Objets connectés : allons dès maintenant vers des assistants numériques interchangeables

L'IA doit nous assister, pas nous enfermer 72
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Crédits : alphaspirit/iStock/Thinkstock
Obj. Connectés EDITO
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le lundi 22 janvier 2018 à 16:01
David Legrand

Les assistants numériques commencent à nous envahir, dans nos smartphones, mais aussi dans les appareils du quotidien. Alors que les enceintes connectées se font de plus en plus nombreuses, une chose frappe : changer d'assistant est impossible sans changer de produit. Et si on corrigeait ça ?

Si un salon comme le CES de Las Vegas est complexe à analyser dans son ensemble, il y a des tendances simples à identifier. Celle de la montée en puissance du « tout connecté » en est une. De la vision de la maison par LG et Samsung, en passant par les fabricants de robots de cuisine et autres voitures, chacun présentait sa vision d'un futur où internet devient un élément vital pour les produits chaque jour.

Mais cette connexion ne vient pas seule. Elle est accompagnée de « l'intelligence » d'assistants numériques tels qu'Alexa, Bixby, Cortana et autres Google Assistant.

Intelligence partout, liberté nulle part

Comme nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer, tout cela se résume en fait à la capacité pour ces appareils de recevoir une requête vocale pour la faire traiter par des serveurs, et fournir un résultat sous une forme audio ou visuelle selon les cas. Le tout en prenant parfois en compte des informations locales comme le contenu d'un frigo, la progression d'un cycle de lavage, le statut de telle ou telle ampoule, la température, etc. 

Il reste encore à déterminer si cet avenir qui se dessine chez les constructeurs constituera ou non un succès commercial. Bien que toute l'industrie pousse dans ce sens, ce n'est en effet pas un fait acquis puisqu'il faut que la demande existe du côté des consommateurs, de leurs usages, de leur budget... ou tout simplement que ces objets démontrent leur utilité.

Et parmi toutes les questions que le « tout connecté » pose, de la vie privée aux problématiques de sécurité, il y en a une que l'on entend assez peu dans le débat public pour le moment : pourquoi un objet devrait être lié à un assistant numérique ou une couche logicielle en particulier ?

Que les constructeurs poussent dans ce sens pour conforter leur stratégie de maitrise, de dépendance et de partenariats est une chose. Mais que le législateur et les régulateurs laissent faire en est une autre.

Si tout était aussi souple qu'un PC...

Car on a beau critiquer nos bons vieux PC, perçus par certains comme un marché destiné à s'effondrer, l'objet ringard par excellence... il a tout de même certains atouts. Notamment celui de pouvoir évoluer avec le temps dans certains cas, et surtout d'avoir une couche logicielle n'étant pas totalement liée au matériel.

Processeurs x86 oblige, vous pouvez installer Linux, Windows ou n'importe quel autre OS compatible sur une machine que vous venez d'acheter. Vous avez un vieux PC qui traîne dans un coin ? Vous pouvez utiliser une distribution Linux légère pour lui permettre de fonctionner sans trop de contraintes, avec des applications à jour. 

Votre carte graphique ne suit plus ? Dans une certaine mesure, vous pourrez en changer dans votre PC de bureau. Idem pour la mémoire, le stockage, etc. Les constructeurs assurent un suivi de leurs pilotes pour un certain nombre d'années et dans le pire des cas, une version standard permet généralement d'assurer un fonctionnement basique.

Dans la majeure partie des cas, on peut encore aujourd'hui utiliser Windows et des applications à jour sur un vieux coucou. Que dirait-on si, demain, Microsoft décidait de ne plus proposer de mise à jour à des machines qui ont plus de deux ans ? S'il devenait impossible ou presque d'utiliser un autre système d'exploitation sur un PC qui nous appartient ? Un parfum de scandale règnerait et l'on invoquerait (comme cela a déjà été fait par le passé) la question de la fameuse vente liée.

Et pourtant, ce genre de choses arrive désormais quotidiennement, sans que cela ne choque plus personne.

L'ère de l'appareil tout-en-un, où la sécurité passe au second plan

C'est le monde du smartphone qui, le premier, a institutionnalisé la pratique. Petit à petit, avec la montée en puissance d'Android et iOS, nous nous sommes habitués à un lien très fort entre l'appareil et son logiciel. L'impossibilité de disposer de mises à jour récentes sur une majeure partie de l'écosystème de Google énerve, mais ne fait pas réagir outre mesure.

Même s'il est moins touché, Apple ne vous donne plus droit aux dernières mises à jour d'iOS au bout de cinq ans. Le plus problématique est d'ailleurs que tout se mélange. Ainsi, les mises à jour du système et de sécurité font encore chez Apple partie d'un tout. Vous voulez être protégé contre Meltdown et Spectre, il faut vous mettre à jour. Vous êtes coincés sous iOS 10 ? Dommage pour vous. 

C'est d'ailleurs cette question qui était au cœur du débat du dernier #BatteryGate sans que personne ne s'en rende compte. Suite à des remarques un peu bêtes sur la question, par exemple « Faut-il ou non mettre son système à jour pour être protégé, malgré les choix d'Apple concernant le choix de la batterie ? », nous avons oublié l'objet essentiel : est-ce normal de devoir choisir entre sécurité et modifications de la gestion de la batterie d'un OS ? La réponse est non.

Lien entre appareils et logiciels : c'est en train d'empirer

Avec les objets connectés, cela pourrait s'aggraver si l'on n'anticipe pas très tôt les problèmes potentiels. Car actuellement, si vous achetez une enceinte connectée Alexa, elle sera livrée avec l'assistant vocal d'Amazon. Vous optez pour Google Home, ce sera avec l'assistant du géant de la recherche. Vous êtes plutôt Samsung ? Comme vous n'avez pas le choix de l'OS de votre TV ou de votre frigo connecté, vous n'aurez pas celui de l'assistant qui vous est livré.

Pourtant sur smartphone, ces assistants ne sont que des applications que l'on installe en fonction de notre besoin. Fondamentalement, une enceinte connectée n'est qu'un dispositif simpliste relié à Internet avec micros et haut-parleurs. Comme un smartphone, on devrait donc pouvoir y charger l'assistant que l'on souhaite sous la forme d'une application.

Qu'adviendra-t-il en effet de ces appareils si jamais le service (en ligne) devait s'arrêter ? Ils n'auront plus aucune utilité autre que décorative, sans recours possible. Si demain Microsoft ou votre distribution Linux préférée décide de ne plus fournir de mises à jour, vous pourrez utiliser un autre système sur votre PC. Avec ces objets connectés, cela sera impossible, tout du moins si rien ne change.

Bien que ce marché soit récent, on a d'ailleurs déjà vu plusieurs cas de produits qui deviennent de simples briques ou qui perdent des fonctionnalités suite à la décision unilatérale d'un constructeur. Que faire lorsque votre frigo connecté ne vous permettra plus de gérer son contenu ou vos recettes ? Changer de système, d'assistant, de logiciel ?

Acceptera-t-on pour autant qu'un appareil prévu pour durer 5, 10 ou 15 ans dans sa version non connectée puisse n'être plus que l'ombre de lui-même au bout de quelques années, comme un smartphone, juste parce qu'il est relié à Internet ?

Demain : quelles obligations pour les constructeurs ?

Actuellement, les fabricants ne font face à aucune obligation en la matière. Mais lorsque l'on parle d'obsolescence programmée, c'est aussi de ces sujets dont il est question. Permettre à l'utilisateur de disposer d'appareils dont la partie logicielle est indépendante, c'est aussi leur donner la possibilité d'en changer comme bon leur semble. 

Alors que l'on parle d'interopérabilité et de portabilité des données, avec l'arrivée du RGPD en mai prochain, celle des systèmes qui ont à les traiter est un enjeu au moins aussi important. C'est également ce qui permettra à un utilisateur ne de pas avoir à choisir entre respect de sa vie privée et service rendu.

Si l'un ou l'autre venait à ne pas être suffisant, chacun doit pouvoir passer à la concurrence sans contrainte. Espérons qu'il ne faudra pas attendre quelques drames en la matière avant que nos responsables en prennent conscience.


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