Dans le domaine du stockage en ligne, Amazon Drive pourrait faire bien plus

Du potentiel à la réalité 28
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Vincent Hermann

Dropbox, OneDrive, Google Drive, iCloud Drive : difficile d’aborder les services de stockage en ligne sans évoquer un autre géant du secteur : Amazon. Comme nous allons le voir pourtant, ce ne sont pas forcément les cordonniers les mieux chaussés.

Amazon est véritablement un géant du service en ligne. Bien que le site principal de l’entreprise soit sa titanesque boutique, ses prestations dans le domaine du cloud en font depuis plusieurs années le leader dans ce domaine.

C'est notamment le cas via EC2, ou Amazon Elastic Compute Cloud : des instances de serveurs (machines virtuelles) que les clients peuvent gérer comme ils l’entendent à distance. Il en est de même pour son dispositif de stockage S3, utilisé par de nombreuses applications. Mais des dizaines d'outils du même genre sont à la disposition des développeurs.

Cependant, si Amazon est une référence pour les professionnels, il ne l’est pas nécessairement pour le grand public. L’éditeur propose depuis plusieurs années son Amazon Drive, partant sans doute du principe qu’en maître du stockage distant, il était logique de proposer un tel service. Mais l’ergonomie d’un tel produit requiert une attention particulière.

Notre dossier sur les offres de stockage en ligne :

5 Go offerts : le minimum

Amazon Drive se compare plus volontiers à Google Drive qu’aux autres solutions concurrentes. Une fois le client installé, on comprend vite pourquoi : la solution d’Amazon fait autant dans la sauvegarde que dans la synchronisation des fichiers.

Mais la formule de base ne propose que 5 Go d’espace, qui se prête beaucoup moins à la sauvegarde que les 15 Go de Google. Amazon peut cependant profiter qu’un grand nombre d’internautes ont déjà un compte, ne serait-ce que pour réaliser leurs achats sur la boutique.

D’autant que, comme nous allons le voir, les abonnés Prime (anciennement Premium) ont des avantages supplémentaires

Des formules pas toujours très attractives

Les 5 Go de base seront rapidement plein selon l’utilisation. Au-delà il existe d’autre offres, dont une qui repose sur Amazon Prime. Ce qui ne devait être initialement qu’un abonnement facilitant la vie des gros acheteurs de la boutique se transforme petit à petit en formule tout-en-un débloquant d’autres services, comme l'offre de SVOD Prime Video.

Un client Prime continuera d’avoir droit à 5 Go, mais obtiendra en revanche un stockage illimité pour les photos. En dépit des apparences, ce n’est pas forcément une solution simple, l’utilisateur devant réfléchir aux types de données pour savoir ce qu’il faut décompter ou non.

Et si l’utilisateur souhaite pouvoir stocker plus de données, quel qu’en soit le format ? La situation se complique. Jusqu’à peu, il était possible de souscrire à l’offre illimitée, disponible pour 70 euros par an. Une formule particulièrement avantageuse. En juin dernier, Amazon avait pourtant prévenu que cette offre serait supprimée. La France semblait épargnée, mais la période de grâce est terminée. Depuis le 1er décembre, les abonnés reçoivent un email les avertissant de cette fin, l’abonnement en cours étant maintenu jusqu’à échéance.

Les utilisateurs devront donc passer par une nouvelle grille de tarifs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est beaucoup moins intéressante. Premier cran, 100 Go pour 19,99 euros par an, ce qui reste raisonnable. En revanche, on passe tout de suite après à 1 To pour 99,99 euros par an.

La tarification d’Amazon est ensuite des plus basiques : comptez environ 100 euros par To et par an. Vous souhaitez l’offre maximale de 30 To ? Pas de problème, il suffira de payer les 2 999,70 euros par an réclamés :

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C’est peu dire que cette nouvelle facturation est une douche froide pour les abonnés en illimité. Même l’offre à 1 To n’est guère enthousiasmante : pour le même prix, OneDrive propose aussi 1 To, mais fournit en plus la suite Office complète pour cinq personnes d’un même foyer.

Seule l’offre Prime nous parait intéressante avec le stockage illimité des photos, car il dispose d’un argument de poids face à Google Photos par exemple : il n’impose pas de qualité maximale. L’utilisateur peut vouloir augmenter l’espace de stockage pour les autres fichiers, mais au vu des tarifs et d’autres points abordés dans ce dossier, il a tout intérêt à comparer les formules concurrentes.

Ergonomie générale et gestion des données

Pour gérer ses données dans Amazon Drive, il faut commencer par installer le client qui est proposé pour macOS et Windows. Autant le dire tout de suite, certains aspects sont tellement peu fignolés que l’ensemble renvoie un sentiment d’amateurisme qui cadre assez peu avec une entreprise comme Amazon.

Alignements étranges des éléments, textes trop gros ou trop petits, organisation générale des fenêtres, textes coupés par manque de place, couleurs : rien ne va ou presque. Le processus d’installation, tout comme le client, donnent l’étrange impression qu’Amazon a fait au plus vite sans s’attarder un seul instant sur les détails.

Le premier lancement du client affiche surtout la fonction de sauvegarde. Le Drive et sa synchronisation doivent s’activer dans les options, réclamant alors un redémarrage du client. Un fonctionnement presque anachronique. Ensuite seulement Amazon Drive apparaît dans la barre latérale de l’Explorateur sous Windows ou du Finder dans macOS.

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Une fois ce raccourci en place, Amazon Drive présente par défaut trois dossiers préconstruits : Documents, Images et Vidéos. On peut donc ranger ses données comme on le souhaite et, normalement, toutes les photos placées dans Images seront reconnues comme telles et non décomptées des 5 Go.

Pour le reste, on peut effectuer les opérations classiques de gestion des fichiers, avec suppression, modification, déplacements, copies et autres. Les changements sont synchronisés immédiatement : Amazon Drive est sans doute le service le plus réactif que nous ayons testé. Un constat malheureusement gâché par une ergonomie assez catastrophique et une fiabilité pas toujours au rendez-vous.

Durant nos tests, nous avons déplacé une série de dossiers vers Documents, contenant des centaines de petits fichiers bureautiques notamment. Le client d’Amazon s’est complètement affolé, comme s’il était complètement incapable de gérer une file d’attente d’environ 500 documents. Résultats, un taux d’occupation processeur de 100 % et un client à fermer complètement pour le calmer. Le relancer lui a permis de mener à bien son opération.

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On se demande également pourquoi Amazon a cru bon d’ajouter deux raccourcis sur le bureau pour son Drive, plutôt qu’un seul. L’envoi vers la partie Sauvegarde du client, l’autre vers Synchronisation. Mais il s’agit de deux onglets de la même fenêtre principale. Un choix qui complique sans raison l’utilisation générale, particulièrement pour un nouvel utilisateur. 

Ce « surplus » se retrouve dans le choix même des onglets. Sauvegarde désigne les dossiers que l’on souhaite sauvegarder automatiquement, Chargements et Téléchargements les données que l’on souhaite envoyer ou recevoir sans synchronisation, tandis que Synchronisation, justement, parle de lui-même. Tant de détails et de comportements différents qu’on se perd un peu dans la philosophie générale du produit. On est très loin de l’intégration claire d’un Dropbox ou d’un OneDrive.

Pour le reste, les capacités offertes par Amazon Drive sont très basiques. Par exemple, une corbeille gardant les fichiers 30 jours, mais aucun historique des fichiers n’est disponible. L’interface web limite l’envoi des données à 2 Go par fichier, mais la taille maximale est de 48,52 Go, exploitable par les clients pour macOS et Windows.

Synchronisation : un fonctionnement basique et rien d’autre

Amazon Drive ne propose qu’un seul mode de synchronisation pour les fichiers : le classique. Les données sont rapatriées et en cas de modification, les changements sont envoyés au serveur, qui les répercute alors sur les autres appareils. Le cœur d’un Drive finalement. Tout juste peut-on choisir les dossiers à synchroniser, mais rien de plus.

Pas question donc de synchronisation partielle façon SmartSync de Dropbox ou Files-On-Demand chez OneDrive. Dommage, d’autant plus que l'éditeur propose des offres allant de 1 à 30 To. Même si leurs tarifs ne sont pas forcément intéressant, un utilisateur stockant plusieurs To de données aurait pu apprécier de n’afficher que des empreintes de ces fichiers, ne les téléchargeant alors qu’en cas d’ouverture.

Les applications mobiles ne proposent pas non plus de synchronisation hors ligne. Tous les concurrents le font, permettant à l’utilisateur de télécharger des fichiers ou dossiers afin de pouvoir y accéder si le réseau vient à manquer. Avec Amazon Drive, mieux vaudra donc toujours avoir de la 4G ou du Wi-Fi sous la main.

Applications mobiles : encore et toujours la dichotomie

La société propose des applications mobiles pour Android et iOS, autant dire les deux seules plateformes comptant vraiment pour l’immense majorité des éditeurs. Mais au lieu d’en fournir une seule, centrée sur le Drive, on en trouve deux.

De la même manière que les icônes du Bureau renvoyaient vers des onglets du même client, les deux applications visent des fonctions liées :  le Drive lui-même et les photos, mais uniquement pour les abonnés Prime.

La plupart des utilisateurs se serviront d’Amazon Drive, qui fournit les mêmes services sur Android et iOS. Gestion basique des fichiers, téléchargements, upload, consultation des documents, synchronisation. Et c’est tout. Comparé aux offres concurrentes, ces applications mobiles font bien peu, mais sont finalement à l’image du reste du service : Amazon fournit le minimum.

Quant à l’autre application, Prime Photos, son nom dit tout. Elle est réserve aux abonnés Prime ayant stocké des photos dans le Drive, ou voulant un moyen simple de sauvegarder toutes les photos prises depuis l’appareil mobile. Une fonction que l’on retrouve chez pratiquement tous les concurrents, mais pleinement intégrée – sous forme d’onglet en général – dans l’unique application mobile.

On ne comprend pas bien le choix d’Amazon encore une fois. Il aurait été beaucoup plus simple d’avoir une seule application pour toutes les fonctions liées au Drive. Cette philosophie assez peu logique donne une fois de plus l’impression que l’entreprise n’a pas vraiment réfléchi à l’ensemble, comme si elle s’était contentée d’aligner des fonctionnalités sans fil conducteur.

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Gestion des photos

Pas de surprise ici, la gestion des photos faisant l’objet d’un traitement distinct. Que l’on ait une formule gratuite ou payante, elles sont repérées dans le Drive (formats JPEG, BMP, PNG, GIF, la plupart des TIFF, HEIF, HEVC, et RAW) et peuvent être consultées via une interface dédiée via le site web. Sous Windows ou macOS, l’installation du client n’inclut pas d’interface spécifique, puisqu’elle permet simplement de gérer ses données dans l’Explorateur ou le Finder.

Ce fonctionnement ressemble en fait à celui retenu par Google, avec d’un côté le Drive et de l’autre son service Photos. À ceci près que ce dernier propose un stockage illimité à condition que les photos ne dépassent pas les 12 mégapixels. Il prend cependant en charge aussi les vidéos, tant qu’elles ne dépassent pas le 1080p. La formule Prime ne s’occupe pas des vidéos, mais n’impose pas de limite de pixels sur les clichés.

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Fonctionnalités de partage

Amazon Drive ne propose pas une longue liste de fonctionnalités pour partager ses fichiers. Sans aucune intégration dans Windows et macOS via le client, il faudra passer par l’interface web ou l’application mobile.

Dans les deux cas, l’opération est simple. Pour la première, on sélectionne le fichier ou le dossier via la petite case à sa gauche, puis on clique en haut sur Partager. Pour la seconde, on passe par la flèche située à droite de l’élément pour faire apparaître un menu.

Amazon ne s’embarrasse pas de détails pour le partage. La seule fonction proposée est le lien, que l’on pourra copier pour le coller dans une autre application (de messagerie par exemple), ou l’envoi par email ou sur les réseaux sociaux. Auquel cas il faudra que vous vous soyez déjà connecté à l’un des services dans le même navigateur pour ouvrir la page dédiée.

Pas de limite de temps pour une révocation des liens et pas de protection supplémentaire de type mot de passe. Dans l’interface web, on trouve quand même dans la colonne de gauche une zone dédiée aux partages, permettant de révoquer les liens actifs.

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Sécurité : entre manque de détails et déceptions

Amazon ne fournit que peu d’informations sur sa sécurité, un autre point étonnant… et qui a de quoi rendre largement suspicieux. Ce d’autant plus que ces informations se trouvent très facilement chez la concurrence.

Tout juste trouve-t-on quelques phrases par-ci par-là, réparties sur de très nombreuses fiches explicatives complètement éclatées. Par exemple, l’utilisation de SSL pour protéger les transferts de données entre les clients et serveurs.

Mais qu’en est-il des communications entre les serveurs ? Quel chiffrement est appliqué lors de ces déplacements ? Les données sont-elles chiffrées sur les serveurs ?

Nous avons posé ces questions à l’éditeur, et n’avons eu qu’une seule réponse : les données stockées ne sont pas chiffrées. Certes Amazon utilise ses datacenters et la sécurité est globalement celui des unités de stockage S3. Il est bien indiqué pour ces dernières d’ailleurs que le chiffrement des données au repos est une option. De toutes les solutions testées, Amazon Drive est la seule à ne pas entériner cette pratique par défaut.

Sur la protection du compte lui-même, on trouve bien l’authentification à deux facteurs, mais rien de plus. La prise en charge des clés U2F n’est pour l’instant pas assurée.

Des fonctionnalités minimales, un décalage grandissant avec les prix

Amazon Drive est un cas curieux. Avec OneDrive, il est symptomatique de cette aventure dans laquelle se sont lancées certaines entreprises en proposant du stockage illimité à des tarifs très raisonnables. Des offres qui n’ont pas tenu avec le temps, soulignant un paradoxe : plus les moyens de ces entreprises augmentent, moins les formules illimitées perdurent.

À dire vrai, on attendait mieux, beaucoup mieux même du géant du cloud, toujours aujourd’hui dans une position de leader. Il suffit de regarder ses dernières annonces pour avoir une idée de l’ampleur de ses moyens. Et pourtant, Amazon Drive nous semble difficile à recommander.

La faute avant tout à une palette fonctionnelle très limitée. Amazon se contente du minimal, ne proposant ni synchronisation hors ligne sur les applications, ni historique des fichiers, ni beaucoup des fonctions qu’on retrouve partout ailleurs. Les performances sont au rendez-vous, mais elles ne suffisent pas.

Ce manque d’ambition s’accompagne d’un manque de moyens. Comment expliquer sinon la réalisation peu fiable des clients de connexion ? Ils ne sont guère pratiques à utiliser, particulièrement pour un novice dans ce domaine, avec des raccourcis redondants et des interfaces mal ficelées. L’attention portée aux détails parait, elle aussi, minimale, avec des textes dépassant des cadres. Sans parler des bugs qui rendent parfois l’utilisation pénible, voire impossible.

On ne comprend pas bien cet écart si important entre l’expertise d’Amazon dans le domaine du cloud et la réalité de ce service proposé au grand public. Le Drive, actuellement, est clairement un citoyen de seconde classe au sein de l’offre du géant. Seuls les acharnés de la photographie pourront y trouver un intérêt s’ils s’abonnent à l’offre Prime, qui aura le mérite d’être rapidement rentable, surtout pour l’internaute qui commande souvent sur la boutique.

À moins que l’utilisateur ne soit spécifiquement à la recherche d’une solution de stockage pour les photos, nous ne recommandons donc pas Amazon Drive dans sa forme actuelle.


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