Selon Ghostery, plus de 77 % des pages web contiennent au moins un traqueur

Et les 23 % restants ? Ne souriez pas trop vite... 95
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Crédits : AndreyPopov/iStock/Thinkstock
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le mercredi 13 décembre 2017 à 16:14
Kevin Hottot

Une chose est certaine : si l'internet est fait de quelque chose, c'est très probablement de chats, mais aussi de traqueurs venant fouiller dans nos habitudes. Ghostery a justement cherché à les recenser et à jauger de leur emprise sur le réseau, en s'appuyant sur les relevés de centaines de milliers d'internautes.

Ghostery vient de publier une étude très documentée sur l'utilisation de traqueurs sur les sites web. Elle repose sur les statistiques anonymes récoltées auprès de 850 000 utilisateurs de l'extension pour navigateurs Ghostery et leurs visites sur 440 millions de pages (dont 112 millions sans blocage des traqueurs) en l'espace de deux semaines. 

L'étude cherche à répondre à plusieurs questions importantes dans le domaine des traceurs : 

  • Quelle quantité de traqueurs peut être observée en moyenne sur une page ?
  • Quelle quantité d'internautes touche chaque entreprise déployant ce type d'outils de suivi ?
  • L'écosystème de traçage varie-t-il d'un pays à l'autre ?

Souriez, vous êtes tracés !

Sur ce pan de l'étude, Ghostery s'est contenté de compter les traqueurs qui « envoient des données sensibles ». « Nous avons défini les données sensibles comme les éléments inclus dans une requête qui ont le potentiel d'identifier un individu comme une entité unique », précise l'entreprise. Ainsi, si une page exploite plusieurs dizaines de traqueurs mais que seulement deux d'entre eux sont en mesure d'identifier précisément le visiteur, ils seront les seuls à être comptabilisés. 

Selon ses mesures, Ghostery estime que 23 % du trafic mesuré correspondait à des sites ou aucun traçage de données sensibles n'était présent. Il ne faut toutefois pas se réjouir trop vite, puisque 15 % des pages où aucun traqueur trop bavard était présent correspondaient à des sites appartenant à Google... qui s'assure du suivi lui même. Facebook comptait également pour 6 % de ce trafic présenté comme « propre ». 

15 % des pages affichées par les 850 000 personnes dont le trafic a été étudié comptaient quant à elles au moins 10 traqueurs capables d'identifier le visiteur. Enfin, 18 % des pages ne comptaient qu'un seul traqueur faisant remonter des données suffisamment précises pour l'identifier formellement. 

Google, Facebook, Criteo et les autres... 

Les observations de Ghostery confirment également les impressions que l'on peut avoir en surfant sur la Toile : Google n'est pas présent partout... mais presque. Ainsi, Google Analytics est le traqueur le plus répandu et était présent sur 46,4 % des pages chargées par les utilisateurs de Ghostery.

La firme de Mountain View ne s'arrête pas là puisque sur les 20 traqueurs les plus répandus, 8 proviennent de chez elle, avec pêle-mêle DoubleClick (18,5 % des pages), Google Publisher Tags (15,1 %), Google Tag Manager (14,6 %), AdSense (9,9 %) ou encore Google+ (6,5 %). Au total, 64,4 % des pages chargées contenaient au moins un traqueur de chez Google. 

En deuxième position, on retrouve sans surprise... Facebook, un autre géant américain friand de données personnelles. 21,9 % des pages affichées pendant l'étude contenaient le traqueur Facebook Connect, et dans l'ensemble, 28,8 % des pages étaient accompagnées par au moins un mouchard du réseau social fondé par Mark Zuckerberg. Twitter n'est que quatrième, avec une présence sur 11 % des pages (dont 9 % grâce à son bouton), tandis qu'Amazon est cinquième et présent sur 10,5 % des pages. 

La troisième marche du podium est occupée par comScore, une entreprise plutôt méconnue du grand public, dont le métier n'est autre que le ciblage publicitaire. Son traqueur ScoreCardResearch Beacon a été retrouvé sur 12,2 % des pages visitées par les internautes utilisant Ghostery.

Le groupe français Criteo est quant à lui septième, en plaçant ses traqueurs sur 6,5 % des pages visitées. 

Dans le reste du top 20, on notera la présence d'Adobe (12e avec 4,8 %), de Microsoft (14e avec 3,8 %) ou des agaçants encarts de Taboola sur 3,1 % des pages visitées (19e). Le moteur de recherche russe Yandex pointe en sixième position (8 %) tandis que le le réseau social local VKontakte n'est là que sur 3,3 % des pages (16e).

Les traqueurs ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre

Ghostery s'est enfin concentré sur les variations du paysage des traqueurs en fonction du pays de résidence de l'internaute étudié. Sans grande surprise, si vous êtes russe, japonais, allemand ou américain, ce ne sont pas les mêmes yeux qui vous observeront.

En Russie par exemple, Vkontakte, Mail.ru et Yandex sont présents sur les pages visitées par les internautes sept fois plus souvent que dans le reste du monde. 52 % des pages visitées par un Russe sont ainsi chargées d'un mouchard de Yandex, contre 6,7 % dans le reste du monde. À contrario, Facebook Connect n'est là que sur 16,6 % des pages, contre 22,8 % en moyenne ailleurs.

Même constat en Pologne, ou Gemius, une entreprise de ciblage publicitaire basée à Varsovie, s'invite sur 21,5 % des pages des internautes polonais, contre 2,6 % ailleurs. Facebook est également surreprésenté, puisque son traqueur Facebook Connect est là sur 36,6 % des pages. ScoreCard par contre fait chou blanc, avec une présence sur 4 % des pages, contre 11,5 % dans le reste du monde. Au Japon, l'invité surprise s'appelle... Yahoo, qui incruste son mouchard Analytics sur 7,1 % des pages, contre 1,5 % dans le reste du monde. 

Aux États-Unis enfin, on notera la relative faiblesse de Google (8,7 % pour AdSense contre 10,9 % ailleurs), qui cède du terrain à Amazon, qui s'affiche sur 11,8 % des pages contre 4,1 % dans le reste du monde pour son mouchard Associates. comScore profite également du fait de jouer à domicile pour se montrer sur 16,3 % des pages, contre 11,5 % ailleurs.

Malheureusement, aucune statistique détaillée n'est présentée pour la France. On devra donc se contenter d'apprendre qu'en moyenne, l'internaute français subit moins de traqueurs par page que son homologue britannique, russe ou américain. Un maigre lot de consolation quand on sait que certaines pages dans l'Hexagone hébergent plusieurs dizaines de mouchards... sans même parler de cookies.

Traqueurs partout, tranquillité nulle part

Ce que cette étude révèle finalement, c'est que la plupart des sites profitent du passage d'un internaute pour venir butiner certaines de ses informations, pour leur propre compte, ou celui de tiers, prêts à payer pour affiner leur ciblage publicitaire.

Les quelques havres de paix apparents sont souvent la propriété d'un grand groupe qui de toute façon trouve déjà son lot de données nous concernant sur d'autres plateformes, ou au travers des outils qu'il met à notre disposition pour envoyer des emails, rester en contact avec nos proches ou notre communauté.

Quelques solutions existent, mais sont encore peu connues ou dans l'incapacité d'accueillir autant d'utilisateurs que les géants du Net. L'initiative Dégooglisons Internet, menée par Framasoft, est une d'elles. Le moteur de recherche Qwant une autre. Quant à nous, nous savons déjà par où commencer...


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