Stockage cloud grand public : MEGA a bien mûri

Téléversons dans notre disque nuagique 29
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Vincent Hermann

Après des services établis pour la plupart depuis bien longtemps, nous accueillons dans notre comparatif de solutions de synchronisation grand public un petit trublion : MEGA. Du moins l'était-il à son arrivée il y a cinq ans. Le service a nettement mûri depuis. De quoi se poser en concurrent sérieux des ténors du domaine ?

MEGA est arrivé en 2013 après bien d’autres acteurs. Après avoir été synonyme d’échanges P2P et de piratage (sous le nom MegaUpload), l’entreprise elle-même s’est tournée vers une activité tout à fait légale : le stockage de données. Toutefois, elle ne l’a pas fait comme les autres. Il a également fallu s’affranchir d’un Kim Dotcom qui avait décidé de partir en guerre contre l’entreprise qu’il avait quittée.

Créer un compte chez MEGA est très simple. À la différence toutefois d’un Dropbox, OneDrive ou Google Drive, le processus aboutit à une clé de chiffrement maitresse, qu’il faudra prendre soin de sauvegarder. Elle jouera une grande importance par la suite en fonction des opérations réalisées.

Elle garantit aussi, selon MEGA, que le service sera incapable de lire les données que vous hébergez.

Notre dossier sur les offres de stockage en ligne :

Prise en main et gestion des données : tout est à peu près là

Si vous ne connaissiez MEGA qu’à sa grande époque des échanges de fichiers protégés par le copyright, vous avez probablement raté la grande transformation des dernières années.

Le site, le formulaire d’inscription, la création du compte, les premiers pas, le téléchargement et l’installation du client sous Linux, macOS ou Windows (30 Mo en moyenne) : tout est fait pour que l’utilisateur se sente aussi bien accueilli que chez un Dropbox ou un OneDrive.

Sous Windows par exemple, c’est le seul installeur tiers (donc hors OneDrive) nous ayant demandé si nous souhaitions le mettre en place pour le compte actif ou l’ensemble des comptes, MEGA prenant en charge les comptes restreints du système. Un très bon point. 

MEGA WindowsMEGA Windows

L'installation est simple et ne réserve aucune surprise : le client se lance automatiquement et propose de créer un compte ou de se connecter. Ensuite, l’utilisateur a le choix entre la synchronisation complète ou sélective, puis choisit le dossier où il souhaite placer les données. Il apparaît alors dans la colonne de gauche dans l’Explorateur, le Finder et la plupart des gestionnaires de fichiers pour un accès rapide.

Ce dossier fonctionne comme n’importe quel Drive (MEGA parle de « disque nuagique ») : dès que l’on y copie des données, leur synchronisation commence. Comme chez la plupart des concurrents, les fichiers et dossiers disposent d’icônes indiquant leur statut : un « check » vert pour des données synchronisées ou encore des flèches blanches circulaires sur fond bleu pour indiquer une opération en cours.

Notez que les paramètres du client permettent d’exclure certains dossiers ou fichiers précis. Il va cependant plus loin, puisqu’il permet d’aller sélectionner d’autres dossiers, sans pour autant devoir les rapatrier dans celui du Drive. La synchronisation se fait alors de la même manière, même si la fonction ressemble beaucoup plus à de la sauvegarde. MEGA adopte ici un fonctionnement très souple qui peut séduire.

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Le maniement général est naturel pour ce type de service et ne nécessite guère d’explications supplémentaires. Par contre, l’espace fourni par MEGA peut varier fortement en fonction des actions de l’utilisateur, la société le motivant à remplir des objectifs.

Côté interface web, l’interface est bien faite. On peut facilement réaliser toutes les opérations principales, comme la création de données, les déplacements de fichiers par glisser/déposer, le renommage d’un élément, le partage d’un dossier et ainsi de suite. La traduction française par MEGA est particulièrement poussée, puisque l’utilisateur sera invité à « téléverser » des données dans son « disque nuagique ».

La corbeille, désespérément absente lors de notre test de Hubic, est ici bien présente. Elle a même un fonctionnement intéressant, car prend en charge aussi bien les suppressions que les écrasements de fichiers, qu’ils soient réalisés dans l’interface web, sur un ordinateur ou dans une application mobile.

La durée de conservation est de 30 jours dans tous les cas. Les fichiers écrasés sont en quelque sorte la vision maison des versions de fichiers, même si le système n’est pas aussi efficace que ceux de Dropbox et OneDrive, pour ne citer qu’eux. Il garantit tout de même qu’en cas d’écrasement malencontreux, MEGA pourra vous le retrouver. Il suffira de chercher dans la Corbeille un dossier nommé SyncDebris, lequel contient ensuite un répertoire par date.

Depuis l’Explorateur de Windows ou le Finder de macOS, on peut également effectuer un clic droit sur un fichier pour en obtenir les versions précédentes.

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Dommage cependant, le contenu de la poubelle n’est par défaut consultable que depuis le site web. Les applications mobiles peuvent la vider, mais pas plus. Sur Mac ou PC, chaque dossier synchronisé contient en fait un dossier caché nommé Corbeille sous Windows, et .debris sous macOS. Il faudra donc afficher les éléments cachés dans l’Explorateur et le Finder pour les retrouver.

Notez enfin que MEGA propose une section « Clavardage », le service pouvant également servir de messagerie. Les communications pourront s’établir avec les contacts ayant eux aussi des comptes MEGA, l’éditeur ayant cherché à construire un véritable écosystème centré sur le partage de données (nous y reviendrons).

On peut même passer des appels audio ou vidéo depuis les applications mobiles.

Formules et espace de stockage : un espace gratuit qui joue au yoyo

Dropbox et OneDrive ont eu chacun à leur période diverses opérations visant à appâter les internautes. Par exemple, Microsoft octroyait 15 Go fût un temps dès que l’utilisateur activait la sauvegarde automatique des photos sur son smartphone. Ce temps est pour l’instant révolu, mais on retrouve parfois des promotions Dropbox chez certains constructeurs, notamment Samsung.

MEGA fonctionne largement à la carotte. Un compte gratuit de base fournit 50 Go peut-on lire sur le site. Il s'agit donc de la formule la plus généreuse que nous ayons pu tester, du moins en apparence. Car il y a un piège : cet espace se décompose en 15 Go sans limite de durée et 35 Go offerts – mais pendants 30 jours seulement – pour avoir mené au bout l’inscription (nous y revenons peu après). Une première manière de montrer les « cadeaux » qui attendent l’utilisateur.

Dans l’interface web, il suffit de cliquer sur son nom ou sur la fusée en haut à droite pour lister les objectifs. Installez le client MEGAsync sur votre ordinateur et obtenez 20 Go d’espace supplémentaire. Installez l’application mobile (Android, iOS ou Windows Phone) et obtenez encore 15 Go. Parrainez un ami et recevez 10 Go de plus.

Tout est fait pour motiver l’utilisateur. Cependant, n'oublions pas que MEGA est une entreprise cherchant à réaliser un chiffre d’affaires. Il y a donc un couac : ces bonus – dont l’activation peut prendre quelques jours – ne sont accordés que temporairement. Un mois pour les 35 Go de l'installation, six mois pour les applications mobiles, un an pour le parrainage. 

Même si ces 15 Go placent MEGA dans la fourchette haute des espaces fournis gratuitement, le but des objectifs reste de faire gouter à la liberté avant de la facturer.

MEGA
Les primes et leur délai d'expiration (en rouge)

Par ailleurs, MEGA impose une limite journalière aux transferts (entrants et sortants). Le compte nouvellement crée permet de procéder aux opérations basiques, mais il faudra remplir les premiers objectifs pour obtenir de quoi respirer : 40 Go pour l’installation de MEGAsync, 30 Go pour l’application mobile et 20 Go pour le parrainage.

Le simple duo MEGAsync/application mobile permet donc d’obtenir 70 Go de quota quotidien, normalement suffisant pour une immense majorité d’utilisateurs. Cependant, même si ces bonus sont cumulables, ils obéissent aux mêmes limites temporelles que celles déjà citées. Même si l'utilisateur débloque de nombreux objectifs dès le premier jour, il reviendra aux 15 Go de base et son quota journalier fluctuant.

MEGA ne donne dans sa documentation aucun chiffre, indiquant que le blocage interviendra « selon votre utilisation du système ». Certains évoquent une recharge de 1 Go par tranche de six heures. Nous avons posé la question à MEGA et attendons la réponse. Et puisque l’entreprise veut être payée pour son service, que propose-t-elle ?

  • 4,99 euros : 200 Go de stockage, 1 To de transferts
  • 9,99 euros : 1 To de stockage, 2 To de transferts
  • 19,99 euros : 4 To de stockage, 8 To de transferts
  • 29,99 euros : 8 To de stockage, 16 To de transferts

Ces forfaits sont nommés « Pro » car ils débloquent des fonctionnalités supplémentaires, sur lesquelles nous reviendrons. La formule à 9,99 euros par mois correspond finalement à ce que l’on retrouve chez la plupart des concurrents : 1 To. Notez que toutes les formules disposent d'une version annuelle, qui permet d'économiser deux mois.

Mais il faudra faire là encore attention : les quotas sont versés par période de facturation. Pour reprendre l'exemple à 9,99 euros, les 2 To sont fournis immédiatement. Selon ce que l'utilisateur partage et synchronise, ils peuvent être rapidement grillés, bloquant les téléchargements. Il doit alors attendre le mois suivant. Même situation pour les forfaits annualisés, avec par exemple 24 To de quota dans le cas du forfait à 9,99 euros.

MEGA va donc devoir se distinguer par les fonctionnalités et l’expérience utilisateur, et ce d'autant plus qu'il n'y a aucune différence de performances entre les comptes gratuits et payants (selon l'entreprise).

MEGA

Types de synchronisation : rien de bien folichon

Comme nous l’avons vu, l’installation du client propose tout de suite de choisir entre une synchronisation complète ou sélective, c’est-à-dire en ne choisissant qu’une partie des données. Rien d’incroyable ici, car tous les concurrents le font : aucun éditeur ne se risque plus à imposer une synchronisation complète, qui peut se révéler handicapante sur des machines disposant de peu d’espace de stockage local.

Malheureusement, si MEGA a des qualités, elles ne sont pas situées dans ses mécanismes de synchronisation, très classiques. Le test du fichier vide de 10 Mo le montre clairement : il n’y a pas de compression des données, continuant à laisser Dropbox désespérément seul dans ce domaine. Avec cette absence en vient une autre : la synchronisation différentielle. Modifier un seul bit dans le fichier de 10 Mo provoque un nouvel upload complet. MEGA avertit d’ailleurs dans sa documentation qu’il vaut mieux éviter les très gros fichiers appelés à être modifiés régulièrement.

Il n’y pas non plus de synchronisation par le réseau local. Après avoir « téléversé » environ 300 Mo de données diverses dans le dossier depuis un PC sous Windows, notre MacBook Air a dû attendre que la connexion Internet les lui serve. Dommage, car une exploitation du Wi-Fi pour copier les données aurait non seulement accéléré la manœuvre, mais également soulagé la connexion Internet. Là encore, Dropbox reste le seul à proposer cette fonctionnalité très utile.

Autre absent notable, la synchronisation partielle. Nommée SmartSync chez Dropbox et Files-On-Demand chez Microsoft, elle permet de ne rapatrier sur la machine que les métadonnées et de quoi générer une miniature pour les images. Les fichiers ne prennent donc pratiquement pas de place et ne sont téléchargés qu’en cas de besoin, par exemple quand on cherche à les ouvrir. Dans ce domaine, OneDrive est le seul à proposer cette fonction gratuitement.

MEGA ne propose donc aucun système permettant de limiter ou d'optimiser la bande passante, dommage pour un service faisant justement payer cette dernière avec ses offres Pro. 

Des applications mobiles très correctes

Les applications mobiles de MEGA sont relativement bien faites. Elles ne sont pas aussi complètes que celles des ténors du secteur, Dropbox, Google Drive et OneDrive, mais tout de même mieux conçues que celles d’Amazon et Hubic.

On retrouve donc une interface assez classique, mais avec un mode liste uniquement, MEGA n’ayant pas jugé bon de proposer une grille, y compris pour les dossiers de photos. La sélection multiple, le déplacement, la copie ou encore le renommage sont ainsi disponibles, mais il faudra parfois un peu fouiller. Il faudra soit appuyer sur le « i » d’information à droite de chaque élément ou passer par la sélection de l’élément.

Très bon point pour MEGA, l’enregistrement hors ligne est disponible dès le départ. L’éditeur est le seul à proposer la fonctionnalité aussi simplement pour les fichiers et dossiers, sans réclamer d’abonnement.

On retrouve de nombreuses fonctionnalités classiques comme le téléchargement des photos prises avec le smartphone (avec possibilité d’utiliser les données mobiles, désactivée par défaut), un panneau de gestion dédié aux partages entrants et sortants, une zone de messagerie instantanée (toujours liée aux contacts MEGA), et quelques options sympathiques comme les vidages de cache et de fichiers hors ligne (des fonctions assez rares).

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Les applications permettent en outre de protéger l'accès par un code PIN, voire par un dispositif biométrique quand l'appareil (Android ou iPhone) est équipé d'un capteur idoine.

On regrettera cependant quelques points, particulièrement pour des applications qui se veulent tactiles. Par exemple, l'absence de déplacement des éléments par appui prolongé, à la manière de ce que propose OneDrive, ou même l’application Fichiers dans iOS 11.

Autre regret, le partage n’est pas simple à trouver sur iOS. Plutôt que de le proposer dans le menu donnant accès à toutes les fonctions, MEGA a choisi de s’appuyer sur le menu global de partage intégré au système. Il faut donc d’abord cliquer sur le « i » d’information, puis sous iOS en haut à droite. On peut alors obtenir le lien (avec ou sans clé de chiffrement).

Sur Android, l’intégration est bien plus simple, puisque la fonction de partage est disponible directement dans le menu de chaque élément. Dans tous les cas, une petite icône de chaine apparait à côté du fichier ou dossier partagé.

Signalons quand même un excellent point, encore trop peu souvent rencontré, tous services confondus : la possibilité de fermer son compte depuis les paramètres de l’application. L’utilisateur appréciera la fonction, montrant que l’éditeur ne cherche pas coûte que coûte à maintenir les comptes ouverts.

Sécurité : du chiffrement de bout en bout, mais pas de double authentification

Le chapitre sécurité de MEGA est nettement plus touffu que ce que l’on a pu voir avec Amazon et Hubic, simplement parce qu’il y a beaucoup plus à dire. Tout repose sur la clé maitresse créée par MEGA à la fin de la procédure d'inscription. Clé que le service encourage à sauvegarder dans un coin sûr. Vous pouvez la sauvegarder en version numérique (ailleurs que sur MEGA) ou bien l'imprimer et la ranger dans un coin. 

Les données sont ainsi chiffrées pendant le transfert, sur les serveurs de MEGA et pendant les échanges entre ces derniers. Mais surtout, les transferts entre l’utilisateur et ces serveurs sont chiffrés de bout en bout, grâce à cette clé. Traduction, elles le sont sur l’ordinateur ou l’appareil mobile de l’utilisateur avant même qu’elles soient envoyées vers les serveurs. Selon l’éditeur, il lui est impossible de lire les fichiers stockés, il affirme ne pas pouvoir accéder à la clé maitresse.

De toutes les solutions testées jusqu’à présent, MEGA est la seule à s’appuyer sur ce fonctionnement par défaut. L’éditeur n’est toutefois pas le seul à le permettre, comme nous le verrons dans un prochain article. Notez également que l’entreprise n’hésite pas à recommander un chiffrement local supplémentaire, si possible à l’échelle du disque.

La clé maitresse est importante à plus d'un titre, notamment en cas d'oubli du mot de passe. Elle permet alors de lancer une procédure de récupération du compte et de définir un nouveau mot de passe. Si vous l'avez perdue, pas de chance : le résultat sera le même que pour la perte du mot de passe maître dans une solution comme LastPass ou Dashlane, à savoir une perte complète des données.

Avec une nuance tout de même : le compte est mis en attente pendant 60 jours, offrant un délai pour retrouver le mot de passe ou la clé. Que les données soient récupérées ou pas, l'utilisateur aura le choix entre créer un nouveau compte avec une autre adresse email, ou remiser l'existante.

Tant que vous vous souvenez de votre ancien mot de passe, vous pouvez le modifier autant que vous le souhaitez, y compris depuis les applications mobiles.

En dépit de l’instance de l’éditeur à pousser la sécurité en avant, tout n’est pas rose pour autant. La clé générée fait 22 caractères de long et comporte bien majuscules, minuscules, chiffres et caractères spéciaux. Malheureusement, elle ne peut pas être modifiée, contrairement au mot de passe. Dommage qu’une telle procédure n’existe pas, car l’utilisateur aurait pu par exemple se servir d’un générateur pour en utiliser une clé plus longue et donc plus forte, avec un logiciel dédié comme KeePass.

Autre reproche fait à MEGA, l'impossibilité d’activer la moindre authentification à deux facteurs. Sans même parler de clés U2F, encore trop rarement supportées par les services en ligne (même si la situation évolue doucement), on aurait au moins souhaité la compatibilité avec des Authenticator comme ceux de Google, LastPass, Microsoft, etc. Son support est cependant prévu pour le deuxième trimestre, une implémentation qui reste donc à confirmer.

On ne sait en outre pas vraiment où se situent les serveurs de MEGA. L’entreprise ne semble pas utiliser de datacenters aux États-Unis, mais nous essayons toujours d’obtenir une réponse précise à ce sujet.

Enfin, un bon point « relatif » : le code source de tous les clients est disponible sur le dépôt GitHub de l’entreprise. Attention cependant, MEGA fournit une licence particulière qui permet de regarder et vérifier le code, mais pas de l’utiliser et encore moins de le modifier. On est donc loin de la philosophie du logiciel libre. Dans le dépôt, on trouve toutefois des composants techniques accompagnés d’une licence MIT, qui permet une liberté totale.

Partage de fichiers : il faudra gérer la clé

Le partage est probablement l’un des points forts avancés par MEGA. L’intégration des clients sous Linux, macOS et Windows est notamment bien faite. Dans n’importe quel dossier pris en charge par le service (celui créé par défaut ou déclaré comme source de synchronisation dans les options), un simple clic droit permet d’obtenir le lien de partage.

Sous MEGA, le partage comporte une particularité, liée à la clé de chiffrement. La fenêtre qui s’ouvre propose en effet trois options :

  • Lien sans clé
  • Clé de déchiffrement uniquement
  • Lien avec clé

MEGA génère en fait une clé de déchiffrement unique pour chaque fichier que l’on souhaite partager. Si vous sélectionnez la première option, le lien envoyé réclamera automatiquement la clé au destinataire quand il cherchera à l’ouvrir. Si vous ne lui avez pas fournie, il ne pourra pas aller plus loin.

La deuxième option permet justement de ne copier que la clé, que l’on pourra envoyer séparément, pour mieux contrôler qui accède au lien (même si une clé peut aussi rapidement être diffusée qu’un lien).

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La dernière option copie directement un lien accompagné de la clé. C’est en fait le choix activé par défaut, car évidemment le plus pratique dans le cadre d’un partage de fichier au quotidien. La solution revient à faire un partage classique depuis Dropbox, OneDrive et les autres.

Si l’utilisateur souhaite davantage de sécurité, il lui faudra souscrire à une offre « Pro », comme tant de ses concurrents. Deux options seront alors dégrisées : la protection par mot de passe et la date d’expiration. Dans les deux cas, l’utilisateur définit lui-même les critères.

Quant aux dossiers, ils ont deux manières d’être partagés : soit par la même obtention de lien, soit par partage plus classique. Cette fois, on définit directement une liste d’invités, qui seront soit contactés par email, soit via leur compte MEGA. Dans les deux cas, il faut renseigner le champ des destinataires, puis ajouter un éventuel petit texte de présentation.

La grosse différence entre les deux options est que le partage complet ne s’adresse qu’aux autres détenteurs de comptes MEGA. Les personnes sont invitées via leur nom de contact ou des adresses email. Si ces dernières ne sont pas liées à un compte, les destinataires reçoivent automatiquement une invitation à en créer un.

Contrairement aux liens simples qui n’autorisent que des consultations, les partages permettent de définir des niveaux d’accès en fonction des personnes : lecture seule, lecture et écriture, accès complet. Une différence intéressante, car on pourra n'autoriser par exemple que des écritures (donc des nouveaux fichiers), sans donner pour autant le droit de modifier ou de supprimer.

Ces droits peuvent dans tous les cas être changés ou révoqués à n’importe quel moment. D’autant que les partages sortants (vers des destinataires) et entrants (ceux acceptés) sont référencés dans une zone dédiée, rendant leur consultation pratique. Tout élément partagé est automatiquement affublé d’une petite icône de chaine, qu’on ne verra cependant que dans l’interface web et les applications mobiles.

Signalons enfin qu'avec les partages de fichiers et dossiers, chaque téléchargement ou upload sera décompté de votre quota. Suivant votre offre, la limite peut donc rapidement être atteinte et il faudra être prudent avec les partages publics.

Conclusion

MEGA a passé récemment la barre des 100 millions d’utilisateurs enregistrés, signe que la croissance continue, même si l’éditeur n’aborde pas le nombre d’utilisateurs actifs, plus intéressant. Maintenant que le service a dépassé ses cinq ans d’existence, comment s’insère-t-il face la concurrence ?

Plutôt bien finalement. MEGA est en l’état actuel une offre valable, qui vient davantage concurrencer le haut du panier (Dropbox, OneDrive, Google Drive) en termes de facilité d’accès et de fonctionnalités. Comparé à des offres comme Amazon ou Hubic, MEGA se détache très nettement, bien que plus jeune et porté par une réputation initiale sulfureuse.

Le service peut être considéré aujourd’hui comme pérenne. Ce ne fut pas toujours le cas, notamment à ses débuts quand même le mot de passe ne pouvait être changé. La génération des clés était également plus faible, l’entreprise rehaussant le niveau par la suite. Il n'est cependant pas exempt de reproches.

L’un d'eux est son absence de double authentification, un comble pour un produit qui se dit avant tout porté sur la sécurité. L’entreprise a promis que ce manque serait réparé dans les mois à venir, un point que nous contrôlerons. Pour aller plus loin, on espère que le service acceptera également plus tard les clés U2F. Autre point négatif, le manque d'informations claires sur les quotas, à tel point qu'on se demande si MEGA n'entretient pas volontairement le flou.

Notre plus gros regret concerne cependant la clé et l’impossibilité de la modifier. Quitte à ce que le service prévienne en grosses lettres capitales qu’un tel changement entrainerait un effacement complet des données – qu’il faudrait alors « téléverser » à nouveau – le choix devrait quand même appartenir à l’utilisateur.

Dans l’ensemble, MEGA reste un bon service, proposant un espace gratuit d’au moins 15 Go, que l’on peut facilement alimenter via les défis, même si les bonus sont temporaires. Les tarifs des formules sont corrects sans se différencier vraiment de la concurrence. Les applications mobiles sont suffisamment bien conçues pour être réellement pratiques d’utilisation, sans aller aussi loin que ce proposent les GAFAM dans ce domaine.

Peut-être davantage une question de maturité que de moyens, tant Amazon en serait sinon le contre-exemple. Le service est donc à suivre, parce qu’il est déjà compétitif en l’état.


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