Couverture mobile : les nouvelles cartes (améliorées) sont là, Free Mobile joue les absents

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Crédits : MaxRiesgo/iStock
Téléphonie
Guénaël Pépin

Après une première livraison en septembre, l'Arcep publie de nouvelles cartes de couverture détaillées sur la France métropolitaine. L'autorité des télécoms améliore grandement la cohérence des données fournies par les opérateurs, même si bien des problèmes subsistent, en premier lieu l'absence d'informations pour Free Mobile.

Le régulateur des télécoms, l'Arcep, vient de publier de nouvelles cartes de couverture mobile, datées du 1er janvier. Fournies en open data, elles sont censées permettre de constater la disponibilité de la 2G, de la 3G et de la 4G partout en France métropolitaine. Elles doivent aussi ouvrir la porte à des croisements avec d'autres données, de population par exemple.

Nous avons reçu ces données dans la matinée, ce qui nous a permis de tirer de premiers constats sur leur traitement. À la mi-septembre, la première fournée a essuyé bien des plâtres. Nous en avions tout de même tiré de nombreuses statistiques (voir notre analyse). Avec cette seconde livraison métropolitaine, le régulateur des télécoms a tenté de corriger le tir, avec plus ou moins de bonheur.

Pour mémoire, l'Arcep publie des cartes de couverture détaillées pour la 2G. Elles vont d'une couverture limitée (uniquement en extérieur) à une très bonne couverture (en intérieur). Les données sont simulées par les opérateurs à partir de l'emplacement de l'émission de leurs antennes, avec une précision supérieure à 95 % selon le régulateur. Pour la 3G et la 4G, la couverture n'est pas encore détaillée, faute de référence de qualité pour l'Internet mobile. Elle est attendue pour la fin de l'année.

Le 9 février, le régulateur nous promettait une publication de cartes mises à jour pour ce mois-ci. Il publie donc ses données à la toute limite, avec un absent notable : Free Mobile.

Free Mobile n'a pas fourni ses cartes à temps

Pourquoi ? « Free n’a pas livré ses cartes au bon format en temps et en heure » nous répond l'Arcep. Conséquence, « les données pour Free 3G et 4G ne seront pas mises à jour ce soir ». Pour la 2G, Orange se charge de livrer les données pour son concurrent, qui exploite son réseau en itinérance.

Free Mobile a pourtant été prévenu. « Un calendrier mis à jour, reprécisé et le format précis attendu ont été envoyés mi-décembre » aux opérateurs, après des discussions à l'été, précise l'autorité.

Les réponses sont attendues pour la cinquième semaine suivant la fin de chaque trimestre. Nous sommes à la neuvième semaine du premier trimestre 2018, Free Mobile a donc près d'un mois de retard. Nous tenterons d'en savoir plus dans les prochains jours.

Des cartes bien plus cohérentes...

La publication de l'Arcep en septembre a été l'occasion pour nous de découvrir le monde de la cartographie numérique, plus particulièrement du traitement de cartes avec le logiciel libre QGIS. Nous avions alors relevé de nombreux problèmes techniques, liés directement aux cartes. Cela allait de frontières mouvantes à une précision différente selon les opérateurs, en passant par des erreurs de géométrie.

Après une journée à triturer les nouvelles données, des améliorations apparaissent. La nomenclature des données au sein des fichiers est désormais harmonisée, les frontières des départements concordent enfin entre les opérateurs. En 2G, tous les niveaux de couverture sont enfin intégrés au même fichier, peu importe l'opérateur. Tout cela aidera les spécialistes à automatiser les traitements, difficiles dans la version de septembre dernier.

L'Arcep confirme ces améliorations. Elle l'explique par « une prise en compte d’un référentiel IGN plus précis », à savoir Admin express (disponible en open data). « Cela permet notamment d’éviter les problèmes de bouts côtiers qui sautent par manque de précision des contours, comme c’était le cas à Cannes, ou des couvertures différentes selon les opérateurs, sur le golfe du Morbihan par exemple » ajoute l'autorité.

Mais toujours (bien) des difficultés

Pour autant, des problèmes subsistent. Une vérification des formes géométriques de la carte de Bouygues Telecom en 4G, via QGIS, nous a fourni une sortie truffée d'erreurs, qui rendent difficiles le croisement avec d'autres informations. Si les logiciels professionnels utilisés par l'administration (notamment ArcGIS) font fi de ces problèmes, QGIS semble bien plus tatillon.

En outre, même si les noms des champs de données sont harmonisés, tout n'est pas identique d'un opérateur à l'autre. Les fichiers d'Orange comportent toujours une colonne supplémentaire (« ORIG_FID ») à l'intérêt qui nous échappe. Elle semble identifier le département auquel est lié chaque forme (représentant un morceau de couverture), déjà listé dans une colonne dédiée.

La couverture de la mer s'est aussi améliorée. Le référentiel géographique plus précis a ainsi permis de découper enfin correctement le golfe du Morbihan ou le bassin d'Arcachon. Pourtant, Bouygues Telecom et SFR disent couvrir tout l'estuaire de la Gironde, alors qu'Orange limite bien la sienne aux côtes.

Réponse de l'Arcep : l'estuaire est bien considéré dans le département, donc la couverture de l'eau est conforme. Les pudeurs d'Orange n'engagent que lui. Quel enjeu alors ? Dans le calcul de la superficie couverte, ce type de différence fausse les comparaisons.

Arcep couverture mobile GirondeArcep couverture mobile Morbihan
À gauche, l'estuaire de la Gironde. En vert, la partie seulement « couverte » en 4G par Bouygues Telecom. À droite, le golfe du Morbihan est correctement découpé (ici Orange et SFR).

Autre problème : l'Arcep exige une précision à 50 mètres de la couverture. Concrètement, cela veut dire que chaque « carré » représentant cette empreinte doit faire 50 mètres de côté. Bouygues Telecom et SFR respectent cette règle, contrairement à Orange, qui fournit des carrés de 100 mètres. Encore une fois, la comparaison n'est plus tout à fait juste.

Les incohérences sont aussi techniques. Pour représenter son empreinte 2G, de la couverture limitée à la très bonne, SFR utilise 287 formes. Bouygues Telecom, 392 000. C'est déjà près de 1 400 fois plus. Celle d'Orange compte 2,4 millions de formes, soit six fois plus que Bouygues.

Ce choix a des conséquences directes. Nous avons tenté d'établir la surface couverte en 4G par chaque opérateur, comme en septembre (voir notre analyse). Or, nous avons dû abandonner le calcul pour Orange. Le logiciel de traitement (QGIS) bloque pendant 45 minutes sans nous répondre. La même opération pour Bouygues Telecom a demandé à peine quelques minutes de moulinage. La différence ? Le fichier d'Orange compte 143 000 formes, contre 4 300 pour Bouygues Telecom et... 96 pour SFR.

Au fond, ce genre de problème reste étonnant. Ce sont les traitements les plus simples, avec l'outil open source de référence. Nous reviendrons sûrement dans les prochains jours avec une analyse plus précise de ces nouvelles données, une fois traitées.


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