Aux Antilles, Dauphin Télécom reconstruit son réseau dévasté par l’ouragan Irma

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Crédits : cdwheatley/iStock
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le vendredi 06 octobre 2017 à 11:40
Guénaël Pépin

L'ouragan Irma a dévasté les îles des Antilles françaises, y compris les infrastructures. L'opérateur Dauphin Télécom doit repartir d'une feuille presque blanche, dans l'urgence de reconnecter les habitants. En Métropole, des professionnels ont organisé la collecte d'équipements pour accélérer le rétablissement.

Les 5 et 6 septembre, l'ouragan Irma passait sur les Antilles, dévastant les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Il a causé plusieurs morts, laissant des milliers de personnes sans abri. Un mois après l'événement, un quart des élèves de Saint-Martin sont de retour à l'école, l'État espérant que la totalité y revienne d'ici la fin de l'année. De nombreuses actions de solidarité ont été mises en place, notamment du côté d'OpenStreetMap (voir notre analyse).

Les dégâts ont aussi été importants sur les réseaux télécom. Dauphin Télécom, un opérateur fixe et mobile, couvrant notamment Saint-Martin et Saint-Barthélémy, a perdu la majeure partie de son infrastructure. Centraux téléphoniques et Internet, pylônes et antennes... « C'est vraiment catastrophique », résume Frédérique Bjedic, directrice technique IP de l'opérateur.

L'entreprise doit reconnecter 30 000 clients en téléphonie fixe et mobile, 5 000 clients Internet et cinq opérateurs. En attendant, c'est l'urgence pour couvrir de nouveau le territoire, avec des solutions temporaires pour apporter une connectivité. En Métropole, des opérateurs se sont mobilisés pour lui fournir une partie du matériel nécessaire, alors que les travaux pourraient prendre des mois.

Retrouver la couverture, puis la qualité de service

Chez l'opérateur, fondé en 1998, la quinzaine d'employés du service technique sont à pied d'œuvre pour remonter l'infrastructure. « Tous les équipements sont à l'extérieur : les pylônes, les antennes... Quelques fois, un cyclone de catégorie 1 fait déjà beaucoup de dégâts. On a l'habitude. Mais l'intégralité du réseau, c'est une première » affirme Frédérique Bjedic.

À Saint-Martin, le central téléphonique a été inondé, son homologue pour Internet (en étage) s'en serait mieux tiré. L'entreprise compte plusieurs points de présence sur les deux îles (dont Gustavia et Lorient à Saint-Barthélémy), qui constituent encore leur cœur de son activité... Malgré une extension en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique. Sur l'Internet fixe, elle dépend du réseau d'Orange.

En trois semaines, Dauphin Télécom a remonté « 85 à 90 % » de sa couverture mobile sur Saint-Martin grâce à une centralisation d'éléments réseau. Pourtant, ce n'est que le début. « Il y a une différence entre le taux de couverture, très apprécié de la part des abonnés, et une partie plus technique sur le taux de rétablissement de différents sites. [...] La qualité des communications est mauvaise. Ce n'est pas du tout pérenne, c'est dans l'urgence » explique sa directrice technique IP.

Certains endroits, comme les Terres-Basses à Saint-Martin, resteraient encore sans réseau. L'avancée des travaux est suivie par le ministère de l'Économie, déclare l'opérateur. Au Pic Paradis, le point le plus haut de l'île de Saint-Martin, « aucun pylône n’a résisté ,ainsi que notre parabole pour le service IPTV ». 

Équipements de Dauphin Télécom au Pic ParadisÉquipements de Dauphin Télécom au Pic ParadisÉquipements de Dauphin Télécom au Pic Paradis
Un équipement de Dauphin Télécom au Pic Paradis - Crédits : Frédérique Bjedic

En attendant un rétablissement pérenne du réseau, il a installé plusieurs bornes Wi-Fi gratuites, avec une portée de 500 mètres. Elles doivent aider les habitants à maintenir une connexion, pour certains en l'absence d'autre solution. Combien de temps resteront-elles ? « Aussi longtemps que nécessaire, d’autant qu'Orange ne communique pas du tout sur le rétablissement des lignes et de nombreux résidentiels n’ont que ces points Wi-Fi pour communiquer » répond Frédérique Bjedic.

Des dons de matériel pour repartir

Dauphin Télécom est membre de l'Association des opérateurs télécom alternatifs (AOTA), fondée en mars. À la dernière rencontre biannuelle du FRnOG, le secrétaire général de l'AOTA, Nicolas Guillaume, a appelé les opérateurs, équipementiers et professionnels présents à aider l'entreprise. Philippe Bourcier, fondateur du FRnoG, a contribué à l'organisation.

Un classeur Google permet de suivre les contributions, le matériel étant stocké sur Paris avant d'être envoyé dans les prochains jours à Dauphin Télécom (à ses frais). Pour le moment, Cisco, Infonegoce et PulseHeberg sont les principaux participants.

« On ne pouvait pas les abandonner, d'autant qu'ils sont vraiment les parents pauvres de la régulation. Ils subissent déjà les tarifs exorbitants des câbles sous-marins, ce qui freine l'innovation locale dans les télécoms, et doivent désormais reconstruire du réseau. La moindre des choses était de leur proposer notre modeste aide en envoyant du matériel pour réactiver leur réseau et permettre le rétablissement des liaisons chez les clients : la stabilité technique minimale est nécessaire pour faire redémarrer l'économie locale au plus vite » estime Nicolas Guillaume.

« Avec [cette initiative], l'objectif est que les difficultés soient très temporaires » espère le secrétaire général de l'AOTA. « On a beaucoup apprécié la démarche. Ce sont des équipements de cœur de réseau sur la partie Internet, c'est quand même relativement important. Après, c'est la multitude des actions qui fera que Dauphin s'en sorte » réagit sa directrice technique IP.

Les ennuis ne sont pas finis pour Dauphin

L'entreprise de 70 salariés est loin d'être sortie d'affaire. « On vient d'apprendre qu'il n'y aurait pas d'aide spécifique pour les entreprises autres que celles existant déjà, comme la mise des employés en chômage partiel. En tant qu'employeur, nous versons le complément. Nous sommes très inquiets. Très, très inquiets » nous affirmait il y a quelques jours Frédérique Bjedic.

Depuis le passage de l'ouragan, le mois dernier, la société ne facture plus ses clients. Un trou important, quand elle engrange habituellement 12 millions d'euros par an, et que les réparations du réseau doivent aussi coûter plusieurs millions. Certains employés sont partis en Métropole, l'entreprise comptant sur le chômage partiel pour alléger le poids financier.

Elle doit encore contacter les banques, alors que des rendez-vous d'assurance « sont en cours » pour évaluer les dégâts, sans indication de ce qui sera couvert. « La BPI a dit qu'elle se porterait garant pour les prêts à hauteur de 70 % du montant pour les entreprises. Des choses se dessinent, mais la situation est très grave aujourd'hui » résume notre interlocutrice.

La reconstruction du réseau devrait prendre plusieurs mois. « On se donne jusqu'à la fin de l'année pour y voir plus clair » peut simplement nous répondre Dauphin Télécom. Pour l'opérateur, cela peut être l'occasion de bâtir différemment les infrastructures. 

« Par exemple, faire des sites mobiles mutualisés entre les opérateurs. On peut imaginer que TDF construise les sites et les louent aux opérateurs. Il faudra aussi privilégier les réseaux souterrains même si le génie civil en souterrain est beaucoup plus coûteux que l’aérien » imagine Frédérique Bjedic. Les opérateurs locaux travaillent déjà à la redondance de leurs équipements, dans une situation qui reste aujourd'hui urgente.


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