Marketplace : Amazon veut stocker moins et s'occuper des livraisons

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Crédits : Susan Chiang/iStock
Société
Kevin Hottot

Amazon expérimente aux États-Unis un nouveau mode de livraison pour les vendeurs tiers, lui permettant de stocker moins de produits dans ses propres entrepôts. Les grands perdants si cette méthode devait être appliquée globalement s'appellent FedEx et UPS. 

Aujourd'hui, quand un vendeur veut apparaître sur la marketplace Amazon, deux options s'offrent à lui. Soit il gère lui-même le stockage et la livraison des produits, soit il confie ces deux tâches directement au géant américain, qui fait appel à un prestataire pour l'expédition.

Depuis deux ans, le revendeur expérimente en Inde une solution hybride : Seller Flex. Le vendeur gère alors ses propres entrepôts et Amazon s'occupe de la livraison, de bout en bout. L'objectif est double : réduire les coûts de stockage en diminuant la quantité d'articles entreposés, et limiter le coût de livraison en internalisant cette tâche.

Une approche qu'Amazon teste désormais sur la côte ouest des États-Unis selon Bloomberg, et dont nous avons cherché à analyser les raisons qui poussent à son adoption.

Essayer de réduire la voilure sur les entrepôts

Il faut dire qu'Amazon doit faire face à une inflation galopante du nombre d'entrepôts pour gérer la demande grandissante de ses clients. Ces derniers veulent être livrés toujours plus vite, tandis que les vendeurs voient d'un bon œil la possibilité de se débarrasser d'une partie de leur logistique.

Rien qu'aux États-Unis, l'entreprise dispose aujourd'hui de 123 entrepôts maillant l'ensemble du pays, et pas moins de 27 autres sont en projet ou en cours de construction. Dans le reste du monde, la tendance est la même.

En France, Amazon comptait trois entrepôts sur le territoire en 2010, deux autres ont depuis ouvert à Sevrey (Saône-et-Loire) puis à Lauwin-Planque (Nord). Un centre de distribution a ouvert le mois dernier près d'Amiens et un entrepôt est en projet à Bretigny dans l'Essonne.

Effectifs Amazon

Une escalade qui participe en grande partie à l'explosion des effectifs de l'entreprise. Entre fin 2013 et fin juin 2017, le nombre d'employés d'Amazon est passé de 117 300 à 382 400, soit une multiplication par 3,26 en moins de quatre ans.

On notera d'ailleurs une nette accélération des embauches à partir de mi-2015, et que ces chiffres ne comprennent pas les sous-traitants du géant américain travaillant dans ses locaux, ni même les emplois saisonniers ou temporaires appelés en renfort lors des fêtes de fin d'année par exemple. 

Tout ceci a bien évidemment un coût qui va croissant, qu'Amazon aimerait bien réduire dans la mesure du possible. Et la solution ne peut pas être (pour l'instant) d'installer des robots partout.

En laissant l'option aux vendeurs de conserver leurs stocks chez eux, Amazon pourrait donc économiser de précieux mètres carrés et nettement ralentir le rythme des embauches dans ses entrepôts, en sachant que les vendeurs tiers représentent aujourd'hui 51 % du volume des articles vendus sur la boutique en ligne. 

La question du transport

Réduire la voilure sur ce segment, permettrait à l'entreprise de passer la seconde sur un autre volet : le transport. Là aussi la facture a rapidement grimpé avec le temps, d'autant plus qu'avec son principe de livraison gratuite au-delà d'un prix relativement bas, le géant du e-commerce est loin de parvenir à recouper l'ensemble des frais engagés.

Coûts livraison Amazon 

Pour ralentir cette escalade, Amazon s'est lancée dans une phase d'internalisation et avance ses pions à tous les niveaux possibles. Sur le fret longue distance, l'entreprise dispose depuis peu d'une licence pour le transport maritime entre les États-Unis et la Chine et même d'une flotte de 40 Boeing 767-300

Aux États-Unis, le spécialiste du commerce en ligne a renforcé sa flotte de camions en y ajoutant plusieurs centaines de véhicules qui seront utilisés par ses sous-traitants sur des distances plus courtes. En France, Amazon a tenté de prendre le contrôle de Colis Privé pour mieux intégrer sa chaîne logistique dans l'Hexagone, mais l'opération a finalement été abandonnée en mai 2016. 

L'idée derrière le projet dévoilé par Bloomberg franchirait encore une étape supplémentaire en faisant d'Amazon un transporteur à part entière. L'intérêt pour le groupe étant de mieux maîtriser les coûts liés à cette activité, qui représentaient en 2016 près de 12 % du chiffre d'affaires total de l'entreprise.

Au vu des discussions en cours entre Amazon et les différents acteurs de la grande distribution en France, il est permis d'imaginer qu'une telle option est également envisagée dans l'Hexagone, à condition de trouver le bon partenaire.

FedEx et UPS peuvent trembler

Les grands perdants dans l'histoire seraient bien évidemment les transporteurs prestataires d'Amazon qui verraient une partie non négligeable de leur activité leur glisser entre les doigts. 

Selon les estimations d'analystes regroupées par Bloomberg, le géant de la vente en ligne compterait à lui seul pour 5 à 10 % du chiffre d'affaires mondial d'UPS, soit de 2,5 à 5 milliards de dollars par an environ. FedEx de son côté admet que ses liens avec Amazon représentent un peu moins de 3 % de ses revenus annuels. 


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