iCloud Drive : analyse d'un service de stockage surtout pensé pour les aficionados d'Apple

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Apple TEST
Vincent Hermann

Après Dropbox, OneDrive et Google Drive, voici venu le tour d’iCloud Drive. Bien que techniquement présent sur le créneau du stockage distant, Apple est pourtant un candidat particulier. Ses services sont en effet destinés avant tout aux propriétaires de produits de la marque.

Difficile d’aborder les offres de synchronisation des données sans parler d’Apple. La société de Cupertino propose de tels services depuis bien longtemps, même s’ils n’ont pas toujours été réunis sous l’appellation iCloud.

On se souvient qu’avant le passage à la gratuité, l’offre se nommait MobileMe et était payante. Une transformation qui s’était faite dans la douleur, tant Apple avait élagué à l’époque les fonctionnalités. Plus récemment, iCloud a intégré un espace de stockage. Est-il pour autant utilisable par n’importe qui comme chez la concurrence ?

Pas vraiment, car il est conçu pour accompagner le compte iCloud, dont la création est favorisée par l’achat d’un appareil Apple. Pour autant, il reste possible d’en avoir un sans remplir ces conditions.

Notre dossier sur les offres de stockage en ligne :

Le Drive, comme une concession d’Apple

Le compte iCloud intègre depuis longtemps un espace de 5 Go. Le fonctionnement est le même que pour un compte Google ou Microsoft : ces quelques Go servent au stockage de l’ensemble des données synchronisées par le compte : contacts, photos, calendriers, les données d’une partie des applications et ainsi de suite.

Avec le temps, Apple a fini par se décider à donner aux utilisateurs une plus grande maîtrise de cet espace. Est donc arrivé le Drive, qui permet de stocker des données comme on le souhaite dans le compte, si tant est que la place libre y soit encore suffisante.

Le Drive ne s’utilise presque exclusivement que depuis un produit Apple. Or, dans le cas des appareils mobiles, les sauvegardes effectuées sont par défaut synchronisées dans le compte iCloud. En fonction du remplissage de votre iPhone ou iPad, la marge pourra donc être réduite.

En d’autres termes, le Drive risque d’avoir peu à offrir en fonction de l’usage que fait déjà l’utilisateur du compte iCloud, du nombre d’appareils qu’il possède et des applications qu’il utilise.

Un accès limité

Dès lors qu’un appareil Apple dispose d’une session alimentée par le compte iCloud de l’utilisateur, il dispose du Drive. Sur un Mac, il apparait dans la colonne de gauche du Finder, comme le ferait un Dropbox, un OneDrive ou un Google Drive.

Sur iOS, la version 11 a introduit l’application Fichiers, qui gère les accès au Drive, permettant pour certaines applications de voir les fichiers créés. La seule concession faite par Apple, outre évidemment l’accès web via iCloud.com, est Windows. Il faut récupérer le client de synchronisation depuis le site officiel, qui pèse la bagatelle de 145 Mo, un poids bien élevé.

Une fois installé, il est responsable de la synchronisation de certaines données, notamment les contacts et agendas, avec quelques logiciels comme Outlook. Notez par contre que cet installeur (d'un autre temps) réclame que Windows Media Player soit présent, exige que certaines applications (dont Outlook) soient fermées et réclame un redémarrage. Comparée à l'installation de Dropbox, celle d'iCloud fait un peu peine à voir.

Il peut également donner accès au Drive, permettant alors une gestion classique des données depuis l’Explorateur. Elles pourront être lues, modifiées, supprimées ou ajoutées. Un accès spécifique aux photos peut également être affiché, mais il ne faudra pas en demander plus. Apple faisant bien peu d'efforts pour le client Windows, il ne faudra d'ailleurs pas s'étonner de voir des dossiers arborer des icônes de dossiers datant... de Vista.

Conséquence directe de cette disponibilité très limitée, il n’y aucune application mobile, si l’on excepte Fichiers dans iOS. Apple ne s’est assuré que du strict minimum dans ce domaine. Entre autres.

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Des forfaits payants assez bon marché

Les différents abonnements fournis par Apple sont, au risque d’en surprendre beaucoup, les moins chers vus jusqu’à présent. Pour autant, l’utilisateur devra certainement y faire rapidement appel s’il compte profiter de tous les services de sauvegarde et synchronisation sur ses appareils.

Au vu de l’évolution actuelle des applications et du poids global des fichiers, un espace de 5 Go sera très rapidement rempli. Pour 1 euro par mois, Apple propose donc de passer à 50 Go, ce qui devrait être largement suffisant dans la plupart des cas. Les deux autres forfaits ne sont guère onéreux :

  • 200 Go : 2,99 euros par mois
  • 2 To : 9,99 euros par mois

C’est globalement moitié moins que ce que propose les plus gros concurrents. Il faut cependant apporter quelques précisions. D’abord, et comme déjà dit, iCloud Drive fonctionne quasiment en vase clos. Certes vous n’aurez que 1 To pour 9,99 euros par mois ailleurs, mais qu’il s’agisse de Dropbox, OneDrive ou Google Drive, cet espace sera disponible de presque partout.

Par ailleurs, Dropbox et Microsoft fournissent dans leur abonnement nombre de fonctionnalités supplémentaires. À tarif égal, Microsoft par exemple procure la suite Office complète pour cinq utilisateurs d’un même foyer, sur Mac ou PC, avec chacun 1 To.

La tarification d’Apple est donc avantageuse, mais elle est plus difficilement exploitable sortie du jardin Apple, et n’apporte rien de plus que de l’espace de stockage.

Les différents types de synchronisation : une certaine rigidité

Comme dans tous nos articles précédents, il est temps désormais de se pencher sur les différents types de synchronisation dont est capable iCloud Drive.

On commence donc avec les grands classiques. Le Drive d’Apple sait-il procéder à de la synchronisation sélective, c’est-à-dire en choisissant les dossiers que l’on souhaite réellement rapatrier sur le disque d’un ordinateur ? Non. Il fonctionne sur la règle du tout ou rien. Dommage, surtout quand on sait que les différentes formules proposées permettent de faire rapidement grimper l’espace disponible.

Ce mécanisme basique s’accompagne d’une autre absence : la synchronisation partielle. Pas question pour l’instant chez Apple de mettre en place un concurrent de SmartSync ou de Files-On-Demand : les fichiers sont pleinement synchronisés ou ne le sont pas.

On note quand même une petite exception : la sauvegarde des documents et du Bureau. Cette option, apparue avec Sierra, permet à macOS d’envoyer directement dans iCloud tous les fichiers présents sur le Bureau et dans le dossier Documents, sous réserve que l’espace soit suffisant. La fonction sert normalement à avoir toujours ses données principales avec soi quand on passe d’un Mac à un autre.

Dans le cas où cette synchronisation est active, on trouve une option dans le panneau de réglages d’iCloud permettant d’ « optimiser le stockage du Mac ». Dans ce cas, et uniquement dans celui-là, iCloud se contentera de télécharger les données les plus récentes, pour économiser de la place. Le mécanisme sert par exemple à ne pas plomber un SSD un peu plein. Mais il n’est pas aussi efficace qu’une sélection des dossiers ou l’affichage de simples empreintes accompagnées de leurs métadonnées.

La synchronisation hors ligne est présente dans l’application Fichiers, disponible avec iOS 11. De là, on peut appuyer sur un fichier pour que son téléchargement soit lancé. Une fois le fichier récupéré, toute modification entrainera une synchronisation en retour. Dommage, Fichier manque de certaines fonctions assez basiques. Par exemple, examiner un dossier de photos n’affiche des miniatures pour ces dernières que si elles ont été téléchargées.

Et pour le reste ? iCloud Drive gère bien la compression. Nous avons repris le test du fichier vide de 10 Mo. Une fois placé dans le dossier, la synchronisation se fait en à peine plus d’une seconde. Sur un iPhone, le fichier est également très vite téléchargé. Un bon point donc, qui peut avoir des bénéfices importants sur la bande passante et la consommation des données, selon le forfait.

Malheureusement, les autres types de synchronisation sont absents. iCloud Drive n’utilise ainsi pas le réseau local pour répliquer sur les autres machines connectées les nouvelles données. Elles font donc l’aller-retour avec les serveurs d’Apple. Dommage encore une fois, tant la fonction peut soulager une connexion Internet. iCloud Drive ne possède pas non plus de synchronisation différentielle et ne sait donc pas calculer le delta entre deux versions d’un fichier pour n’envoyer que les données concernées. Il y a cependant une exception.

Cette carence est vraie pour la plupart des données, mais pas les fichiers issus des applications compatibles avec l’API Versions. Il s’agit bien sûr d’une subtilité, car n’est dans ce cas pas le Drive qui gère le delta des modifications, mais l’API elle-même, se servant d’iCloud pour stocker les données. Les données compatibles, comme déjà signalé, se repèrent par leurs dossiers respectifs dans le Drive, frappés en général de l’icône de l’application correspondante.

Dans les grandes lignes, iCloud Drive affiche donc une certaine rigidité dans sa synchronisation. Apple devrait cependant se pencher plus activement sur la question, car certaines fonctions – particulièrement la synchronisation du bureau et de Documents – consomment beaucoup de bande passante. Quelques ajouts pourraient donc rendre l’ensemble bien plus efficace.

La gestion des données

Ce chapitre ne réserve pas de surprises particulières. Une fois le Drive présent dans le Finder ou l’Explorateur, il se présente et s’utilise comme n’importe quel autre dossier… ce qui est précisément ce que l’on demande à un Drive.

Les fichiers et dossiers peuvent donc être ouverts, modifiés, créés ou supprimés. C’est aussi vrai sur macOS et Windows que dans iOS ou la version web. Rien de bien incroyable dans tous les cas, mais on pourra tout de même mettre en avant la simplicité d’utilisation de l’ensemble. Y compris sur iOS où le glisser/déposer fonctionne particulièrement bien.

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On notera dans le cas de la plateforme mobile que l’application Fichiers s’appelait précédemment Drive. L’accès à ce dernier y est toujours, mais son rôle a évolué pour donner accès à certaines données locales ainsi qu’aux services compatibles. Dropbox par exemple prend en compte l’API liée dans iOS 11 et expose ses données via l’interface de Fichiers.

On formulera un petit bémol pour la version web. On aurait aimé que le clic droit de la souris fasse apparaître un menu dédié, par exemple pour reprendre celui du Finder, au lieu du classique menu contextuel du navigateur utilisé. Il faudra donc se contenter du clic gauche et de la sélection de fonctions dans la barre du haut.

Côté poubelle, on retrouve la classique barrière des 30 jours, au-delà desquels les données sont définitivement supprimées, quel qu'en soit le type. Une limite de temps qu'on ne peut pas augmenter, même si on prend un forfait payant. En outre, iCloud Drive ne propose pas en lui-même un historique des fichiers.

Cependant, il est compatible avec Versions, via les API de macOS et iOS. Les différentes moutures d'un document créé avec Pages par exemple seront ainsi prises en compte.

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L'application Fichiers sous iOS, la dernière capture montre l'intégration de Dropbox

Stockage des photos et vidéos

Cette partie est un peu plus complexe, en raison de la manière dont est géré l’espace de stockage. On peut comparer la situation à celle de Google Drive si le réglage « Qualité originale » est sélectionné. En clair, toutes les photos synchronisées par iCloud sont décomptées de l’espace fourni.

Dans la pratique, en particulier avec des appareils récents, la consommation de cet espace peut se faire à toute allure, surtout si on mitraille gaiment tout ce qui passe. C’est un point dont l’utilisateur devra se méfier.

Par défaut, la configuration d’un appareil iOS active la Photothèque iCloud. Pour peu que l'espace de stockage interne ne soit pas bien vaste, il va se remplir rapidement, pouvant provoquer alors un message désagréable : plus de place pour les sauvegardes iCloud. À moins de passer à une formule supérieure, l’utilisateur risque d’avoir à choisir.

Le souci ne se réduit pas avec les modèles disposant de plus d'espace : partant du principe qu’il a assez de place pour tout photographier, l’utilisateur peut avoir la même déconvenue.

Bien que ces contenus se synchronisent avec iCloud, ils ne sont pas disponibles directement dans le Drive. Leur consultation devra passer par l’application Photos d’iOS, ou celle de macOS. Ouvrir le Drive depuis le Finder n’affichera aucun dossier Photos. Idem sous Windows : le client sépare le Drive et l’accès aux photos et vidéos. Dans la version web d’iCloud, le menu des services fait apparaître lui aussi une icônes Photos.

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L'application Photos sous macOS

Dans le cas où vous ne voudriez rien dépenser pour un forfait iCloud, il reste possible de désactiver la photothèque et de s’appuyer sur de bonnes vieilles sauvegardes complètes via iTunes. Avec la contrainte bien sûr de devoir brancher le téléphone à un ordinateur et de laisser le logiciel d’Apple faire son travail.

Si vous avez au moins un iPhone 7 et la dernière version d'iOS, notez que vous pouvez basculer sur le duo de formats HEIF/HEVC pour les photos et vidéos, comme nous l'indiquions dans notre dossier consacré à iOS 11. En moyenne, les contenus consommeront entre 30 et 40 % d’espace en moins. Attention cependant : l’activation du réglage ne vaudra que pour les nouveaux contenus, iOS ne plongeant pas dans les archives pour convertir les photos et vidéos existantes.

Fonctionnalités de partage

Le partage n’est clairement pas le point fort d’iCloud Drive. Il n’y a pour ainsi dire rien, ou quasiment rien. C’est une question de philosophie depuis longtemps chez Apple : il ne faut pas raisonner en termes de fichiers, mais d’application.

Aussi il est bien possible de partager des contenus, mais à conditions que cette capacité fasse partie de l’application qui l’a générée. Si vous avez des documents Pages, Numbers ou Keynote (ex-suite iWork), il vous sera possible depuis le Drive d’ajouter des personnes en vue de collaborer sur ces fichiers, ce qui se fera au travers du logiciel associé.

Idem pour tous les types de données où cette fonctionnalité est prise. On les repère d’ailleurs vite : les applications compatibles créent un dossier à leur nom dans le Drive, avec une icône les représentant. À l’intérieur, on pourra sélectionner un fichier puis cliquer sur « Ajouter des personnes ».

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Partager un fichier par simple clic droit, comme on le ferait dans Dropbox, OneDrive ou Google Drive, n’existe pas dans iCloud Drive, quelle que soit la plateforme. Pas question de générer un lien aussi facilement ou d’ouvrir un dossier pour que des amis puissent y lire et stocker des documents. Pas question non plus d’une expiration ou d'un mot de passe.

Les seules options de partage qui apparaitront seront limitées à l’accès au fichier (personnes invitées ou toute personne possédant le lien) et le niveau d’autorisation (consultation ou modification). Sorti de là, le Drive ne vous proposera qu’un envoi direct par email ou la copie du lien.

Attention, application compatible oblige, il faudra que la personne en face l’ait également. Notez que dans le cas des contenus multimédias, l'accès à un album commun pourra se faire dans le cadre du partage familial.

Sécurité : pratiquement la même chose que partout ailleurs

La sécurité d’iCloud Drive est la même que pour les autres services de l’éditeur. On reproche parfois (souvent) à Apple son manque de communication sur divers sujets, mais la sécurité a un traitement privilégié.

Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver ce qu’utilise l’entreprise : de l’AES 128 minimum pour tout ce qui touche au stockage et au transit des données. Un critère pratiquement identique à la concurrence. Dommage cependant que l’on ne sache pas ce qu’entend Apple par « minimum », car si on se doute qu’il s’agit de l’AES 256, on ne sait pas s’il correspond aux données en transit ou celles stockées.

En ce qui concerne les connexions, pas de surprise non plus : TLS 1.2. L’éditeur se donne toutefois la peine de préciser qu’il n’y a pas de chiffrement pour les données stockées sur les serveurs IMAP, mais S/MIME est supporté. Point important, le chiffrement de bout en bout n’est pas toujours présent. Il l’est pour le trousseau iCloud, les informations de paiement ou encore les données associées à Siri, mais pas à iCloud Drive.

Apple pousse également beaucoup à l'activation de l'authentification à deux facteurs ou en deux étapes. La société fait le distingo entre les deux, la première s'appuyant sur un système intégré de code à six chiffres, la seconde sur un code à quatre chiffres envoyé par SMS. Apple favorise largement la première, plus simple à utiliser et plus sécurisée, mais réclamant au moins iOS 9 pour déclarer un appareil de confiance.

On regrettera cependant que le système ne soit pas encore plus simple, particulièrement pour des produits Apple. La solution retenue par Google et Microsoft par exemple est de laisser une application gérer les demandes de connexion, qui peuvent se faire sans mot de passe. Sur l'ordinateur, l'écran affichera un chiffre, qu'il suffira de sélectionner dans l'application mobile pour approuver la demande (en plus de l'identification biométrique quand elle est existe).

Un service à réserver aux possesseurs d'appareils Apple

Le tour du Drive est rapidement fait, surtout quand on cherche à le comparer aux solutions concurrentes. Apple ne positionne pas ce service comme un produit apte à aller conquérir, ce qui ne surprendra personne : les services en ligne de l’éditeur ne sont là que pour accompagner les produits matériels et en prolonger l’expérience. Des services Apple pour des clients Apple.

Dans l’absolu, iCloud Drive n’est pas un mauvais service. Il est simplement limité et ressemble davantage à une concession d’Apple après des demandes répétées qu’à une vraie volonté de montrer un savoir-faire.

Mais même si iCloud Drive s’intègre parfaitement dans les autres produits et service Apple – c’est la moindre des choses – il nous semble difficile de le recommander, essentiellement pour deux raisons. D’une part, la concurrence fait indéniablement mieux, avec de vrais services dédiés et des fonctionnalités bien plus nombreuses. D’autre part, on laisse à iCloud son espace de stockage, déjà très sollicité par la synchronisation des données et les applications.

Il a tout de même le mérite d’exister et peut dépanner selon les besoins.


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