Seagate, Western Digital : deux géants dans un mouchoir de poche

Disques durs et concurrence molle ? 19
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Crédits : Claudio Arnese/iStock/ThinkStock
Finances
Kevin Hottot

Avec quelques jours d'écart, Seagate et Western Digital, les deux principaux fabricants de disques durs, ont publié leurs résultats financiers pour le deuxième trimestre de leur exercice 2018. Comme nous avons pu le constater, il n'y a pas que sur l'agenda de publication de leurs comptes que les deux adversaires se suivent de très près.

La traditionnelle valse des publications de résultats trimestriels a débuté il y a maintenant une semaine et les présentations destinées aux investisseurs ou aux analystes s'enchaînent à un rythme effréné. Ces derniers jours, Seagate et Western Digital, les deux ogres qui se partagent plus de 80 % du marché des disques durs, ont tous deux publié leurs résultats financiers pour le deuxième trimestre de leur exercice 2018. 

En plus d'avoir des parts de marché très proches (de l'ordre de 40 %, laissant les miettes restantes à Toshiba), les deux entreprises se trouvent confrontées aux mêmes problèmes et tentent de se diversifier de la même manière pour réduire leur dépendance à un marché du disque dur en pleine contraction depuis plusieurs années. C'est pourquoi, en plus de revenir sur les résultats des trois derniers mois de Seagate et de Western Digital, nous avons choisi d'établir aujourd'hui un état des lieux du marché des disques durs, au travers de l'historique financier de ces deux entreprises. 

Seagate joue le maintien

Chez Seagate, les trois derniers mois ont été plutôt tranquilles. Le fabricant affiche un chiffre d'affaires relativement stable, à 2,914 milliards de dollars, contre 2,894 milliards un an plus tôt (+0,7 %). Sa marge brute recule quant à elle de 0,7 point sur un an, pour s'établir à 30,1 %, un des niveaux les plus hauts observés ces six dernières années pour l'entreprise. 

Le résultat net est par contre en net recul. Il atteint 159 millions de dollars, soit presque deux fois moins que l'an dernier à la même période. Il n'y a toutefois pas besoin d'aller chercher la raison de cette variation très loin. L'an dernier, Seagate n'avait provisionné que 13 millions de dollars pour payer ses taxes, contre 212 millions cette année. Sur cette somme, 208 millions sont provisionnés au titre du rapatriement d'environ un milliard de dollars de liquidités aux États-Unis (nous y reviendrons).

Seagate Q2 FY 18

Il y a toutefois un point sur lequel le constructeur progresse nettement : sur la capacité des disques durs livrés au dernier trimestre. Au total, ce sont 87,5 Eo (soit 87,5 millions de To) d'espace de stockage qui ont trouvé preneur ces trois derniers mois, contre 68,2 Eo un an plus tôt. La taille moyenne des disques livrés est elle aussi en nette hausse, puisqu'elle atteint 2,2 To, contre 1,9 To non seulement l'an dernier, mais aussi au trimestre précédent. 

On notera tout de même que la taille des disques livrés varie fortement en fonction de leur destination. Ainsi, ceux ciblant les marchés des ordinateurs de bureau et portables n'affichent qu'une capacité moyenne de 1,1 To (contre 1 To l'an dernier). À l'extrême opposé, les datacenters optent en moyenne pour des modèles de 4,3 To, contre seulement 3 To il y a un an.

De quoi relativiser l'importance des annonces du constructeur, lancé dans une course à l'échalote avec Western Digital afin de présenter les plus gros disques durs possibles. L'an dernier, la marque annonçait vouloir produire des modèles de 16 To d'ici 18 mois, mais force est de constater qu'en raison de l'inertie du marché, ces capacités sont encore loin de représenter le gros des ventes. 

Effet Trump chez Western Digital

Du côté de Western Digital, le deuxième trimestre a été plutôt productif, comme en témoigne les 5,336 milliards de dollars de chiffre d'affaires enregistré, en hausse de 9 % par rapport à l'an dernier.  La marge brute atteint 37,7 %, soit 6,4 points de mieux qu'au deuxième trimestre de l'exercice précédent. C'est d'ailleurs le score le plus élevé enregistré ces six dernières années pour WD. 

Cependant, chiffre d'affaires et marges en hausse ne sont pas synonymes d'explosion des bénéfices cette fois-ci, bien au contraire. Western Digital affiche en effet des pertes nettes de 823 millions de dollars, à opposer aux 235 millions de bénéfices enregistrés l'an dernier. 

Western Digital Q2 FY 18

Pour comprendre ce chiffre, il faut là aussi se pencher sur la ligne « Income tax expense » du bilan de l'entreprise. L'an dernier, WD avait provisionné 86 millions de dollars à cette fin, contre 1,597 milliard cette année. Pourquoi autant ? Tout simplement parce que le fabricant a décidé de profiter du « tax break » instauré par l'administration Trump. Pour rappel, cette mesure permet aux entreprises américaines de rapatrier aux États-Unis le cash « off-shore » qu'elles détiennent, ce avec un taux d'imposition de seulement 21 %, contre 33 % habituellement.

L'opération coûtera 1,657 milliard de dollars à l'entreprise (qui par prudence table sur un taux moyen à 28 %), qui seront réglés selon un échéancier s'étalant jusqu'à juillet 2026. En contrepartie, elle pourra rapatrier sur le sol américain près de 5 milliards de dollars de liquidités.

Comme son concurrent, Western Digital a connu une nette croissance de la capacité de stockage totale livrée à ses clients. Le fabricant a ainsi sorti 95,3 Eo de stockage sur 42,3 millions de disques durs de ses usines, contre 77,8 Eo sur 44,8 millions de supports au deuxième trimestre de l'exercice précédent. La capacité moyenne des disques livrés par WD évolue d'ailleurs exactement dans les mêmes proportions que Seagate, passant de 1,737 To à 2,253 To sur cette période. 

Copiés et collés

Les similitudes entre les deux entreprises sont loin de se limiter à ces quelques données sur deux trimestres. Nous sommes remontés jusqu'au début du premier trimestre de leur exercice 2012, il y a six ans, au moment des fameuses inondations qui avaient provoqué de subites hausses du prix du stockage en raison de l'indisponibilité de plusieurs usines.

Sur la capacité totale des disques durs vendus chaque trimestre par exemple, les deux concurrents sont au coude à coude depuis six ans. Seagate n'est passé devant son rival que lors des mois qui ont suivi les inondations, mais reste depuis à quelques longueurs seulement de Western Digital. Sur la capacité moyenne des disques livrés, les similitudes sont encore plus nettes, puisque à quelques exceptions près, les deux courbes se superposent quasi parfaitement. 

  • Seagate WD Capacité totale HDD
  • Seagate WD Capacité totale HDD

Sur les volumes de disques vendus, là encore, les deux rivaux affichent des tendances très proches, et leurs parts de marché respectives n'ont évolué que marginalement ces dernières années. On regrettera toutefois que Seagate ne communique plus sur ses volumes de ventes de disques durs depuis le deuxième trimestre de son exercice 2017, empêchant ainsi de voir si la tendance se confirme sur les douze derniers mois.

Les deux marques ont également communiqué à leurs investisseurs le prix de vente moyen de leurs produits, mais depuis maintenant un an, Western Digital est la seule à encore le faire. Néanmoins, les quelques données disponibles, bien qu'incomplètes dans le cas de Seagate, restent très intéressantes.

Non seulement, le tarif moyen pratiqué par les deux sociétés est souvent presque identique, mais en plus son évolution est restée très mesurée depuis la fin de la crise causée par les inondations . Chez Seagate, entre 2013 et 2017, il est resté dans une fourchette comprise entre 58 et 67 dollars, contre 58 à 63 dollars chez Western Digital.

  • Seagate WD volumes ventes HDD
  • Seagate WD prix moyen HDD
  • Seagate WD Historique Effectifs

Enfin, il reste un dernier point sur lequel les deux concurrents observent une évolution semblable : la taille de leurs effectifs. Tous deux ont assez nettement taillé dans leurs forces vives ces dernières années. Des 57 879 personnes présentes chez Seagate au début de l'exercice 2013, il n'en reste plus que 40 966, soit 29,2 % de moins. Chez Western Digital, les effectifs sont passés de 103 111 personnes (après l'intégration des équipes de SanDisk), à 71 300 sur la même période (-30,8 %).

Aussi nombreuses que puissent être ces ressemblances, il reste prématuré de parler d'entente entre les deux constructeurs. Tous deux subissent les mêmes effets que le marché qu'ils maîtrisent, il est donc assez logique qu'ils se rendent coup pour coup, aussi bien sur le plan commercial que sur celui des innovations techniques, et qu'ils vendent leurs produits aux mêmes clients, qui ont a fortiori les mêmes exigences. Il ne reste plus qu'au troisième larron, Toshiba, d'essayer de faire bouger ces lignes, mais avec les moyens dont il dispose actuellement, la partie est loin d'être gagnée. 


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