Fibre : l'Arcep sort une carte des déploiements et prépare enfin la transparence

Le dada de l'Open Data 32
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Crédits : kynny/iStock
FAI
Guénaël Pépin

Le régulateur des télécoms expérimente une carte des déploiements de fibre, pour le moment commune par commune. Elle doit être complétée avec d'autres technologies et des débits théoriques dans les prochains mois. En attendant, fin septembre, 9,5 millions de logements étaient éligibles à la fibre, pour près de trois millions d'abonnés.

La transparence fait quelques pas sur le très haut débit. Le régulateur des télécoms, l'Arcep, publie une nouvelle carte trimestrielle des déploiements de fibre, commune par commune, aux outils empruntés à monreseaumobile.fr. En parallèle, elle complète son observatoire du haut et très haut débit, qui constate (encore) la montée du très haut débit, poussé par la fibre.

L'autorité se prépare aussi à publier d'autres données sur l'Internet fixe, avec deux futures décisions en consultation publique. Elles définissent les modalités de collecte des informations auprès des opérateurs, une des faiblesses actuelles dans le suivi du très haut débit.

Jusqu'ici, les données géographiques de déploiement des réseaux fixes sont déployées par l'Agence du numérique (qui gère le plan France THD). Interrogée fin août, elle nous déclarait ne pas avoir les moyens de l'Arcep (ni la sécurité juridique) pour fournir ces indicateurs. L'autorité des télécoms doit donc récupérer ces publications dans les prochains mois.

Près de trois millions d'abonnés à la fibre

Au troisième trimestre, la France comptait 28,2 millions d'abonnés à l'Internet fixe, soit 175 000 de plus sur le trimestre, et 780 000 sur l'année. Le haut débit continue sa dégringolade, avec 21,7 millions de lignes en activité (-195 000 sur le trimestre, -675 000 sur l'année), dont 21,2 millions en ADSL. Face à lui, le très haut débit continue son ascension, avec 6,5 millions d'abonnés (38 % du total), dont 369 000 de plus sur le trimestre et 1,5 million en 12 mois.

La fibre jusqu'à l'abonné (FTTH) affiche 2,9 millions d'abonnés à la fin septembre, avec la plus forte progression toutes technologies confondues : 265 000 abonnés sur trois mois, un million en un an. Le câble rénové (entre 30 et 100 Mb/s) connectait 1,345 million de lignes (+25 000 sur le trimestre, +91 000 sur l'année). 

Enfin, le très haut débit à moins de 100 Mb/s (VDSL, câble non rénové, 4G fixe) regroupait 2,25 millions d'abonnés (+76 000 et +373 000). La part exacte de chaque technologie n'est pas connue, le régulateur évitant de fournir le détail pour la 4G fixe, sur laquelle Bouygues Telecom est encore relativement seul.

Arcep T3 2017 très haut débitArcep T3 2017 déploiements fibre
La fibre porte la croissance de l'Internet fixe et Orange déploie toujours la majorité du FTTH

Côté déploiements, 17,1 millions de logements sont raccordables au très haut débit. 9,5 millions de logements sont éligibles à la fibre, la moitié dans les zones très denses (les 100 agglomérations les plus peuplées), suivies des zones moins denses (les agglomérations moyennes où les opérateurs coinvestissent), avec 4,7 millions de lignes et les zones rurales (via des réseaux d'initiative publique) avec 1,1 million de ligne.

Sur le trimestre, les zones moins denses ont concentré les déploiements (menés par Orange et SFR pour les quatre opérateurs), avec 337 000 lignes supplémentaires. Les zones très denses (174 000 lignes) et les réseaux publics ruraux (85 000 lignes). En moyenne, 71 % des lignes ont le choix entre deux opérateurs, et à peine 23 % sur les RIP.

Pour ces réseaux publics, la menace de SFR semble désormais se contenir. Il y a quelques jours, l'opérateur a promis de ne pas concurrencer les réseaux publics existants, en pleines négociations avec le gouvernement sur le mobile (voir notre analyse). SFR a tout de même signé avec une première communauté de communes, de Charente limousine, pour déployer la fibre sans frais, en lieu et place du réseau public du département. Il continuerait par ailleurs sa drague de collectivités locales, par endroits contre les plans déjà établis.

Une carte des déploiements fibre amenée à évoluer

Dans cette publication, l'Arcep ajoute des graphiques pour les principaux indicateurs d'abonnements et déploiements, ainsi que de nouvelles données dans le tableur placé en Open Data. Elle commence enfin à détailler les déploiements de fibre par communes, communautés de communes (EPCI), départements et régions.

Une transparence bienvenue, réclamée de longue date, qui mérite encore d'être mise plus en avant et d'être harmonisée avec l'Agence du numérique. Quand l'agence publie par exemple des proportions de lignes (sans chiffres absolus), l'Arcep prend la démarche inverse, sans référentiel par collectivité.

La carte doit correspondre à ce que publie déjà l'Agence du numérique, avec un cadre légal dont l'agence interministérielle ne peut aujourd'hui se vanter. Deux consultations publiques ont été lancées, pour étendre le champ des données que pourra fournir l'autorité. Les opérateurs ont jusqu'au 4 janvier 2018 pour réagir aux deux futures décisions.

L'observatoire pourrait donc concerner tous les réseaux (cuivre, fibre, câble, radio...), via un référentiel de bâtiments commun (base adresse nationale ou IGN), avec retraitement par l'autorité. Les décisions concerneraient les fournisseurs d'accès d'au moins 100 000 clients, censés fournir le débit théorique atteignable par les clients.

L'enjeu pour l'Arcep sera déjà d'obtenir des informations géographiques cohérentes, ce que les opérateurs ne garantissent pas par eux-mêmes. « Il serait ainsi disproportionné d’imposer aux opérateurs de garantir eux-mêmes la comparabilité des informations à l’échelle du logement ou local pour toutes les technologies et pour tous les opérateurs » écrit l'institution.

Une requête CADA face à l'Agence du numérique

Malgré ses efforts, le régulateur ne fournit pas encore de données détaillées par réseau d'initiative publique. Le 27 octobre, nous avions demandé à l'Agence du numérique, qui gère le plan très haut débit, de publier de nombreux documents et chiffres, qui manquent encore cruellement pour suivre le détail des déploiements.

Après un mois sans réponse, nous avons saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) le 28 novembre, pour enfin obtenir des informations importantes, dont les chiffres et catalogues de services des réseaux d'initiative publique. En parallèle, l'Open Data doit être massivement transféré de l'Agence à l'Arcep, sans qu'aucun interlocuteur ne puisse encore donner le détail des éléments publiés.

En principe, la CADA doit nous répondre sous un mois, même si elle est actuellement en surchauffe, face à l'opacité de nombreuses institutions (voir notre analyse).


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