Face à la question de la captation des données personnelles, le besoin d'une cohérence

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Crédits : AndreyPopov/iStock/Thinkstock
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David Legrand

Avec l'arrivée prochaine du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et d'ePrivacy en Europe, il est de plus en plus question de respect de la vie privée dans les médias. Mais face aux discours portés, souvent en faveur de l'internaute, ces derniers doivent faire face à leurs propres pratiques.

Hier, Gaspard Koenig continuait sa tournée médiatique chez Quotidien afin de défendre l'idée de son think tank Génération libre autour de la vente de nos données (voir notre précédent article).

Quelle que soit la position de chacun sur le sujet, un point étonne : le résumé de l'émission évoque ces « GAFA qui font fortune avec nos données personnelles », Yann Barthès critiquant dans son propos d'ouverture les sites qui ont pour précepte « Merci de rentrer votre mail, sinon vous n'accédez pas à ce que vous voulez ».

Captation des données, exigence d'un e-mail : TF1 n'est pas en reste

Or, la captation des données personnelles est loin de concerner uniquement les géants du Net, ou même des services américains. La « licorne » française Criteo en est un bon exemple. De plus, pour utiliser le service de replay MyTF1 sur de nombreux appareils, il faut disposer d'un compte… et donc donner une adresse e-mail pour accéder au contenu.

S'il est intéressant d'organiser un débat d'idées sur ces questions, les actes comptent. Ainsi, les médias qui vantent le besoin de reprendre le contrôle des données et de se rendre indépendant des plateformes américaines pourraient déjà commencer par... faire le ménage de leur côté.

Le site de MyTF1 compte par exemple des dizaines de trackers permettant à des tiers de récupérer des informations sur les internautes, sans que ceux-ci aient réellement une capacité de s'y opposer facilement. On retrouve d'ailleurs plusieurs scripts appartenant à Facebook et Google dans le lot, comme le montre cette capture effectuée hier soir :

TF1 Trackers

Des paroles aux actes

Le groupe serait-il enclin à payer ses visiteurs lorsqu'ils regardent ses contenus, alors qu'il est plutôt en train de chercher à faire payer des FAI afin de laisser leurs clients accéder à ses chaînes ? Sur le terrain du respect de la vie privée, TF1 fait d'ailleurs plutôt partie de ceux qui s'opposent au renforcement de la protection des données personnelles, notamment à travers le règlement ePrivacy, encore en cours de négociation.

Certes, l'émission Quotidien n'a pas de prise sur les positions de TF1 en la matière, et n'en est pas responsable. Mais sur de tels sujets, l'équipe ne peut pas se désolidariser totalement de la position de son diffuseur, qui est liée à son propre modèle économique. Une plus grande cohérence entre les propos et les pratiques serait donc la bienvenue.

Ce problème est d'ailleurs loin de toucher cette seule émission. Avec la montée en puissance des questions autour de la vie privée, et d'un discours vantant le respect de l'internaute ou le besoin d'une lutte contre les « GAFA », les médias qui le relaient vont de plus en plus devoir se poser la question de leurs propres pratiques.

Leurs lecteurs et téléspectateurs peuvent d'ailleurs le faire, ne serait-ce qu'en analysant leurs sites et en partageant les résultats obtenus avec des outils tels que Kimetrak. Et peut être tirer quelques conclusions concernant leurs habitudes.


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