Numérique en France : progression des usages, vie privée et millions d'exclus d'Internet

10 % sans ordinateur, smartphone ou tablette 18
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Crédits : Filograph/iStock
Téléphonie
Sébastien Gavois

Le smartphone est sans conteste la star du baromètre 2017 du numérique : trois quarts de la population en dispose d'un et près de 70 % l'utilisent tous les jours. L'étude relève par contre d'importantes inégalités en fonction de l'âge et du niveau d'étude. Elle rappelle aussi que près de 7 millions de français ne se connectent jamais à Internet.

La semaine dernière, l'Arcep publiait son Baromètre du numérique. Cette étude de référence permet de « mesurer l’adoption par les Français des équipements et usages numériques [et] détecter les inégalités d’accès qu’elles soient volontaires ou subies ».

Il s'agit d'un sondage réalisé par le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie (CREDOC) pour le régulateur des télécoms, le Conseil général de l'économie et l'Agence du Numérique. L'occasion de faire le point sur l'utilisation des services publics en ligne, aux questions relatives à la vie privée ou aux appareils utilisés.

Ce baromètre regroupe les réponses de 2 209 personnes « représentatives de la population des 12 ans et plus selon la méthode des quotas ». Elles ont été interrogées en face à face à leur domicile.

La téléphonie mobile toujours en hausse, 99 % des 18-24 ans ont un smartphone

En l'espace de cinq ans, le taux d'équipement en téléphonie fixe a perdu 5 points (86 %), tandis que la téléphonie mobile a suivi la tendance inverse, avec 5 points de plus (94 %) sur l'ensemble de la population.  Les smartphones sont également en forte hausse au fil des années : 73 % des 12 ans et plus en ont un, laissant 21 % avec un téléphone mobile classique (contre 50 % en 2011).

Le baromètre propose une analyse plus fine avec une répartition en fonction de l'âge : 86 % des 12-17 ans ont un smartphone, 99 % des 18-24 ans et 92 % des 25-39 ans. La courbe suit ensuite une décroissance rapide jusqu'à 31 % seulement pour les 70 ans et plus.

Le téléphone mobile ou le smartphone est utilisé au moins une fois par jour pour 79 % des sondés, soit presque trois fois plus que le téléphone fixe. Sans surprise, 78 % des personnes trouvent le smartphone très ou assez utile, contre 22 % peu ou pas du tout utile. 

La répartition par tranche d'âge dresse un état des lieux assez particulier sur la téléphonie : le fixe est perçu comme beaucoup moins utile que le smartphone pour les 12 à 50 ans, mais bien davantage pour les 70 ans et plus. Une question de génération, donc. Dans tous les cas, 49 % des Français jugent le fixe utile et 27 % s'en servent tous les jours.

36 % disposent d'un ordinateur, d'un smartphone et d'une tablette

L'ordinateur reste en tête avec un taux d'équipement de 81 % des sondés. Ils sont même 33 % à en avoir plusieurs à la maison. Cette machine, qui fait désormais largement partie de notre quotidien, est jugée utile pour 87 % des sondés et se conjugue avec un téléphone mobile pour 29 % des utilisateurs.

« La part des individus disposant seulement d’un ordinateur perd encore 5 points (pratiquement divisé par 5 en 5 ans) » note l'étude. Ceux disposant d'un ordinateur, d'une tablette et d'un smartphone explosent en l'espace de cinq ans : ils passent de 5 % à 36 %.

10 % des sondés ne disposent ni d'ordinateur, ni de tablette, ni de smartphone, un score en baisse au fil des années : 8 points de moins en cinq ans, 1 point en un an.

Avoir un appareil n'est pas savoir s'en servir

Le niveau d'équipement est donc largement en hausse, mais ne doit pas cacher une situation problématique : « entre trois et quatre personnes sur dix se disent non compétentes (pas très ou pas du tout) pour utiliser les produits technologiques du quotidien » affirme le baromètre.

Là encore, les écarts sont importants en fonction de l'âge : les moins de 40 ans ont le sentiment de compétence le plus élevé (plus de 80 %), et ce, quelle que soit la machine. La chute est ensuite brutale, jusqu'à 20 à 30 % seulement pour les 70 ans et plus.

Si les moins de 60 ans semblent plus à l'aise avec un smartphone, l'ordinateur prend la première place pour les 60 ans et plus. Le niveau d'étude joue également un rôle : plus une personne est diplômée, plus son sentiment de compétence est élevé. Là encore, ce n'est pas une surprise.

La tablette : mal comprise et mal aimée

Si 44 % de la population de plus de 12 ans dispose d'une tablette (en augmentation de 4 points), la croissance s'amenuise depuis quelques années. Quels que soient l'âge et les diplômes, la tablette est l'outil pour lequel le sentiment de compétence est le plus faible. Elle n'est sans doute pas aidée par son taux de pénétration moins élevé que les smartphones et les ordinateurs. 

De plus, si ces derniers sont jugés utiles pour 8 personnes sur 10, la tablette se hisse tout juste au-dessus des 50 %... et dépasse le téléphone fixe de 6 points seulement sur le critère de l'utilité. Enfin, seuls 21 % des sondés indiquent utiliser une tablette tous les jours (soit 6 points de moins que pour le téléphone fixe). 

  • Baromètre du numérique 2017
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90 % de la population accès à Internet, 66 % sur le fixe et le mobile

Passons maintenant à un autre gros morceau de l'observatoire du numérique : l'Internet fixe et mobile. Par rapport à l'année dernière, le taux de connexion fixe est stable à 85 %, tandis que le mobile gagne 11 points à 71%. Le nombre de personnes de 12 ans et plus sans accès à Internet passe de 12 % en 2016 à 10 % en 2017. En moyenne, un peu plus des trois quarts des Français se connectent tous les jours.

Le clivage entre les moins de 40 ans et les autres est là encore flagrant : les premiers utilisent majoritairement un smartphone pour se connecter au Net, tandis que les autres préfèrent l'ordinateur. Nous remarquons une inversion aux extrêmes : les 12-17 ans utilisent à 76 % le smartphone, tandis que les 70 ans et plus sont à 74 % sur un ordinateur. 

Dans le détail des usages, des différences tout de même : travailler, acheter en ligne et envoyer des emails se fait majoritairement sur un ordinateur (plus de 50 % à chaque fois), tandis que les réseaux sociaux passent à 61 % par un smartphone. Jouer en ligne et regarder des vidéos sont plus partagés entre smartphones et ordinateurs, avec une part non négligeable de tablettes dans le dernier cas.

Le jeu en ligne serait quant à lui majoritaire chez les hommes (51 %), alors que le smartphone serait privilégié par les femmes (51%). Les premiers jouent ensuite sur smartphone (35 %) et tablette (9 %), alors que les femmes sont un peu moins d'un tiers à jouer sur ordinateur (29 %) et 16 % sur tablette.

L'Arcep explique que, « même à domicile, les internautes privilégient de plus en plus les connexions à partir du réseau mobile ». Une situation peu étonnante, la quantité de data augmentant allégrement au fils des années, comme les débits de la 4G d'ailleurs.

Forte part de l'ADSL oblige, il n'est ainsi pas rare d'avoir plus de bande passante en 4G qu'en Wi-Fi à son domicile. L'intérêt de repasser sur le réseau domestique est alors bien moindre lorsque l'on dispose de plusieurs dizaines de Go par mois.

Les messageries instantanées prennent du poids

Comme le répètent les opérateurs à longueur de résultats trimestriels, « les usages sur le mobile sont en nette hausse » avec 7 à 11 points en un an suivant les cas. Les messageries instantanées sont en tête du classement avec 11 points, suivies par les vidéos en streaming (10 points), la navigation sur Internet (9 points), la téléphonie par messagerie instantanée (8 points) et enfin le téléchargement d'applications avec 7 points.

Là encore, la répartition suivant l'âge donne d'importantes différences, les jeunes étant bien plus consommateurs de mobile que leurs ainés. Seule donnée à sortir du rang : les emails sont en dernière position chez les 12 à 17 ans (52 %), qui lui préfèrent les messages instantanés (66 %), alors que les courriels passent à 92 % pour les 18/24 ans, avant de redescendre.

« 44 % des Français utilisent des applications pour téléphoner ou envoyer des messages textes depuis leur mobile, et 56 % en comptant l’interface de l’ordinateur » indique l'observatoire. Les applications sont par contre encore loin de détrôner les SMS/MMS et les appels : « un Français sur dix utilise plus souvent les messageries instantanées que les services classiques pour les messages et appels ».

Nous retrouvons la même tendance sur les réseaux sociaux, largement plébiscités par les moins de 40 ans (avec un pic pour les 18-24 ans). Depuis deux ans, l'observatoire note un regain d'intérêt pour les 40 à 70 ans.

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Fin des frais de roaming : les français moins informés que la moyenne des Européens 

Alors que le règlement est en place depuis près de six mois (voir notre analyse), seuls 59 % des Français sont informés de la fin des frais de roaming dans l'Union. Un score largement inférieur à la moyenne sur le vieux continent : 71 %.

Entre juin 2010 et juin 2017, les Français utilisent plus leur smartphone à l'étranger, que ce soit pour passer des appels, envoyer des SMS ou naviguer sur Internet. Interrogés par nos soins, les opérateurs nous annoncent également avoir enregistré une hausse notable des usages en itinérance depuis cet été.

Rappelons tout de même que la fin des frais n'est valable que dans l'Union européenne, sauf mention particulière de votre opérateur. Des destinations comme Andorre et la Suisse ne sont ainsi pas toujours incluses, ce qui peut rapidement conduire à des factures astronomiques si vous n'êtes pas attentif.

L'administration en ligne progresse rapidement

Le Conseil général de l'économie (CGE) se félicite que 67 % des sondés aient accompli une démarche administrative en ligne au cours des douze derniers mois, soit 5 points de plus que l'année dernière et surtout 14 points de plus qu'il y a deux ans.

Cette fois encore l'« usage dépend plus particulièrement du niveau de diplôme, de l’âge et des revenus : 90 % des diplômés du supérieur, 89 % des 25-39 ans, 81 % des hauts revenus ». La France se place ainsi à la 8e position européenne, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni avec respectivement 55 et 53 %. La moyenne européenne n'est que de 48 %.

Les internautes méfiants face aux notes, commentaires et réseaux sociaux

Dans un registre différent, le CGE explique que la « La confiance dans les notes, commentaires et évaluations sur internet a augmenté de 6 points depuis 2015 ». Néanmoins, ce constat ne doit pas en cacher un autre : moins d'un internaute sur deux à très ou assez confiance dans les notes, commentaires et évaluations sur Internet à propos des hôtels, restaurants et produits ; il reste donc encore beaucoup de travail sur ce point.

Pire, le taux de personnes ne faisant pas du tout confiance est stable à 18 % par rapport à 2015, tandis que celui des personnes ayant peu confiance baisse d'un point à 33 %. La différence de six points sur l'ensemble de la population vient en grosse partie des indécis qui passe de 7 à 3 %.

Ce manque de confiance se retrouve évidement sur les achats en ligne, malgré un niveau de commandes élevé. Si 61 % des internautes sont passés à l'acte au cours des douze derniers mois, leur crainte principale concerne la sécurité des paiements : 59 % des personnes ont même renoncé à un achat en ligne par manque de confiance au moment de payer. 

D'autres éléments, comme le fait de ne pas voir les produits, de ne pas connaitre l'entreprise, les délais de livraison, etc. sont également des facteurs d'hésitation, mais dans une mesure bien plus faible.

Un phénomène qui ne s'arrête pas là : « les Français n’ont pas confiance dans les informations relayées sur les réseaux sociaux » non plus. Le score est sans appel : 73 % ont peu ou pas du tout confiance, contre 21 % assez confiance et 2 % très confiance dans cette source d'information.

Protection des données personnelles : les français vigilants 

« Le manque de protection des données personnelles est le premier frein à l’usage d’internet cité par les Français (33%) » affirme le rapport.  Les plus inquiets sont les 18-24 ans (40 %), « tandis que les plus jeunes se sentent aussi peu concernés que leurs aînés (moins d’un quart) ».

Le rapport affirme également que 69 % des Français « ont par exemple renoncé à installer une application afin de protéger leurs données personnelles, et 34 % ont pris des dispositions en souscrivant à un service de sécurisation des paiements en ligne ». 68 % ont également renoncé à publier, ou bien supprimé un message des réseaux sociaux. 

Si 69 % des sondés ont également refusé d’être géolocalisés en ouvrant une page internet ou dans une application, près d’une personne sur deux (48 %) a pris des dispositions pour ne pas laisser de traces sur internet et une sur six (17 %) a même déjà éteint son téléphone mobile pour éviter d’être tracée. 

Mais là encore on note des disparités selon l'âge et le niveau d'éducation, certains ne prenant aucune précaution : « 56 % des 70 ans et plus et des non-diplômés sont dans ce cas. C’est également le cas de 42% des retraités. Les sexagénaires (26 %) et les personnes au foyer (29 %), les personnes vivant dans un foyer disposant de bas revenus (27 %) sont également peu précautionneux ».

L'étude nous apprend également qu'« en moyenne, les répondants disent avoir pris 4 précautions (5 précautions pour ceux qui en ont pris au moins une). Dans le détail, 19 % des personnes interrogées n’ont jamais pris aucune des précautions évoquées alors qu’à l’inverse 4 % les ont toutes déjà prises [...] Les plus précautionneux de tous sont les membres des professions intermédiaires, puisque 52 % d’entre eux ont pris six précautions ou plus. Les cadres (46 %), les moins de 40 ans, les diplômés du supérieur (44 %) figurent également parmi les plus prudents ».

L'entrée du règlement RGPD et d'ePrivacy l'année prochaine pourrait dans tous les cas aider à renforcer le sentiment de sécurité des utilisateurs, en mettant davantage la pression sur les éditeurs et sites web et en renforçant le cadre de la récolte du consentement pour la collecte et l'utilisation des données. 

Pour les actifs, les nouvelles technologies aident à concilier vie privée et professionnelle

Un actif sur trois apporte tous les jours son smartphone ou sa tablette personnel au bureau pour l’utiliser à des fins professionnelles note l'étude. Cette dernière se demande ensuite comment le mobile permet de concilier vie privée et vie dans l'entreprise.

Pour plus de la moitié des actifs (en hausse de 12 points), les nouvelles technologies permettent de mieux concilier les deux, alors que 33 % estiment au contraire qu'elles empiètent trop sur leur vie privée. Poussés par les nouvelles technologies, l'appétence pour le télétravail se confirme avec 39 % des sondés prêt à sauter le pas. Si le patron donne son accord.

Enfin, l'agence du numérique indique que « seulement 50 % de la population active dit profiter pleinement ou assez largement des possibilités offertes par le numérique », quand « 58 % des individus disent ne pas en profiter dans leur vie citoyenne ». Ils sont par contre largement prêts à adopter les nouvelles technologies : 24 % immédiatement, 52 % progressivement.

  • Baromètre du numérique 2017
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Toujours des inégalités et des exclus d'Internet

Pour résumer, les usages progressent et le mobile prend de l'ampleur au fil des années, des arbres qui ne doivent pas faire oublier le reste de la forêt : « En 2017, 12 % de la population âgée de 12 ans et plus, soit près de 7 millions de nos concitoyens, ne se connectent jamais à Internet, et autant considèrent qu’Internet est trop compliqué à utiliser ».

Une situation problématique alors qu'un nombre croissant de services passent au tout numérique. Derniers exemples en date : les permis de conduire et cartes grises.

Les inégalités ne s'arrêtent pas là : « En moyenne, un tiers des Français s’estime peu ou pas compétent pour utiliser un ordinateur, soit 18 millions de nos concitoyens : ils sont 40 % parmi les personnes ayant des bas revenus, 74 % parmi ceux qui n’ont aucun diplôme, et tout de même 17 % parmi les plus jeunes (moins de 18 ans) ».

Dernière source de fracture numérique mise en avant dans l'observatoire : « Les habitants de l’agglomération parisienne ont des pratiques légèrement plus élevées que les ruraux ». Cela concerne tous les domaines : Internet, démarches administratives, achat en ligne, réseau social, économie collaborative, etc.

Une conclusion partagée par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat chargé du numérique : « Nous devons tout faire pour répondre aux besoins des Français, et pour cela renforcer l’accompagnement et la formation de tous ceux qui le souhaitent » explique-t-il dans un édito publié en préambule du baromètre... sans donner plus de détails sur les moyens d'y arriver.


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