Medium détaille son metered paywall à 5 dollars par mois, une répartition selon l'engagement

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le mercredi 23 août 2017 à 09:50
David Legrand

Medium a lancé il y a quelques mois son offre payante, qui passe aujourd'hui un nouveau cap. La société en profite pour détailler son mode de fonctionnement, à base de metered paywall et de claps.

En mars dernier, on apprenait que la plateforme de blogs Medium se lançait enfin sur un modèle Freemium après avoir décidé de mettre fin à son aventure publicitaire (mettant au chômage un tiers de ses employés au passage) et fermé certains bureaux, dont le français

Medium opte pour le metered paywall

La promesse était alors assez vague : cinq dollars par mois pour avoir accès à une interface améliorée et à « une sélection limitée d'articles choisis avec soin, sélectionnés par des experts de chaque sujet ». Les auteurs et médias indépendants étaient alors mis en avant comme ceux qui bénéficieront de ce modèle, Medium partant du principe que c'est le modèle des médias qui ne fonctionne plus et qu'il faut réparer.

En test depuis, cet abonnement est aujourd'hui étendu à un groupe supplémentaire de comptes. La plateforme décide de qui reçoit des invitations, sans que l'on connaisse exactement les règles (une liste d'attente est disponible). Mais c'est surtout l'occasion de découvrir quelques détails complémentaires sur le modèle.

Le fonctionnement est simple pour les comptes qui ont accès à la fonctionnalité : ils décident à la publication d'un billet s'il est accessible à tous ou uniquement aux « Medium members », soit ceux qui ont un abonnement payant. Il s'agit d'un metered paywall, ce qui signifie que les comptes classiques ont accès à un certain nombre de lectures par mois (un dispositif qu'il est en général assez aisé de contourner). 

Des pouces bleus aux claps

Mais les choses se corsent au moment de définir le mode de rémunération, la pierre angulaire de ce type de modèle. En effet, sur un abonnement mensuel de cinq dollars, comment savoir qui touche quelle part ? Medium a décidé de se reposer sur le niveau d'engagement :

« Chaque mois vous serez payés en fonction du niveau d'engagement que vous aurez généré auprès des Medium members. Nous analysons l'engagement de chaque membre de manière individuelle (les claps étant le signal principal) et attribuons leur abonnement mensuel en fonction de cet engagement. »

L'avantage d'un tel dispositif, c'est qu'il évite d'avoir à recréer une dynamique d'audience. En effet, on retrouve souvent des systèmes qui se basent sur le nombre de lectures ou le temps passé, qui ne sont pas forcément des signaux qui vont de pair avec un contenu de qualité et un travail de fond.

Le modèle publicitaire l'a assez bien montré, dès que l'objectif est d'attirer des lecteurs en masse, la qualité de la production évolue proportionnellement à la baisse. Des dispositifs comme des concours, vidéos à suspense et autres diaporamas permettant de jouer sur le temps passé par les internautes.

Medium Partner Claps

L'engagement : un signal limité pour détecter le contenu de qualité

À l'inverse, on peut voir deux problèmes dans le dispositif annoncé par Medium. Le premier est qu'il est assez flou sur les éventuels autres signaux pris en compte, même dans ses conditions générales. Un élément qui devra forcément être détaillé pour que les auteurs comprennent comment ils sont rémunérés.

Ensuite, on peut assez facilement se retrouver face à des dynamiques de communautés, où certains vont chercher des astuces visant avant tout à générer des claps de manière systématique au détriment des autres, en publiant des contenus spécifique ou en incitant les lecteurs de manière insistante ou même en les remerciant avec des concours par exemple.

Dans les conditions du programme, rien ne semble détaillé sur ce point. Ainsi, il sera intéressant de voir si un auteur qui est très prolifique et obtient systématiquement quelques claps de sa communauté sera au même niveau qu'un autre qui ne publie qu'un article par mois, générant un même nombre de claps

Que se passera-t-il, d'ailleurs, si un abonné ne génère aucun clap pendant un mois ?

Quid des indépendants face aux gros acteurs, et des journalistes ?

Sur le fond, on peut aussi y voir une forme « d'uberisation » de la condition d'auteur, notamment dans le cas des journalistes. En effet, les premiers sont en général rémunérés sous la forme de droits d'auteurs, les seconds uniquement sous la forme de salaire, conformément à la loi Cressard en France (même si beaucoup contournent avec le statut d'auto-entrepreneur, illégal pour l'emploi d'un journaliste... mais pas d'un rédacteur qui met « journaliste » dans sa bio Twitter).

Ici, ils diffuseront leurs contenus sur une plateforme qui ne cherche pas à se les approprier, mais qui aura ses limites dès lors qu'il faudra leur fournir des moyens ou défendre leurs droits lorsqu'une société viendra contester leurs articles, ce qui est le sens de l'organisation sous la forme de rédactions. 

On voit d'ailleurs des médias comme le Huffington Post annoncer qu'ils participent au programme. Ici, on peut se demander dans quelle mesure de tels mastodontes ne vont pas se retrouver à capter la majorité de la part des abonnements, laissant aux éditeurs et auteurs indépendants les miettes, à la manière de ce qu'il se passe sur les plateformes de streaming musical

L'offre de Medium fait ici ses premiers pas, il faut donc lui laisser le temps de gagner en maturité et corriger ses erreurs de jeunesse. La plateforme semble être ouverte aux propositions des partenaires et aux échanges. Espérons là aussi que la voix de tous sera entendue, sous peine d'apporter une mauvaise solution au problème bien concret identifié au départ.


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