Transfert d'argent par Messenger en France : pas de révolution, mais une collecte de données

Facebook is the new PayPal (de 2010) 14
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Reseaux Sociaux
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le mercredi 08 novembre 2017 à 09:00
David Legrand

Facebook propose désormais son service de transfert d'argent entre particuliers en France. Une première expérimentation dans la zone Euro, sans doute avant une extension. Mais derrière ce service gratuit, et peu innovant, se cachent bien d'autres projets.

Annoncé début 2015 aux États-Unis, le transfert d'argent par Facebook Messenger a été lancé hier soir au Royaume-Uni ainsi qu'en France. Nous sommes ainsi le premier pays de la zone Euro concerné, celui de David Marcus, vice-président en charge des solutions de messagerie de Facebook.

L'accès se fait à travers le bouton « + » dans la zone de composition d'un message, qui propose une nouvelle action relative au paiement. Une intégration est aussi proposée à travers l'assistant « M ». Le déploiement va être progressif, sur plusieurs semaines. La solution est annoncée comme gratuite et simple à mettre en place.

Mais comme toujours avec ce genre d'annonce, derrière l'apparente révolution technologique et la simplification permises par une plateforme mondiale, se cachent des détails qui méritent que l'on s'attarde.

Le transfert d'argent entre particulier en pleine mutation

Lorsque l'on parle d'un envoi de fonds à un proche, hors des espèces ou d'un chèque, le premier réflexe est de penser au virement SEPA. Mais voilà, cette méthode est lente et complexe, surtout la première fois.

Il faut en effet ajouter les informations du RIB de la personne à qui vous voulez envoyer de l'argent à votre interface bancaire, ce qui demande parfois des procédures de vérification, et attendre entre un et trois jours selon les cas. Des procédures qui doivent évoluer d'ici à novembre 2018, date à laquelle entrera en vigueur le TARGET instant payment settlement (TIPS) au niveau européen.

En attendant, certains cherchent à simplifier les choses, comme les banques via une solution de virement par SMS. Concrètement, vous envoyez un ordre de virement (en général via une application) avec un numéro de mobile. Le destinataire reçoit alors un SMS avec des instructions pour entrer ses coordonnées bancaires. Il recevra ensuite son argent dans les mêmes conditions qu'un virement classique.

De nombreuses banques proposent un tel service. Orange Bank a de son côté décidé d'en faire l'un de ses arguments de lancement, bien que cela ne soit guère une nouveauté.

PayPal : le précurseur

Mais il existe bien d'autres solutions, plus rapides et technologiques. On pensera bien entendu au Bitcoin, mais plus proche de notre quotidien, il y a PayPal. La société propose depuis de nombreuses années du transfert d'argent entre particuliers, une solution qui avait accompagné la croissance d'Ebay à la grande époque du site d'enchères.

Depuis, le service s'est normalisé et propose surtout du paiement en ligne, mais il est toujours possible de l'utiliser pour envoyer des fonds à un proche, gratuitement. Depuis septembre 2016, cette gratuité est assurée en Europe depuis n'importe quelle source d'approvisionnement : compte PayPal, bancaire ou carte de paiement.

Un an plus tôt, c'était une fonctionnalité de profil qui permettait de fluidifier la procédure. Depuis une simple page, avec une URL commençant par « paypal.me », n'importe qui peut vous envoyer le montant de son choix.

Derrière le transfert d'argent gratuit, la collecte de l'information de paiement

Nombreuses sont les startups qui se sont lancées sur ce créneau ces dernières années. De Flooz à Lydia, toutes ont en général la même stratégie : proposer du transfert d'argent simple et gratuit entre particulier, pour mieux récupérer les informations bancaires.

Une fois celles-ci acquises, elles peuvent être utilisées pour du paiement à travers différents services et boutiques, la société étant alors rémunérée. Seule Pumpkin, récemment rachetée à 80 % par Crédit Mutuel Arkéa, n'a pour le moment pas dévoilé de modèle économique précis sur ce point. 

Au final, rien n'a donc vraiment changé depuis le lancement de PayPal pour accompagner eBay. Mais voilà, Facebook entre dans la danse, et même si la société part avec le handicap de son retard, elle a des arguments à faire valoir.

Facebook : une immense base d'utilisateurs, un transfert pas plus rapide qu'ailleurs

Outre sa capacité à communiquer et à faire passer pour innovant un service existant depuis des lustres à une presse pas toujours très regardante sur les subtilités techniques, Facebook représente avant tout 33 millions d'utilisateurs actifs mensuels rien que sur le marché français. 

Les inciter à s'envoyer de l'argent à travers Messenger ne devrait pas être très compliqué, il suffit d'effectuer quelques rappels, de placer des gros boutons et de miser sur la viralité du procédé. Mais dans la pratique, il faudra tout de même leur faire effectuer quelques opérations... ce qui peut constituer un frein.

Pour le comprendre, il faut s'attarder sur ce que propose réellement Facebook à travers Messenger : débiter la carte bancaire de l'expéditeur afin de créditer celle du destinataire. Une opération qui ne sera pas gratuite pour le groupe, mais qui ne sera pas non plus facturée à ses membres. Elle n'est possible qu'entre deux particuliers français.

Pour effectuer un transfert complet, les deux utilisateurs devront chacun avoir entré leurs informations de paiement dans l'application, et donc accepter que Facebook détienne des données si sensibles. Bien entendu, l'entreprise se veut rassurante et indique qu'elle propose le même niveau de sécurité que les banques, mais il n'est pas forcément dit que les utilisateurs sauteront le pas à moins d'y avoir un réel intérêt.

D'autant que ce transfert n'a rien de techniquement révolutionnaire ou d'instantané. Facebook prévient d'ailleurs : « Cela peut demander d'un à trois jours ouvrés pour que les fonds soient disponibles pour le destinataire, en fonction de sa banque, comme pour les dépôts ».

Quid de l'intégration aux services maison ?

Pour le moment, il n'est pas question de proposer du paiement dans Messenger, mais on sait déjà que cette solution sera mise en place par Facebook un jour ou l'autre en France. La société disposera alors des informations bancaires de tous ceux qui auront entré leur carte de paiement pour du transfert d'argent gratuit. C'est là que l'opération deviendra rentable.

Comme PayPal avec Ebay il y a des années, la société compte sans doute ensuite autoriser les paiements directs via son service de vente entre particuliers, disponible depuis peu en France. Et pourquoi pas, un jour, proposer un bouton de paiement Facebook comme le font déjà Amazon, Apple, Google ou encore PayPal ? 

Facebook aurait pu mieux faire : vivement novembre 2018

En attendant, cette solution de transfert ne semble pas avoir beaucoup d'atouts. Et passé l'effet de mode dans la presse, elle devrait surtout intéresser ceux qui pensent qu'Internet se limite à Facebook et quelques autres sites et services. Certains apprécieront d'ailleurs la possibilité de ne pas avoir à sortir de l'environnement maison.

À l'inverse, d'autres aimeront l'idée que chaque transfert coûte de l'argent à Facebook, cela se faisant alors au profit des acteurs bancaires. Mais sur le fond, cette solution pourra être remplacée par bien d'autres dispositifs, plus efficaces, qui ne nécessiteront pas que le réseau social de Mark Zuckerberg, qui sait déjà tant de choses de vous, récupère également vos informations de paiement. 

Avec l'arrivée du paiement instantané en Europe l'année prochaine, on aurait pu s'attendre à ce que Facebook et son armée de développeurs proposent un service réellement innovant et attractif. Mais là, le compte n'y est pas.


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