L’Éducation nationale songe à faire de la tablette « une fourniture scolaire à part entière »

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Crédits : ianying yin/iStock
Loi
Xavier Berne

Poursuivre le « plan numérique » cher à François Hollande coûterait près de 240 millions d’euros par an, rien qu’en tablettes. Le ministère de l’Éducation nationale réfléchit ainsi à demander aux collégiens d’apporter leur propre matériel, à l’image de ce qui prévaut par exemple pour les calculatrices.

L’épisode 2 du fameux plan numérique, promis en octobre dernier par Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, passera-t-il par le « BYOD » (pour « bring your own device » ou « apportez votre équipement personnel ») ? C’est en tout cas l’une des pistes évoquées mercredi 14 février par Mathieu Jeandron, le Directeur du numérique pour l’éducation.

Auditionné par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le numérique à l’école, l’intéressé a confirmé que ses services travaillaient, en lien avec le cabinet du ministre de l'Éducation nationale, à « redéfinir une feuille de route du numérique pour l'éducation ». Celle-ci prévaudra pour les politiques des « prochaines années ».

« Évidemment, ça ne veut pas dire qu'on abandonne tout ce qui a été fait [jusqu’ici] », a néanmoins lancé Mathieu Jeandron.

L'épineux renouvellement de 800 000 tablettes par an

Invité justement à faire un point sur le déploiement du plan numérique, progressivement mis en œuvre depuis la rentrée 2015, le Directeur du numérique pour l’éducation a indiqué que « plusieurs centaines de milliers d'élèves » profitaient à ce jour d’équipements individuels – de type tablette ou ordinateur portable. Un chiffre plutôt vague, à rapporter quoi qu’il en soit au trois millions de jeunes qui vont actuellement au collège.

« En nombre d'élèves, on va être plutôt à une dizaine de pourcent équipés par le plan numérique », a ainsi poursuivi Mathieu Jeandron.

Le taux d’établissements participants à l’opération avoisinerait quant à lui les 50 %. Soit bien moins que ce qui avait été prévu initialement (70 %). Cela laisse surtout à penser que la généralisation totale, annoncée pour la rentrée 2018 par François Hollande, semble plus que jamais inatteignable.

Derrière la piste du BYOD, des problématiques financières, techniques et pédagogiques

Sur la question des tablettes, Mathieu Jeandron a expliqué aux députés que la question de leur renouvellement allait rapidement se poser. « Il y a clairement une durée de vie qui va être de l'ordre de trois à quatre ans », a-t-il prévenu. S’il fallait continuer d’équiper tous les collégiens, cela reviendrait donc à racheter « grosso modo 800 000 tablettes chaque année ».

À 300 euros par appareil (si l’on inclut certains équipements de type coque de protection), l’addition atteindrait 240 millions d’euros par an, a ainsi annoncé Mathieu Jeandron. « C’est substantiel », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Et donc il faut trouver un modèle qui pourrait peut-être se substituer à ça. »

« Une des pistes que nous explorons, c'est la piste dite du BYOD », a poursuivi le Directeur du numérique pour l’éducation : « Nous pourrions considérer que c'est une fourniture scolaire à part entière, que l'élève amène. » Exactement comme la calculatrice ou sa tenue de sport.

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Crédits : Assemblée nationale

« On y travaille aujourd'hui », a souligné le haut fonctionnaire, insistant sur le fait qu’il fallait néanmoins trouver un « cadre » pour qu’une telle réforme puisse être mise en œuvre. Il y a « évidemment » des difficultés techniques et pédagogiques, « parce que ce n'est pas si simple [pour un enseignant] d'arriver dans la classe et d'avoir des flottes de tablettes avec des équipements différents ».

Il faudrait également « trouver les moyens d'aider les familles » n’ayant pas forcément la possibilité de payer une tablette à leur(s) enfant(s). Certains se souviendront d’ailleurs qu’en 2013, une élue membre du Conseil national du numérique avait proposé une revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire à cette fin (voir notre interview).

Selon Mathieu Jeandron, le sujet est actuellement discuté au sein de groupes de travail avec les collectivités territoriales, les associations de parents d’élèves, etc.  La feuille de route du nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, devrait être finalisée dans les « prochaines semaines ».


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