Réforme du bac : le rapport Mathiot préconise un « Plan Marshall » en matière de numérique

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Crédits : ianying yin/iStock
Loi
Xavier Berne

Le rapport Mathiot sur la réforme du bac, remis cette semaine au ministre de l’Éducation nationale, conclut qu’il faut « impérativement » renforcer la formation des élèves à l’informatique (et au numérique de manière plus générale). Il en appelle notamment à une « initiation minimale » au codage, ainsi qu’aux enjeux de sécurité et d’e-réputation.

Emmanuel Macron l’avait promis durant sa campagne : il n’y aura plus que quatre matières obligatoires lors de l’examen final du baccalauréat, les autres ayant vocation à être validées au fil de la scolarité, par le biais du contrôle continu. Afin de mettre en œuvre cette réforme d’ici à 2021, le ministre de l’Éducation nationale avait chargé Pierre Mathiot, ancien directeur de Science Po Lille, de faire des propositions visant à « dessiner ce baccalauréat renouvelé ».

Plusieurs mesures ont ainsi été soumises à Jean-Michel Blanquer, mercredi 24 janvier, telle l’instauration d’un « grand oral ». Le rapport Mathiot met également en perspective différents scénarios de réforme des modalités de validation du célèbre diplôme (prise en compte des moyennes générales ou organisation d’épreuves ponctuelles en première et terminale, etc.).

Considérant qu’il faut « partir du point d’arrivée, le baccalauréat, pour remonter vers l’amont, l’organisation générale du lycée », Pierre Mathiot se prononce d’autre part pour de profonds changements des classes de seconde, première et terminale. Il invite à cet égard à « faire de l'informatique et du numérique des priorités majeures ».

« Acculturer l’ensemble des élèves au numérique »

Le rapport laisse entrevoir une disparition des traditionnelles filières S, ES et L, au profit d’une sorte de système « à la carte ». Les lycéens suivraient tous un tronc commun, et devraient ensuite se choisir des matières en « majeure » et en « mineure ».

Le français, l’histoire-géo, l'anglais ou l’EPS feraient par exemple partie, pour la seconde, de ce socle de cours comptant pour environ 25 heures par semaine. Pierre Mathiot plaide surtout pour l’intégration d’un enseignement de « mathématiques-informatique » dans ces matières obligatoires, visiblement dans le prolongement de ce qui se pratique au collège depuis la récente réforme des programmes.

L’objectif : « acculturer l’ensemble des élèves au numérique, en ne se focalisant bien sûr pas uniquement sur ceux que l'informatique intéresse », indique le rapport. « Une initiation minimale au codage, aux enjeux de la sécurité informatique et de la e-réputation, une formation qui pourrait apparaître triviale à la bureautique constituent autant d'objectifs complémentaires de ceux liés à l'informatique stricto sensu. »

Tout en disant se méfier des « formules trop souvent utilisées », l'auteur du rapport juge qu'il est « nécessaire d'engager un véritable Plan Marshall en ce domaine » – en référence à l’aide apportée par les États-Unis à la France pour se reconstruire après la Seconde Guerre mondiale.

« La formation des élèves à l'informatique et au numérique doit impérativement être renforcée, aussi bien comme discipline académique conduisant à des formations dans l'enseignement supérieur que comme moyen « véhiculaire » permettant aux élèves et aux enseignants de travailler autrement et de disposer d'une culture numérique minimale, par exemple au codage » poursuit le document.

Pierre Mathiot estime d’ailleurs qu’il conviendrait de prendre dans une plus large mesure « pleinement conscience des nouveaux enjeux qui se posent dans nos sociétés et qui impliquent que le lycée se les approprie impérativement : informatique, numérique, développement économique et liens avec les Stem (Sciences, Technology, Engineering, Mathematics), environnement, éthique, intelligence artificielle, etc. »

Nombreux obstacles en vue

L’ancien directeur de Science Po Lille se montre toutefois conscient « de la complexité qu'implique ce véritable changement de paradigme ». Tout d’abord sur le plan pédagogique, puisqu’il suppose la création d’un nouvel « enseignement d'informatique », outre le développement des « points liés à l'informatique dans les programmes de disciplines existantes ».

En matière de ressources humaines ensuite, le rapport évoquant l’instauration d’une « agrégation d'informatique » et/ou le développement d’une « certification de professeurs déjà recrutés ». La formation des personnels est par ailleurs jugée « essentielle », « car il faut constater parfois que les équipements existent mais ne sont pas utilisés par les enseignants ou les personnels administratifs, faute de formation adéquate ».

Le tout pourrait enfin se confronter à des difficultés liées aux « moyens matériels », c’est-à-dire aux appareils mis à la disposition des lycéens – sans parler des réticences inhérentes à la « transformation profonde des cultures administratives ».

Engager une véritable dématérialisation du bac

De manière plus accessoire, Pierre Mathiot invite l’éducation nationale à « recourir massivement aux ressources numériques, comme soutien à l'orientation, comme instrument pédagogique et de certification de certains renseignements (notamment en langues étrangères) ». Il cite à titre d’exemple le développement des « Moocs », les fameux cours en ligne, de la visio-conférence et de l’accompagnement des élèves à la préparation de leur dossier Parcoursup – qui remplace le tristement célèbre Admission Post-Bac.

Dernier point : le « défi du numérique » devra également être « relevé par l’administration », prévient l’auteur du rapport. Ce dernier en appelle ainsi à une « dynamique de dématérialisation du baccalauréat » (bien que déjà engagée) : « par exemple, les copies pourraient être numérisées, les candidats et les professeurs convoqués par la voie électronique, des certifications en ligne devraient être prévues organisation prioritairement sous le sceau de la puissance publique ».

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé que suite à la remise de ce rapport, Jean-Michel Blanquer mènerait « une concertation avec les partenaires sociaux dans le but d'aboutir à une proposition d'évolution du baccalauréat ». Les choses devraient néanmoins aller vite, le ministre ambitionnant de présenter sa réforme le 14 février prochain.

Ce dossier devrait être suivi de près par l’Assemblée nationale, qui vient tout juste de lancer une mission sur le numérique à l’école (voir notre article).


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