« Savoir si mon fils est gay », l'argument d'un vendeur de logiciels espion

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Crédits : fireworld
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le mardi 22 août 2017 à 12:28
Marc Rees

Fireworld est un éditeur de solutions d’espionnage qui déborde d’arguments pour gonfler ses profits. Procurez-vous une version de leurs solutions pour « savoir si [votre] fils est gay », avance-t-elle. La page qui a suscité une vague d'indignation a depuis été partiellement supprimée.

« Si vous souhaitez maximiser les chances de découvrir au plus vite l'orientation de votre fils, nous vous conseillons d'acheter pour quelques euros la version complète du programme ». La page en question a évidemment fait sursauter le compte Amical Jeunes Refuge, une association militante LGBT qui a dénoncé hier son contenu dans une série de tweets.

Il faut dire que Fireworld a un marketing qui fleure l’homophobie, allant jusqu’à décrire une série de pistes pour mesurer « la probabilité que votre fils soit gay » : « il aime prendre soin de lui (vêtements, coiffure, esthétique...), alors qu'il est beau garçon, vous ne l'avez jamais vu avec une fille, petit, il était timide, etc. ». Et le site d’inciter alors les parents à surveiller son comportement sur Facebook, « véritable sésame à la vie privée ».

« S’il est homosexuel, vous ne serez peut-être jamais grand-parent, et vous n'aurez pas le bonheur de connaître vos petits-fils » ose encore l'éditeur qui évidemment en profite pour chanter encore les louanges de son logiciel espion chéri. 

Un keylogger, un cheval de Troie 

« Le principe est simple : vous allez installer un programme spécial sur l'ordinateur de votre fils. Celui-ci va alors commencer à surveiller intégralement l'activité du pc, afin, par exemple, de vous remonter l'historique des sites web visités, tout ce qui a été tapé au clavier, voire récupérer les mots de passe stockés dans les navigateurs ». Les parents n’auront donc qu’à se connecter à distance à l’interface de contrôle pour remonter le filet et visualiser « tous ces éléments confortablement depuis votre fauteuil. » 

« Vous aurez noté que ces gens parlent uniquement d'homosexualité masculine. Assez révélateur » remarque l’Amicale Jeunes Refuge. Derrière cette solution, se cache surtout un logiciel de type trojan garni d’un keylogger (enregistreur de frappes) offert ou vendu, selon les fonctionnalités espérées, jusqu'à 154,99 euros pour la version « Pro Entreprise ». Toutes offrent une « vue en temps réel de l'activité du PC ». Le rêve. 

Vive le S.E.O. !

L’analyse du sitemap, le plan du site, révèle d’autres pages : « comment espionner hacker et espionner un compte Facebook gratuitement », « comment espionner l’ordinateur de son fils à distance », « savoir si ma femme me trompe avec un logiciel espion PC » (sic), « contrôler le harcèlement à l’école avec un logiciel espion PC », « espionner ses employés avec un programme espion », etc.

Des titres « putaclicks » à souhait où a été chaluté un nombre incalculable de questions pour tenter de vendre de la solution d’espionnage aux chalands, et bien se placer dans les résultats des moteurs. 

fireworld.fr

Des mentions légales a minima

Mais qui se cache derrière Fireworld Inc ? Pas simple. Son fichier Robots.txt interdit le référencement des mentions légales. De toute façon, celles-ci sont peu bavardes. Après sa prose nauséabonde, l’éditeur se contente de demander à l’utilisateur de respecter les lois en vigueur dans son pays d’origine. 

Ces pages font surtout l’économie des mentions exigées par la loi sur la confiance dans l’économie numérique selon les hypothèses. Pour les personnes physiques, il faut en principe le nom, prénom, adresse, numéro de téléphone du moins « si elles sont assujetties aux formalités d'inscription au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers, le numéro de leur inscription ».

Pour les personnes morales, « leur dénomination ou leur raison sociale et leur siège social, leur numéro de téléphone et, s'il s'agit d'entreprises assujetties aux formalités d'inscription au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers, le numéro de leur inscription, leur capital social, l'adresse de leur siège social ». En plus, doit se retrouver le nom du directeur de publication, etc.

Seules les personnes qui éditent « à titre non professionnel » un site peuvent finalement préserver leur anonymat, en n’indiquant que les coordonnées de ses intermédiaires techniques. 

Il y a bien ce C.V. publié en ligne, mais l’image a été pompée sur Internet... Il y a évidemment encore la piste du whois, qui permet en principe de savoir qui se cache derrière un nom de domaine. Manque de chance, Fireworld.fr a été anonymisé. Une option qui n’est ouverte cependant qu’aux particuliers, non aux entreprises, ce qui est un indice précieux.

afnic

On notera cependant que le site existe en langues anglaise et espagnole, mais jamais l’identité n’est révélée sur ces autres versants. Dernière piste signalée par l’association précitée, un compte Linkedin détenu par celui qui se présente comme fondateur et CEO de « FWLD Limited Inc ». Soit plus ou moins le nom du compte Paypal utilisé par ce site, comme remarqué par Logitheque.com.

L'intervention de la secrétaire d'Etat à l'égalité

Dans la matinée, après une vague d'indignation sur Twitter, ce site hébergé par Oxito.com a décidé de supprimer la page litigieuse (sa version cache reste disponible). Une suppression sélective puisque la version espagnole est intacte

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes s’est elle-même émue de cette affaire qui « démontre qu'homophobie et sexisme prennent racines dans les mêmes stéréotypes de genre ».


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