Raspberry Pi, Arduino et robots à la rescousse des projets éducatifs au CES 2018

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le jeudi 01 février 2018 à 14:30
Sébastien Gavois

Et si le Raspberry Pi était le gagnant du CES  ? En tout cas, le micro-ordinateur de poche était présent sur de nombreux stands comme élément de base, notamment d'ordinateurs pensés pour aider les enfants à découvrir la programmation. Les robots éducatifs étaient aussi nombreux cette année.

Comme chaque année, le CES de Las Vegas était l'occasion pour les fabricants d'exposer leurs dernières nouveautés (mais aussi du réchauffé) du côté de l'éducation et de la découverte de la programmation pour les enfants, dès le plus jeune âge. L'édition 2018 n'a pas échappé à la règle avec des produits pensés pour les bambins à partir de trois ans, bien que la tendance soit moins marquée que les années précédentes.

Les fabricants s'appuient encore et toujours sur des plateformes de type Raspberry Pi et Arduino pour développer leurs projets. Elles ont l'avantage d'être peu chères, déjà éprouvées et disposent d'une large panoplie d'accessoires. Le Raspberry Pi est sans doute l'un des grands gagnants du salon en étant présent sur de nombreux stands – sur l'éducatif, mais aussi sur les assistants numériques – sans pour autant en avoir un à son nom.

MakePad : quand le Raspberry Pi devient une tablette à assembler soi-même 

MakePi profite du CES de Las Vegas pour présenter une « preview » de sa tablette MakePad, au design un peu particulier. Elle ne mise en effet pas sur la finesse ou la qualité de finition, mais sur le côté modulaire. Elle sera en effet vendue sous  forme d'un kit à monter soi-même.

Le boîtier transparent intègre un écran tactile de 10,1 pouces et suffisamment de place pour installer un Raspberry Pi, un module pour l'affichage, un haut-parleur, une batterie (avec une autonomie de 12 heures) et l'ensemble des câbles nécessaires à son bon fonctionnement.

MakePad fonctionne avec un système d'exploitation maison simplement baptisé MakeOS (basé sur Debian 9), à l'intérieur duquel plusieurs applications dédiées à l'apprentissage de la programmation sont disponibles (via une interface pensée pour le tactile). Une des applications exploite l'IA Watson d'IBM, mais sans plus de détails pour l'instant.

La tablette MakePad sera disponible en précommande sur Kickstarter à partir du mois de février, pour 269 dollars nous précise le fabricant. Les premiers exemplaires sont attendus pour juin, mais il faudra attendre juillet pour que la production de masse débute. 

MakePad  MakePi

Kano : un prototype de sa caméra « programmable »

Comme MakePi, Kano se base sur la plateforme Raspberry Pi afin de proposer un ordinateur en kit. Là encore, il s'agit simplement d'ajouter quelques accessoires au mini-PC (adaptateur, boitier, clavier, carte SD et manuel) pour en faire une machine prête à l'emploi.

L'ensemble est vendu 199,99 euros, tout de même. Une version « Complete » sera proposée ce mois-ci avec un écran pour 329,99 euros. Le résultat n'est pas sans rappeler ce que souhaite proposer MakePi. Pour faire la différence, Kano met en avant son système d'exploitation Kano OS permettant d'apprendre simplement à coder... mais MakePi annonce la même chose. Il parait bien difficile de les départager, tant que les deux systèmes n'auront pas été testés.

Au CES, Kano présentait ses derniers accessoires lancés via une campagne de financement participatif fin 2016. Une opération couronnée de succès avec plus de 600 000 dollars récoltés. Il était question du Pixel Kit, un « écran » avec 16 x 8 LED vendu 79,99 euros, du Speaker Kit avec un haut-parleur et enfin du Camera Kit avec un capteur optique de 5 Mpixels à assembler soi-même (avec flash et microphone).

Ce kit souffre d'un important retard (la livraison était prévue pour fin 2016), mais le salon de Las Vegas était l'occasion de dévoiler le dernier prototype en date. Il faudra commencer par assembler la batterie, les LED faisant office de flash et le jeu de lentilles avant de l'utiliser ; l'occasion de revoir quelques notions d'optique au passage.

Depuis l'application, vous pouvez contrôler l'anneau lumineux (durée, couleurs des LED, etc.), définir un seuil de niveau sonore pour déclencher la prise automatique d'une photo, réaliser des montages, etc. Des exemples de réalisations sont détaillés sur cette page et dans cette vidéo.

Il faudra attendre fin 2018, voire début 2019 pour qu'elle soit disponible. Le prix est de 129,99 dollars.

Kano Camera

MAKERbuino : la console 8-bits à monter soi-même (avec un fer à souder)

Dans un registre assez proche, MAKERbuino exposait « son outil pédagogique déguisé en console de jeux », pour les enfants à partir de 11 ans. Comme souvent pour ce genre de produit, c'est sur Kickstarter que l'aventure a débuté. C'était en avril dernier, avec plus de 100 000 dollars récupérés sur 10 000 demandés. 

Comme son nom l'indique, MAKERbuino n'exploite pas un Raspberry Pi, mais la plateforme Arduino. Les différents composants sont livrés dans le bundle et il faudra jouer du fer à souder pour obtenir un produit fini (le fabricant annonce environ cinq heures de travail). La console portable est également livrée avec une carte SD comprenant une sélection de jeux, mais de nombreux autres sont disponibles à cette adresse (la console est compatible Gamebuino).

Bien évidemment, vous pouvez développer vos propres jeux ou modifier ceux existants ; c'est une des fonctionnalités poussées par le constructeur. Le CES était surtout l'opportunité d'exposer ses consoles portables puisqu'il n'y avait visiblement pas de nouveauté cette année, les consoles étant de toute façon déjà en vente.

La MAKERbuino de base est vendue 58,80 euros avec une carte SD de 128 Mo seulement. Un kit Inventor est proposé à 73,75 euros avec des composants supplémentaires pour aller plus loin dans la programmation. 

Cubdroid : des cubes indépendants programmables sans fil (via Bluetooth)

Chaque année, de nouveaux cubes censés aider l'apprentissage du code arrivent sur le marché. C'est cette fois au tour de Cubdroid de se lancer, après des campagnes de financement participatif sur Kickstarter et Indiegogo fin 2017, avec respectivement 86 600 et 87 784 dollars.

Les cubes sont compatibles avec les briques Lego et proposent, selon les cas, un moteur, un détecteur de proximité, un petit écran avec des LED, un haut-parleur, une zone tactile, etc. Assemblez-les afin de créer un robot par exemple, que vous pouvez animer depuis votre terminal mobile via une application dédiée, ou directement à partir de Scratch.

Chaque élément dispose de sa propre connexion Bluetooth et peut être utilisé indépendamment. Si vous avez un « Master Block » faisant office de cerveau de commande, vous pouvez même utiliser vos créations en mode hors ligne, celui-ci se chargeant d'envoyer les commandes aux autres cubes. Tous les détails se trouvent par ici.

Le tarif est de 169 dollars pour le kit de base comprenant 66 cubes, mais avec seulement une poignée d'entre eux dotés de fonctionnalités supplémentaires : deux moteurs, un détecteur de proximité, un équipé de LED et deux roues ; le reste étant composé de cubes basiques en plastique.

Le kit Premium à 299 dollars passe pour sa part à 130 pièces avec un Master Block, un cube enceinte et un autre détecteur de luminosité, en plus du kit basique.

Makeblock : des modules clipsables Neuron, un robot programmable Codey Rockey 

Makeblock, que l'on connait déjà pour ses robots éducatifs Mbot à construire soi-même, présentait ses solutions destinées à l'enseignement des STIM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques). En plus du nouveau robot Codey Rocky (nous y reviendrons juste après), c'était également l'occasion de mettre en avant la plateforme Neuron lancée avec succès via Kickstarter en mars de l'année dernière.

Vendu 129,99 euros, le kit de base Inventor comprend plusieurs éléments pouvant se « clipser » ensemble (via un système Pogo Pin) afin de construire une suite d'action. On retrouve des capteurs divers et variés, des boutons, une batterie, un système de liaison sans fil, etc. 

Des idées de programmation sont également de la partie afin de se lancer avec des expériences préétablies. Les briques peuvent fonctionner en mode hors ligne de manière autonome, ou bien de concert avec l'application mobile Neutre App du fabricant. D'autres applications basées sur Scratch sont également compatibles. 

Makeblock annonce enfin une compatibilité avec ses produits mBot ainsi que les Lego.

  • MakeBlock Neuron
  • MakeBlock Neuron
  • MakeBlock Neuron

Juste avant le CES, une nouvelle campagne de financement Kickstarter pour le robot Codey Rocky était mise en place. Là encore, c'est un succès avec 149 363 dollars sur 100 000 demandés. Cette fois-ci, la tête est détachable pour servir de télécommande, de manette, de console portable, etc. Il est pensé pour les enfants à partir de 6 ans, précise le fabricant.

Le robot intègre une dizaine de modules électriques (émetteur/récepteur infrarouge, haut-parleur, boutons, gyroscope, écran LCD, etc.), chacun pilotable via l'application mBlock de Makerblock (dont l'interface est largement inspirée de Scratch). Bien évidemment, Codey Rocky est compatible avec les modules Neuron présentés juste avant, en plus des briques de Lego afin de laisser libre cours à son imagination. 

Les tarifs sont de 99 dollars pour le petit robot Cody Rocky et 114 dollars avec un dongle Bluetooth afin de le contrôler sans avoir besoin de le brancher. La livraison des premières commandes est prévue pour avril de cette année.

Botley : un autre robot programmable pour les enfants à partir de 5 ans, dès 59,99 dollars

Learning Resources dévoilait lui aussi son petit robot programmable, mais dénué d'écran LCD cette fois-ci : Botley the coding robot. La télécommande se réduit en effet à sa plus simple expression : une dizaine de boutons seulement, dont quatre pour les directions, lui permettant d'être accessible aux enfants à partir de cinq ans selon le constructeur.

Vous entrez les déplacements souhaités et appuyez sur le bouton vert pour envoyer la séquence complète à Botley qui s'exécute alors. L'histoire ne dit pas si la séquence « haut, haut, bas, bas, gauche, droite, gauche, droite » déclenche une opération particulière, mais nous l'espérons fortement.

Le robot dispose de certaines fonctions avancées comme la détection des objets, les commandes en boucle, la navigation sur des parcours d'obstacles et enfin la possibilité de suivre une ligne noire tracée au sol. 

Botley le robot est d'ores et déjà disponible pour 59,99 dollars. Afin de s'amuser à créer des circuits dans lesquels peut naviguer le robot, des kits plus complets avec plusieurs dizaines de pièces livrées dans le bundle sont vendus à partir de 79,99 dollars.

Robotix : des robots, mais aussi des baguettes connectées

Passons maintenant chez Robotix avec le Taco Robobricks. Compatible avec les Mega Blocks et les Lego Duplo, il s'agit de briques à utiliser dans une construction afin d'y apporter du mouvement ou du son par exemple. Le fabricant reste pour le moment assez vague sur les possibilités, y compris dans sa (courte) vidéo de présentation.

Le constructeur présente également Playbits. Il s'agit d'une baguette connectée que l'on passe sur des « jetons » représentant des notes de notes de musiques, des chiffres, des lettres ou des formes. Les enfants les utilisent afin de jouer de la musique, résoudre des énigmes pensées pour leur âge, apprendre l'alphabet, etc.

Ces puces ont la bonne idée d'être également écrites en braille afin que les malvoyants puissent aussi en profiter. Là encore, une vidéo de présentation a été mise en ligne, mais elle ne permet pas davantage de cerner toutes les possibilités du produit. Les Taco Playbits et Robobricks sont tous les deux pensés pour les jeunes de 3 à 7 ans.

Les prix et disponibilités n'ont pas été précisés pour le moment par le constructeur. 

Taco PlaybitsTaco Robobricks

Et il y a bien évidemment les autres...

De nombreuses sociétés s'intéressant au monde de l'enfant avaient fait le déplacement, sans forcément avoir des nouveautés à présenter, mais simplement dans le but d'exposer leurs produits.

C'est le cas de Cubetto avec son petit robot (sans écran) en bois. Pensé pour les jeunes enfants de 3 à 6 ans, il leur permet de découvrir les joies de l'algorithmique. Il est d'ores et déjà en vente pour 219 euros.

Pai Technology était venu avec son robot Augie annoncé plusieurs mois auparavant et déjà en vente pour 199,99 dollars. Il se contrôle à l'aide d'un terminal mobile et propose des jeux en réalité augmentée via la caméra de la tablette ou du smartphone. La programmation passe par Blocs Scratch, issue de collaboration entre Google (Blockly) et Scratch.

Beaucoup de Raspberry Pi, mais avec des prix trop élevés ?

L'omniprésence de Raspberry Pi dans le monde des enfants s'explique probablement par le coût raisonnable de la plateforme (avec une connectique complète, notamment le connecteur GPIO), associé à la présence de Scratch pour apprendre à coder de manière simple et graphique.

Mais étant donné le prix des MakePad et autre Kano, il peut être bien plus économique d'acheter un Raspberry Pi 3 à 25 euros, voire un Raspberry Pi Zero WH pour une quinzaine d'euros, d'y installer Raspbian et d'apprendre directement à coder avec Scratch.

Sur Amazon, vous trouverez de nombreux kits de démarrage avec des composants et des exemples d'utilisation. Il en est de même avec la plateforme Arduino, mais ces systèmes ne disposent pas de sortie vidéo et de système d'exploitation.

Enfant Développeur Matrix
Crédits : badmanproduction/iStock/Thinkstock

Pour les enfants à partir de 5 ou 6 ans, les petits robots Codey Rockey et Botley peuvent être intéressants pour un prix qui reste raisonnable. Certains constructeurs visent même les jeunes à partir de 3 ans, mais la programmation est alors réduite à sa plus simple expression et il s'agit plus d'un jouet connecté et interactif qu'autre chose.

Au final, les parents n'ont que l'embarras du choix, mais il ne faut pas non plus oublier de laisser le temps aux enfants d'apprendre et de découvrir le monde « IRL ». S'il est important de les initier à la programmation et à l'algorithmique quand ils sont encore jeunes, il n'est pas forcément nécessaire de commencer dès l'entrée en petite section. 

À chacun de voir en fonction de ses attentes et de sa vision des choses.


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