Uber : des revenus doublés en un an, mais des pertes toujours colossales

Comment mettre d'Uber dans les épinards ? 36
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Finances
Kevin Hottot

En pleine tourmente après la démission de son PDG et plusieurs scandales touchant à divers aspects de sa « culture d'entreprise », Uber a présenté à ses investisseurs des résultats assez intéressants. D'un côté, les revenus progressent nettement. De l'autre, les pertes s'accumulent dangereusement.

Les derniers mois ont été plutôt mouvementés pour Uber. Depuis le début de 2017, l'entreprise doit faire face à une liste grandissante d'obstacles : 

C'est donc dans un contexte particulièrement tendu qu'Uber a dû présenter ses résultats trimestriels à ses investisseurs. L'entreprise n'étant pas cotée en bourse, ces informations ne sont normalement pas disponibles publiquement, mais Axios, généralement bien renseigné sur la société, est parvenu à mettre la main sur ces chiffres. 

La croissance, toujours

Plusieurs indicateurs sont à regarder de près pour jauger le niveau de croissance d'Uber, et donc sa forme. La première est celle du montant des courses commandées par les clients de la plateforme. Sur le deuxième trimestre 2017, il s'élève à 8,7 milliards de dollars, un chiffre en hausse de 17 % en trois mois et doublé en un an.

Le prix moyen des courses semble quant à lui avoir reculé, puisque le nombre de trajets effectués par les chauffeurs a bondi de 150 % sur un an, avec une croissance d'environ 90 % sur les marchés « développés » et de 250 % sur ceux « en développement ». Il est à noter que la comparaison ne tient pas compte du marché chinois, abandonné par l'entreprise à l'été 2016, mais inclut le marché russe.

Sur ces courses, Uber prélève des commissions, qui forment une large partie de ses revenus. Le total des revenus de l'entreprise atteint 1,75 milliard de dollars, contre 1,5 milliard au premier trimestre et environ 800 millions de dollars il y a un an.  

Concernant la mise en place de pourboires optionnels pour les chauffeurs, versés à la discrétion du client, de premiers chiffres font surface. Entre le 20 juin et le 20 août, les chauffeurs ont récupéré ainsi environ 50 millions de dollars.

Des pertes qui restent colossales

Si la croissance est au rendez-vous, les bénéfices eux, tardent toujours à venir, même si Uber assure que son activité principale est rentable. L'entreprise dépense en effet de fortes sommes dans d'autres domaines, notamment dans le développement de véhicules autonomes, dernière marotte de la Silicon Valley ou dans la livraison de repas avec UberEATS. 

Les pertes nettes d'Uber atteignent ainsi sur les trois derniers mois 645 millions de dollars. Une somme conséquente, mais malgré tout en baisse de 9 % sur trois mois et de 14 % sur un an. L'EBITDA est lui aussi négatif, à hauteur de 534 millions de dollars, contre 598 millions de pertes au premier trimestre. Les pertes sur six mois dépassent tout de même assez nettement le milliard, et rien ne laisse entrevoir que les deux milliards ne seront pas atteints d'ici fin décembre. 

Fatalement, les réserves de liquidités d'Uber s'amenuisent au fil des mois. De 7,2 milliards de dollars fin mars, il est désormais question de 6,6 milliards à fin juin. À ce rythme-là, Uber va devoir très certainement devoir se lancer dans de nouvelles levées de fonds pour rester sur les rails. 

La question de la valorisation

Seulement, cette fois, lever des fonds devrait être une tâche un peu plus difficile que par le passé pour Uber. Jusqu'ici, l'entreprise était friande de tours de tables. Entre décembre 2014 et juin 2016, nous en avons dénombré dix, pour un montant total de 12,4 milliards de dollars. La dernière en date avait permis au fonds d'investissement public de l'Arabie Saoudite (PIFSA) d'injecter 3,5 milliards de dollars dans l'entreprise, avec une valorisation comprise entre 62,5 et 66 milliards de dollars.

En avril, alors que la moitié des éléments perturbateurs cités en début d'articles n'avaient pas encore pris place, The Information révélait que les actions d'Uber s'échangeaient sur le marché secondaire avec des prix faisant osciller la valorisation de l'entreprise autour de 50 milliards de dollars. 

Il sera donc intéressant de voir si dans les prochains mois les dirigeants d'Uber se résoudront à procéder à un down round, une levée de fonds avec une valorisation en baisse, une pratique qui a souvent tendance à refroidir les investisseurs.


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