Cedexis nous parle de son rachat par Citrix, géant américain du cloud

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Guénaël Pépin

Pour Julien Coulon, cofondateur de Cedexis, le rachat par le groupe américain a été une manœuvre « simple » après des années de collaboration. La société franco-américaine doit l'aider à entrer de plain pied dans le monde de l'abonnement, tout en l'ouvrant au monde des contenus sur Internet.

Cedexis, « l'aiguilleur du Net », passe sous pavillon américain. La société a été acquise par Citrix, l'une des marques historiques du cloud, qui a engrangé 778 millions de dollars de revenus fin 2017. Avec ce rachat, le groupe espère s'étendre au-delà des réseaux d'entreprises, tout en se tournant vers l'abonnement, un modèle qui a réussi à de grands groupes technologiques ces dernières années.

Cedexis est un spécialiste de la livraison de contenus, capable de diriger un internaute vers le réseau de diffusion de contenu (CDN) ou le fournisseur cloud le plus rapide. Lancée en 2009 par deux anciens d'Akamai, elle emploie aujourd'hui 75 personnes dans neuf bureaux (principalement en Europe et aux États-Unis), pour un chiffre d'affaires situé « entre 10 et 15 millions d'euros », selon son cofondateur Julien Coulon.

La société est devenue un point important du Net français, une attaque par déni de service distribuée (DDoS) ayant rendu une bonne part de la presse française indisponible en mai 2017. Au quotidien, ce seraient un milliard d'internautes qui transiteraient par sa plateforme, utilisée par Facebook, Google, Huawei, Microsoft (Windows Update, Xbox...), Slack, Tencent ou encore Twitter. Julien Coulon revient avec nous sur ce passage de flambeau, dont les conditions financières ne sont pas encore connues.

Des associés de longue date

Cedexis et Citrix, c'est une histoire qui a vraiment commencé en 2013. À l'époque, le groupe américain avait déjà proposé de racheter la jeune pousse, avant que celle-ci ne consente à un prêt convertible en actions « de 3 ou 4 millions d'euros à peu près », comme il nous le déclarait début 2016.

Un peu plus tard, Julien Coulon déclare avoir eu le déclic avec un appel d'offres de Michelin, qui cherchait à améliorer la disponibilité de ses applications publiques et ses applications-métier... Moins de trois secondes de temps d'accès, en toutes conditions. Or, Cedexis ne peut s'occuper que des applications sur Internet. La société s'est associée à Citrix pour aller « derrière le pare-feu », soit sur le réseau interne de l'entreprise. C'est cette capacité à toucher tous les réseaux que le repreneur met en avant dans son annonce.

En neuf ans, Cedexis aurait reçu 23 propositions de rachat, entre autres d'acteurs américains, européens et asiatiques. Même si elle a eu « des offres plus généreuses », l'entreprise a choisi le géant américain. « On se cotoie depuis 2013. Il n'y a pas eu un seul moment où ils nous l'ont faite à l'envers, ont été désagréables ou n'ont pas tenu leurs engagements » rapporte Julien Coulon.

Il juge cette vente simple. Selon le cofondateur de la société, Citrix a la même vision du marché, en plus de la volonté de basculer vers l'abonnement (mode SaaS). Comme le rapporte The Register, cité par le Journal du Net, le groupe espère tirer 40 % de ses revenus de ce modèle. Les choix commerciaux et technologies de Cedexis devraient y contribuer, des synergies ayant déjà commencé entre les deux sociétés, selon Coulon. 95 % des revenus de l'entreprise française seraient récurrents.

Peu de détails filtrent pour le moment sur ce rachat. Tout juste Coulon affirme-t-il que l'activité doit être maintenue telle quelle pendant un an. Une seule personne partirait outre-Atlantique, en plus du cofondateur lui-même.

Des fonds sur le point de partir

Fin 2015, Cedexis avait levé 21 millions d'euros, en comptant notamment Foxconn (Ginjo Ventures), Nokia Growth Partners, Bpifrance et Citrix à son capital. Ce tour de table devait éviter de voir le prêt de Citrix converti en actions, ce qui lui aurait fourni une part du capital de la jeune pousse pour une somme dérisoire, de l'avis de Julien Coulon.

Deux ans plus tard, Cedexis a dû composer avec une autre réalité. « Je suis sorti un peu avant, pour pousser à la vente. En levant 33 millions de dollars [sur neuf ans], tu te dilues, tu n'es plus majoritaire. Les fonds ont aussi un agenda qui, au bout d'un moment, n'est pas le même que le tien. Les premiers fonds américains ont investi en 2011. Normalement, ils restent trois, cinq ou sept ans, mais pas plus. Eux avaient besoin de sortir » conte le cofondateur de l'entreprise.

Cette logique, Coulon l'avait « sous-estimée », par inexpérience plaide-t-il. Les fonds auraient « touché le pactole », assure-t-il d'ailleurs.

La jeune pousse avait deux solutions : lancer un nouveau tour de table pour amener de nouveaux investisseurs ou se vendre, tout simplement. Or, un nouveau tour de table aurait encore dilué la part des fondateurs, déjà basse. « C'était le bon moment [pour revendre], surtout que l'entreprise était beaucoup plus mature pour rejoindre un grand groupe. »

Quand un site pour adultes fait tomber Cedexis

Cet entretien a aussi été l'occasion de revenir sur un vieil épisode, datant de 2013. Cette année, la société accueillait le site pour adultes XVideos parmi ses clients. Un ajout majeur pour une infrastructure qui se voulait résistante à toute charge, mais qui n'a pas tenu. La masse de trafic brassée par le site avait mis à genoux Cedexis, qui avait rapidement dû revenir en arrière.

« J'ai fait une erreur de débutant. Cinq minutes avant la mise en production, au lieu d'avoir cinq ou six names comme prévu, il y en avait 150 ou 200. Je ne savais pas comment le gérer sur la plateforme. Je l'ai fait à un moment où les équipes techniques dormaient » se souvient Coulon.

« Je suis très content qu'on l'ait faite. Avoir un test de charge aussi puissant, c'était assez extraordinaire. On n'a pas tous les jours l'occasion d'avoir un tel test gratuit ! » s'amuse-t-il aujourd'hui. L'expérience leur aurait depuis servi pour l'ajout d'acteurs majeurs comme LinkedIn ou Windows Update, bien mieux gérés. Le réseau tournerait en permanence à 10 % de capacité, pour encaisser les pics de charge.

Depuis, Cedexis a dédié un réseau aux contenus pour adultes, jeux d'argent et consorts. D'une part, pour fournir une offre moins exigeante en termes de qualité de service. D'autre part, pour éviter de voir toute l'infrastructure filtrée dans certains pays.

Julien Coulon a quitté les manettes

Depuis début novembre, le cofondateur a lâché les rênes, au profit de Ryan Windham (ex-F5 Networks). Pour le moment, il conseille des entreprises pour un incubateur et travaille pour deux fonds d'investissement. Il a repris des études à HEC, avant d'explorer quelques idées, entre autres autour de la protection des lanceurs d'alerte.

En bon entrepreneur, il déclare surtout regretter les pistes commerciales inexplorées chez Cedexis, comme une plateforme de publicité sans cookies ou une bascule automatisée entre opérateurs mobiles, selon la qualité de service. Autant de pistes qui l'auraient éloigné de son cœur de métier, admet-il.


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