Démission collective au Conseil national du numérique

Mounir, c'est partir un peu 54
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Crédits : Crobard/iStock
Loi
Marc Rees

Crise ouverte au Conseil national du numérique. Après sa présidente, c’est au tour de la majorité des membres du collège de remettre leur démission. 

Avec l’arrêté du 11 décembre 2017, le Conseil national du numérique, instance consultative chargée de formuler de manière indépendante des avis et des recommandations, pouvait espérer redémarrer une nouvelle vie. Du sang neuf pour cet organisme qui a connu plusieurs crises dans le passé, mais dont l’utilité n’est plus vraiment à démontrer.

En témoigne ses différentes sorties sur la loi renseignement, le chiffrement, le RGPD, ou encore le fichier relatif aux titres électroniques sécurisés. Cependant, un emballement a grippé ce moteur destiné à souffler la bonne parole du numérique.  

Un drame en trois actes

Premier acte. Les choix de Rokhaya Diallo et du rappeur Axiom dans la liste dressée par Marie Ekeland, nouvelle présidente du CNNUM, ont été dézingués par l’actuel secrétaire d’État au numérique… qui avait pourtant passé en revue cette liste.

En cause notamment, la polémique née autour des propos de cette écrivaine, féministe et journaliste qui a dénoncé le « racisme d’État » lors de ses prises de parole. Selon Mounir Mahjoubi, l’institution « a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies ».  

Deuxième acte. Priée « de proposer une nouvelle composition du Conseil », Marie Ekeland a finalement préféré prendre la porte aujourd’hui : « les réactions qui ont suivi cette nomination me font mesurer à quel point mon pari était osé et innovant » écrit-elle sur le site du CNNum, « à quel point, dans notre pays, nous ne voulons pas entendre des voix dissonantes. À quel point nous ne savons plus débattre sereinement de nos divergences de vue. À quel point nous avons du mal à nous mettre à la place des autres », etc. 

« Il ne s'agit pas d'une association, d'un parti politique ou d'un lobby expose depuis le secrétaire d’État dans les colonnes du Figaro. Le CNNum doit être proche du gouvernement pour nous orienter, et le gouvernement lui fait confiance sur ces sujets ».

Troisième acte. Sa décision a fait tache d’huile puisque quelques heures plus tard, la quasi totalité des membres du CNNum a suivi l’appel d’air : « constatant donc l’impossibilité de mettre en œuvre son projet, considérant que le travail du Conseil ne peut plus se faire selon des modalités efficaces, nous avons décidé de présenter collectivement notre démission ».

Un nouveau CNNUm, mais des marques indélébiles

Désormais Mounir Mahjoubi est tenu de procéder à la nomination d’un nouveau président, qui sera chargé de constituer une nouvelle équipe. Au-delà de ce dernier acte, c’est évidemment la question du statut du CNNum qui revient en force dans ses rapports avec l’exécutif et celle, avant tout, du processus de nomination de ses membres et sa dépendance avec Bercy.

L’épisode de décembre 2017 risque en tout cas de laisser des traces indélébiles dans ses rouages. Le CNNum avait su retrouver une indépendance dans ses prises de position, n’hésitant pas le bras de fer avec le ministère régalien de l’Intérieur, sur plusieurs gros dossiers. Aujourd’hui, d’un claquement de doigt, il est sommé de revenir à une réalité structurelle.

« En 2011, l'idée avait émergé d'infuser une culture numérique au sein de l'État. Le Conseil national du numérique était créé. Tantôt conseiller, tantôt opposant, il avait su naviguer. Aujourd'hui il vient de se fracasser, se disloquer sur fond de tolérance. Triste France » expose dans un tweet, Benoit Tabaka, qui fut d'octobre 2011 à mai 2012, le premier secrétaire général du Conseil.


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