Faut-il créer un label « Internet bio » permettant aux services respectueux de faire la différence ?

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Web EDITO
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le lundi 29 janvier 2018 à 17:00
David Legrand

Dès mai prochain, les données personnelles seront mieux protégées en Europe. L'occasion pour de nombreux services de commencer à se poser des questions sur leurs pratiques. Mais comment informer l'internaute sur la réalité des choses ? Nous avons décidé de lancer la réflexion.

Il y a un peu plus de deux ans, nous nous posions une question : et si on dépolluait Internet ? Nous notions en effet depuis plusieurs années que les sites devenaient de plus en plus impraticables du fait d'abus publicitaires et de méthodes douteuses comme la lecture automatique des vidéos ou l'auto-refresh.

Mais cette gêne visuelle en cachait une autre : la collecte massive de données, mise en place à travers les services des géants du Net (Analytics, boutons J'aime, etc.) et d'espaces publicitaires toujours plus automatisés.

Quel avenir voulons-nous pour Internet ?

On le voit aujourd'hui, chaque site peut déposer des dizaines de cookies sans le moindre consentement de l'utilisateur, le tout à travers une centaine de domaines tiers. Pour le vérifier, il n'y a qu'à utiliser des outils comme Kimetrak et regarder les données du navigateur (voir notre dossier).

Ainsi, comme on pouvait le craindre, l'Internet que l'on connaissait il y a 20 ans s'est profondément modifié sur trois points principaux : les plateformes y ont progressivement pris le pouvoir, il y est plus souvent question de commerce que de partage libre des informations et des idées, le tout alimenté par une immense collecte de données personnelles.

Comme c'est le cas dans certaines industries, il existe néanmoins des zones de « résistance ». L'information s'y veut en libre accès, elle doit permettre au plus grand nombre de réfléchir au monde d'aujourd'hui plutôt que suivre les derniers buzz, l'entraide et le travail collaboratif y sont des valeurs centrales et le financement se fait à travers des dons ou des abonnements, l'accès aux données n'étant pas considéré comme un « pétrole à exploiter ». 

Malheureusement il n'existe pas vraiment d'élément distinctif fort pour ces sites et services, qui constituent une alternative au tout commercial qui nous entoure désormais dans le World Wide Web.

Un label pour l'Internet propre ?

Faudrait-il créer une sorte d'annuaire ? De label « bio » des services et autres sites en ligne ? Sans doute. Tout du moins faciliter l'accès et la reconnaissance de ces initiatives en fonction d'éléments qui peuvent être facilement vérifiés : structure économique, modèle de financement, trackers, dispositions légales à travers des outils tels que ToS;DR, etc. 

Reste la question des critères précis et de la structure pour porter une telle initiative. La CNIL a déjà largement fait savoir qu'elle ne pouvait être à l'origine d'un tel projet, mais elle pourrait le soutenir. Les moteurs de recherche commencent à s'y mettre, notamment DuckDuckGo via ses applications ou Qwant, qui travaille lui aussi sur un dispositif visant à indiquer le nombre de trackers d'un site. Mais ces solutions sont en général limitées à l'usage de ceux qui en sont à l'origine.

Ainsi, on pourrait plutôt imaginer un outil qui viendrait lister les trackers rencontrés, les catégoriser, indiquer où ils ont été vus récemment, etc. Le tout en complément d'autres éléments techniques et juridiques sur les sites et services. Un projet d'ampleur, mais porté par une multitude afin de permettre sa mise en œuvre et son suivi au quotidien.

Ces informations pourraient être rendues accessibles à tous, pour le bien commun, exploitables par n'importe quelle application ou service. Une manière, à l'heure des grandes plateformes, de permettre de mieux identifier les rares ilots de paix pour nos données, et ces petits producteurs de solutions qui refusent de participer à la surveillance de masse organisée par les publicitaires et autres data brokers

Permettre au citoyen de faire la différence

Cela permettrait également de distinguer le vrai du faux. Avec l'application dès le 25 mai 2018 du Règlement Général sur la protection des données en Europe, et l'arrivée prochaine d'ePrivacy, la protection des données va être un argument marketing de choix... même pour ceux qui combattent aujourd'hui ces textes. Face à cette révolution, il faut s'attendre à une bonne dose de « Privacy washing ».

On en a déjà vu quelques effets à l'occasion de la journée européenne de la protection des données, avec Apple, FacebookGoogle ou encore Microsoft, venus nous expliquer comment, désormais, ils comptaient faire de notre espace numérique un temple où nous aurons un contrôle total sur les informations nous concernant, grâce à eux et à leurs services. Demain, certains annonceront traquer moins, mieux, en vous permettant de vous connecter. Mais derrière, quels engagements concrets et quels usages pour vos données ?

Il faut donc permettre à l'internaute de s'y retrouver, simplement. En tant que groupe de presse indépendant, engagé sur la question du respect des lecteurs et des données personnelles depuis de nombreuses années, nous pensons que c'est notre rôle de participer, voire d'initier une telle aventure. C'est tout le sens de notre initiative Kimetrak qui devrait évoluer dans les semaines et à les mois à venir afin de délivrer une information fiable à l'internaute sur ces questions. 

Comme nous l'avions évoqué en juin dernier, nous espérons ne pas être seuls dans ce projet et réussir à fédérer de nombreux acteurs déjà actifs sur le terrain du respect de la vie privée et des libertés numériques. Tous ceux qui veulent y participer d'une manière ou d'une autre peuvent nous le faire savoir : projet@kimetrak.fr.


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