« On nous a vendu un TGV, on a un RER » : un syndicat de police flingue la PNIJ

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Crédits : Gwengoat/iStock
Loi
Marc Rees

Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT) dénonce une nouvelle fois la plateforme des interceptions judiciaires. Il réclame désormais une commission d’enquête parlementaire.

La  Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ) doit centraliser les écoutes et réquisitions judiciaires envoyées aux opérateurs par les juges, du moins un grand nombre d’entre-elles. Prévu de longue date, ce système géré par Thales n’a sur le papier que des avantages.

Selon l’avis initial de la CNIL, en effet, « il s'agit d'augmenter les capacités d'interception, de réduire les délais de réponse, de renforcer le niveau de sécurité, notamment l'intégrité et la confidentialité des données à caractère personnel, et de réduire les frais de justice ».

Seulement, un syndicat d’officiers de police n’a de cesse de dénoncer les bugs constatés sur le terrain. Après sa dernière vague de critiques en mai 2016, celui-ci reprend du service. Il faut dire que depuis le 12 septembre dernier, la PNIJ a été rendue obligatoire pour toutes les nouvelles enquêtes, sachant que celles en cours restent gérées sous l’ancien régime, celui faisant appel aux prestataires privés qui se partageaient un juteux marché.

Des améliorations cosmétiques selon ce syndicat

« Il y a bien eu quelques améliorations sur la PNIJ » concède le commandant Christophe Rouget, qui cite « des couleurs sur l’interface, des SMS qui affichent le nom de la personne, mais cela reste cosmétique ».

Le chargé de communication de ce syndicat d'officiers de police dézingue surtout les problèmes de fond : « les réquisitions marchent très bien mais ne couvrent que 85 % des opérateurs. Les MVNO ne sont pas couverts, nous contraignant à passer par des réquisitions classiques » pour obtenir par exemple les données de connexion d’un échange.

La question des moyens est également mise à l’index : « avant, les prestataires privés nous fournissaient ordinateurs, tablettes, casques, etc. Aujourd’hui avec la PNIJ, rien n’est fourni, il faut travailler avec le poste de travail. Or, on ne peut pas gérer en même temps notre logiciel de procédures. Tout ceci entraîne des coûts supplémentaires à la charge des services ».

L’interface en prend aussi pour son grade, avec des lenteurs occasionnant des pertes de temps et exigeant beaucoup d’opérations « ce qui rend difficile la gestion de plusieurs écoutes simultanées. En outre, ce n’est pas intuitif. Il faut parfois 10 clics pour arriver à un résultat ! ».

Le syndicat admet avoir eu des promesses de versions améliorées, corrigées, « mais cela n’avance pas bien vite ». Autre exemple : dans la gestion des écoutes, les interceptions visant le contenu des communications, il ne serait pas possible d’accélérer la lecture pour gagner du temps. « Des choses toutes bêtes… »

Saturation sur le réseau 

Le représentant du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure pointe un autre problème qui concerne la data mobile : « depuis janvier 2017, le ministère a limité cet accès au terrorisme et à la sauvegarde de la vie humaine ». Une difficulté structurelle persiste, celle d’un réseau hyper centralisé « quand beaucoup de personnes sont dessus, cela sature. Tous les tuyaux passent par Khéops où des masses d’informations circulent. On nous a vendu un TGV, on a eu un RER ».

Selon lui, enfin, le budget de la PNIJ « a explosé » pour atteindre 181,5 millions d’euros en 2018 (le coût estimé actuellement est de 121,2 millions d'euros). Ce syndicat regarde dès lors avec une certaine nostalgie la période des opérateurs privés « où on pouvait accéder plus facilement aux métadonnées, connaître les gens inscrits dans le répertoire des contacts sous Skype, etc. »

L'avis du contrôleur de la PNIJ 

Ce coup de gueule intervient alors qu’au 31 décembre 2017, le système de transmission des informations judiciaires (STIJ) sera définitivement écarté pour laisser place à la seule PNIJ. Sauf nouveau report. 

Interrogée en mars 2017, Mireille Imbert-Quaretta avait relativisé ces problèmes dans nos colonnes. Selon cette ex-Hadopi, désormais personnalité qualifiée chargée du contrôle de la plateforme nationale des interceptions, lorsqu’on parle de la PNIJ, « on n’entend qu’un son », celui des reproches.

« Quand on voit autant de personnes, autant d’articles venir de partout pour dire que la plateforme ne marche pas, on s’interroge… poursuivait MIQ. Mais est-ce que le système actuel [celui des prestataires privés] marche toujours de façon satisfaisante ? Comment le savoir, il n’y a pas de contrôle. En face, au contraire, la PNIJ est sous le feu d’une transparence absolue : dès qu’il y a un petit bug, on le dit, on le sait ».

Et s’agissant de l’explosion budgétaire, elle rappelait que si le cahier des charges tablait sur 50 millions d’euros , la PNIJ a pris son envol en 2016. « Un tel écart dans le domaine numérique et informatique, c’est une éternité. Ce qui fonctionne actuellement n’est plus ce qui avait été prévu à l’origine. Il a bien fallu prendre en compte les évolutions intervenues pendant cette période. D’abord, les évolutions techniques comme la 4G, et ensuite les évolutions législatives comme l’obligation de traiter la totalité des interceptions. Cela s’est traduit par une évolution du système et donc des dépenses supplémentaires ».


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