communication d'un die avec les autres, elle, n'est plus assurée par un lien Infinity Fabric, mais trois, chacun à 50 Go/s (bi-directionnel). Une topologie déjà mise en place pour EPYC avec un débit annoncé à l'époque de 42 Go/s. Mais là encore, les contraintes semblent ailleurs, notamment du côté des développeurs.

Je compile, tu compiles, ...

Dans les documentations techniques d'AMD fournies à la presse, un point nous avait étonné : pour le 2990WX, seuls des résultats sur des applications de rendu 3D ou certaines applications de traitement vidéo étaient donnés. Il faut dire que les résultats sont au rendez-vous. De Blender à Cinebench en passant par OpenSSL, on peut facilement afficher une belle collection de résultats qui montrent que tout va pour le mieux dans le monde du multi-thread massif? Ça scale:

  • AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement
  • AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement
  • AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement
  • AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement
  • AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement

On pourrait donc penser que ce choix est lié au public visé par ces produits, mais le manque de diversité dans les applications utilisées nous paraissait plutôt étonnant. Nous en avons compris la raison un peu plus tard, lors de nos propres tests. 

En effet, certaines applications comme Handbrake affichent de très bons résultats avec une puce dotée de 16 cœurs, mais ne s'adaptent pas parfaitement à un modèle équipé de 32 cœurs, capable de traiter 64 threads. Idem pour Veracrypt qui affiche de très bons résultats dans tous les tests, mais pas via en chiffrement AES, où l'on retrouve des résultats dignes d'une puce équipée de seulement huit cœurs (11 Go/s).

C'était également le cas d'autres applications qui montraient jusque-là une bonne adaptation aux processeurs multi-cœurs, mais ne sont pas massivement parallèles par nature, contrairement à des solutions de rendu 3D par exemple. Un problème de conception du code ? Pas forcément.

AMD Ryzen Threadripper WX Reviewer's Guide
Un extrait du Reviewer's Guide d'AMD pour les Ryzen Threadripper de seconde génération

Dans le cas d'un outil que nous avons nous-même développé il y a quelques années, il bloque à 32 threads sans raison particulière. La solution est peut-être ailleurs : dans la compilation. En effet, avec des outils comme Aircrack-ng ou John the ripper, les binaires distribués pour Windows ne permettaient pas d'exploiter l'ensemble des cœurs du processeur. 

Nous avons donc récupéré le code source via le sous-système Linux de Windows 10 et l'avons compilé nous-même, sans optimisation particulière. Tout est alors rentré dans l'ordre, nos 64 threads étant alors pleinement occupés. De quoi nous inciter à reprendre notre protocole de test et l'adapter à de telles puces.

Cela montre une chose : si une telle capacité de calcul est déjà courante dans les serveurs, et que des processeurs comme EPYC ont déjà montré qu'un seul processeur pouvait proposer 32 cœurs et 64 threads, il va encore falloir attendre un peu avant que l'ensemble des outils s'y adaptent, lorsque cela ne va pas de soi.

AMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench LancementAMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench LancementAMD Ryzen Threadripper 12 nm Bench Lancement
Mauvais résultats pour le 2990WX sous Handbrake, légère avance avec notre outil maison, une fois JTR recompilé, ça va mieux

Une réflexion déjà bien entamée pour les jeux, où l'existence du Game Mode montre que plus de cœurs ne signifie pas encore plus de performances, comme aux débuts du multi-threading grand public. Mais elle va devoir être menée de manière plus large. Parfois une compilation avec des outils plus récents sera suffisante, parfois il faudra revoir le code.

La question de la virtualisation

Surtout, cela montre que de tels processeurs ne sont pas forcément faits pour tous les usages. Il y en a d'ailleurs un qui est souvent mis de côté, notamment dans la communication d'AMD : la virtualisation. 

Pourtant, les Ryzen Threadripper disposent de tout ce qu'il faut pour cela, et une puce avec 16, 24 ou 32 cœurs ouvre la voie à l'utilisation simultanée de machines équipées chacune de 4 à 8 cœurs (ou plus), offrant des performances dignes d'un PC classique (hors 3D) via des applications comme VirtualBox ou VMWare Workstation Pro par exemple. 

Ainsi, vous pouvez utiliser votre PC équipé d'un 2970WX/2990WX comme machine principale, mais faire tourner dans des machines virtuelles différents serveurs, des tâches de calcul de manière isolée, etc. Ici, c'est la capacité du processeur d'AMD à faire fonctionner différents OS et différentes applications en simultanée qui sera crucial. 

Un point que nous avons donc décidé d'intégrer à notre protocole de test pour tous les processeurs dotés de plus de huit cœurs désormais. Celui-ci a largement été retravaillé pour intégrer des usages bien au-delà de CineBench, 7-zip ou un rendu Blender de BMW.

La période des vacances se terminant, ainsi que le déménagement de nos laboratoires de test, nous publierons nos résultats complets sur les Ryzen Threadripper 2950X et 2970WX d'ici peu. Nous reviendrons aussi sur certaines étapes de l'adaptation de notre protocole de test plus en détail dans de prochains articles.

AMD Ryzen Threadripper Virtualisation

Ryzen Threadripper 12 nm : faut-il craquer ?

Pour le moment, la question ne se pose pas trop : seul le Threadripper 2990WX est disponible. Il coûte cher et s'adresse à un public assez spécifique. La question à se poser est donc : disposez-vous d'un budget de plus de 2 000 euros pour un ensemble comprenant le processeur, la carte mère et la mémoire ?

Surtout que ce genre de machine s'accompagne en général d'un stockage efficace et d'une carte graphique haut de gamme si vous en avez besoin pour vos rendus, des calculs ou même simplement jouer de temps à autre.

Si la réponse est oui, et que vous avez les usages qui correspondent, ce processeur est une piste à envisager. Il sera sans concurrence avant un moment, sa plateforme est complète et assure une certaine évolutivité. La consommation est raisonnable pour un produit de ce genre et la nuisance sonore est facilement maitrisée, sans pénaliser les performances.

Si votre budget est plus limité, le 2950X pourra constituer une bonne alternative, capable de naviguer entre les modes d'accès mémoire (NUMA/UMA). Sa fréquence maximale est légèrement plus élevée, ce qui lui donnera un léger avantage dans certains cas, mais il sera tout de même largement moins performant dans les usages visés. Son prix est adapté en proportion. Ce sera donc une question de besoin et de capacité financière, avant tout. 

AMD montre ici à Intel non seulement qu'il n'est plus seul sur le marché, mais que même des niches comme la station de travail et l'offre très haut de gamme n'échappent plus à la concurrence. Tout en se permettant de gonfler ses prix par cœur comparé à l'offre Ryzen classique, le constructeur livre ici des produits auxquels son concurrent est tout simplement incapable de répondre pour le moment. Un drame en termes d'image.

Bien entendu, ce ne sont pas les processeurs les plus abordables, ou même les plus intéressants d'un simple point de vue performance/prix, mais c'est un monstre de puissance que l'on ne pouvait imaginer voir sur le marché, si Intel était resté seul maître en ville. Bref, c'est presque un sans-faute. Vivement Zen 2 et le 7 nm. Avec 64 cœurs ?


À noter :

Dans le cadre de la réalisation de cet article, nous sommes allés à la rencontre des équipes d'AMD à Maranello. Celle-ci a pris en charge une partie de notre transport, hébergement et restauration sur place. En marge de cet évènement, une activité de course sur circuit en partenariat avec Ferrari était organisée. Nous n'y avons pas pris part.

AMD nous a également fourni les processeurs, cartes mères et la mémoire nécessaire à nos tests. Conformément à nos engagements déontologiques, cela s'est fait sans aucune obligation éditoriale de notre part, excepté le respect des dates d'embargo (NDA), et sans ingérence de la part d'AMD.


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