[Critique Geek] Black Mirror saison 4 : une analyse dure, toujours entre réalisme et poésie

Miroir, Ô mon miroir... 49
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Télévision
David Legrand

L'excellente série Black Mirror nous revient pour une quatrième saison où les nouvelles technologies, mais aussi notre société dans son ensemble, vont en prendre pour leur grade. Rien ni personne n'est épargné, mais toujours avec réalisme et finesse... malgré des situations parfois brutes.

C'est en 2011 que Black Mirror est arrivée sur Channel 4 au Royaume-Uni. À l'époque déjà, la série s'était fait remarquer par sa capacité à critiquer avec précision à la fois notre société, les turpitudes humaines mais aussi les dérives possibles de l'évolution technologique. Ce, à travers trois histoires différentes, chaque épisode durant entre 45 minutes et une heure.

Et pour cela, l'équipe n'hésitait pas à dépasser les conventions, quitte à choquer. Beaucoup ont ainsi encore en tête L'Hymne national (S01E01) et sa fameuse histoire du porc. Mais au-delà de ses coups d'éclat, Black Mirror c'était déjà beaucoup de finesse et un sous-texte souvent aussi passionnant à décrypter que l'action principale était intéressante à suivre.

Chaque épisode est indépendant, avec sa propre équipe, un casting et une approche différente. Une sorte de Contes de la crypte remis au goût du jour, avec moins d'horreur, plus de technologie, mais autant de cynisme. Seul point commun qui rattache tous ces éléments, Charlie Brooker, créateur de la série qui intervient dans la composition de chaque épisode.

Une arrivée tardive en France, jusqu'à Netflix

C'est seulement en 2014 que l'on a pu découvrir ce petit bijou déroutant en version française. Malheureusement, c'est France Télévision qui en avait alors acquis les droits, le groupe n'étant pas spécialement connu pour vraiment respecter ses séries et leurs fans. Les adeptes de Doctor Who et Mr Robot en savent quelque chose.

La seconde saison a été diffusée avec un peu plus d'un an de retard sur la version originale, et dans le désordre, de mai à juin 2014. Il en sera de même pour le Christmas Special qui n'arrivera chez nous qu'en septembre 2015 : Blanc comme neige.

C'est à cette époque que l'on apprend que Netflix reprend les droits de la série au niveau mondial. Une troisième saison est ainsi annoncée pour 2016 avec douze épisodes. Finalement il n'y en aura que six, la diffusion s'est faite en simultanée dans tous les pays le 21 octobre 2016. Les deux premières saisons sont également disponibles sur la plateforme de SVOD.

Et si l'on pouvait craindre un changement de ton, tout ce qui avait fait le charme de la série était là, avec à l'époque une large critique de nos comportements à l'ère du tout social, la question de la réalité virtuelle et San Junipero (S03E04) qui est restée dans les mémoires de beaucoup, notamment pour son twist final. 

Une saison 4 détonante

C'est donc avec impatience que l'on attendait de découvrir la saison 4 qui est comme toutes les précédentes : bien trop courte. Les épisodes se dévorent en à peine une journée, surtout en période de fêtes, et il est souvent bien difficile d'accepter de lâcher l'écran plutôt que de découvrir la suite.

Surtout que comme à leur habitude, les équipes autour de Charlie Brooker arrivent à nous surprendre, dès les premières minutes du premier épisode : USS Calister. Il est d'ailleurs assez difficile de chroniquer le visionnage d'une saison de Black Mirror tant il faut préserver la surprise et les détails qui permettent de découvrir toute la finesse de chaque épisode.

D'autant que cette quatrième mouture ne fait pas se dégager un thème particulier, si ce n'est celui de la critique des nombreux travers de l'humanité. De notre soif de pouvoir à notre volonté de tout contrôler, parfois en ayant l'impression de le faire par simple bienveillance. Un acte qui se veut positif, mais qui ne fait que masquer une couche d'égoïsme crasse.

Black Mirror Saison 4 USS Calister

Des univers à découvrir dans les moindres détails

Toute la force de Black Mirror est justement d'arriver à retranscrire cela dans des univers qui se veulent à la fois contemporains, mais également futuristes par de nombreux petits détails qui cherchent néanmoins à s'inscrire dans un certain réalisme, et avec une volonté de pousser la réflexion sur différents terrains.

Ainsi, lorsqu'il est question de voiture autonome, ce n'est pas pour nous montrer que c'est le moyen de transport de demain, mais bien une solution qui peut être utilisée pour résoudre des problèmes précis, qui ne sera pas sans impacts d'un point de vue législatif ou sociétal.

Lorsque la reconnaissance faciale entre en scène, c'est à la fois pour apporter la meilleure des choses que pour accomplir un dessein bien moins noble. Lorsque l'on voit un téléphone ou une interface, on sent que leur composition a été travaillée de manière à les placer dans un futur qui reste assez proche de nous. 

De ce point de vue, Hang the DJ (S04E04) est sans doute l'une des plus grandes réussites, qui nous permet de nous plonger à la fois dans une analyse intéressante de la gouvernance de notre vie par l'IA tout en nous livrant une vision assez inédite, concrète et réaliste (bien qu'abusive par certains aspects) de comment cela fonctionne en pratique.

À l'inverse, un Metalhead (S04E05) se veut plus brut, plus froid, à l'image de ses protagonistes robotiques. Filmé en noir et blanc, il livre moins de choses et peu de réflexion de fond. Il s'agit avant tout d'une course contre la mort qui ne nous laissera que peu de répit, dans un monde dépourvu de toute pitié.

Black Mirror Saison 4 Metalhead

Des surprises et un beau final

On apprécie également la capacité de jouer avec les bandes-annonces puisque les épisodes peuvent parfois révéler quelques surprises par rapport à ce à quoi l'on s'attendait. Il en est de même pour les clins d'œil aux fans, qui n'échappent pas à la critique en raison de leur goût démesuré pour des séries où tout se résout parfois à grands coups de Deus Ex Machina, grâce à l'intelligence suprême d'un Capitaine adulé par tous.

Cela n'empêche pas la série de saluer, à sa manière, l'impact que de telles œuvres peuvent finir par avoir dans le monde réel, en inspirant de manière bien plus concrète génies et visionnaires qui modèlent une partie de notre futur, pour le meilleur... et parfois pour le pire. 

Autre mention spéciale à Black Museum (S04E06) qui est sans doute l'épisode le plus marquant de cette saison, qui allie tout ce que l'on aime dans Black Mirror : une critique de notre société sur de nombreux aspects, agrémentée d'un zeste de nouvelles technologies et de drame des objets connectés avec un soupçon de violence, une certaine lucidité sur les relations humaines et pour finir une référence intéressante... à l'univers de la série. 

Bref, si vous avez une après-midi à tuer d'ici au début de l'année 2018, passez là sur cette saison 4 de Black Mirror. Vous aurez rarement l'occasion de tant aiguiser votre esprit critique sur le monde qui nous entoure, et le futur qui nous attend.


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