Dégroupage total et VDSL chez FDN, les FAI associatifs dans son sillon

Connexion label AB 15
Accès libre
image dediée
Crédits : jessekarjalainen/iStock
FAI
Guénaël Pépin

25 ans et enfin du VDSL. FDN propose à ses abonnés de passer au dégroupage total, via un nouveau réseau de collecte. Des mois de travail pour les bénévoles, qui comptent faire profiter les fournisseurs d'accès associatifs de meilleurs débits et prix, en attendant le si lointain passage à la fibre.

Le plus vieux fournisseur d'accès associatif de France passe au dégroupage total. Il y a quelques jours, French Data Network (FDN) a ouvert les commandes pour ses (futurs) clients, censés profiter de prix plus bas et de débits supérieurs via le VDSL. Cette petite révolution est permise par un nouveau contrat de collecte entre le FAI et IELO-LIAZO, un opérateur aux fondateurs historiquement proches des fournisseurs d'accès et hébergeurs associatifs.

Début août, FDN mettait la touche technique finale au projet, après l'ouverture de quelques lignes de test. L'association n'attendait plus qu'une adaptation de l'outil de prise de commande pour ouvrir le nouveau service. Il doit aussi profiter aux fournisseurs d'accès de la fédération FDN (FFDN), dont les deux tiers s'appuieraient sur la collecte de FDN.

Vieux de 25 ans, FDN représenterait « un bon quart de la fédération » selon Oriane Piquer-Louis, la présidente de FFDN. Il compte environ 550 adhérents sur les 2 000 cumulés des 30 opérateurs de la fédération, ainsi que plus de 200 abonnés ADSL (et 160 en VPN) sur 1 300. Pourtant, l'objectif est toujours d'essaimer, en donnant plus de poids aux FAI locaux.

En parallèle, l'organisation s'inquiète d'un avenir où elle n'accèderait pas à la fibre, clé de sa survie commerciale à long terme (voir notre analyse).

Baisser le prix de l'Internet « bio »

Pour Fabien Sirjean, le président de FDN, ce changement doit amener de nouveaux abonnés à son « ADSL bio », neutre. « L'objectif est de baisser le prix. Il est très difficile d'aller voir une partie du public qui, bien que convaincue de l'intérêt éthique et politique de [FDN], dit qu'elle ne peut pas se permettre de payer 60 euros par mois pour une ligne ADSL » nous déclare-t-il.

Jusqu'ici, une ligne en dégroupage partiel coûtait 29 euros par mois, auxquels il fallait ajouter 18 euros pour la ligne à l'opérateur historique. Désormais, en dégroupage total, un client pourra payer uniquement 40 euros par mois à FDN, incluant la ligne Orange (environ 9 euros). Les clients qui pourront migrer y gagneront quelques euros par mois, l'association maintenant son offre en dégroupage partiel à 29 euros. Il faut ajouter les frais d'accès au service (78 euros dans tous les cas) et l'adhésion à l'association, de 15,24 euros par an (doublée la première année).

Pour ce prix, l'internaute dispose uniquement d'une connexion Internet, sans téléphonie ni TV par xDSL. Il doit aussi se procurer son propre modem-routeur. Des services sont tout de même fournis, comme un sous-domaine pour un site et une adresse e-mail.

« La marge de FDN est extrêmement faible, de l'ordre de 3 %. Elle sert à payer les frais bancaires pour les prélèvements automatiques, les investissements dans les machines, l'administratif, en plus de subventionner en partie les investissements techniques » nous détaille Fabien Sirjean. C'est aussi elle qui permet de proposer un tarif préférentiel au besoin.

Trouver une alternative à Nerim

Depuis 2009, l'opérateur associatif historique s'appuie sur une collecte de l'opérateur pour entreprises Nerim. Pour résumer, c'est via ce dernier que FDN connecte ses abonnés sur tout le pays, en s'appuyant sur une collecte SFR. « On est allés chez Nerim dans une situation pas évidente, quand SFR nous annonçait de but en blanc qu'il ne souhaitait plus travailler avec nous, ce qui coïncidait avec l'annonce de notre opposition à la loi Hadopi » se souvient Fabien Sirjean, qui n'a jamais eu confirmation d'un lien.

FDN s'est engagé, pour quelques milliers d'euros, chez Nerim pour maintenir la connexion de fournisseurs d'accès associatifs. Depuis, l'association essaie de trouver un second pied sur lequel se reposer, pour ne pas dépendre entièrement de son partenaire.

La relation avec Nerim ne convient d'ailleurs pas vraiment à FDN, qui se plaint de conditions commerciales peu avantageuses, perdant aussi des automatismes sur la création et la gestion des lignes du temps de Ware ou SFR. Fabien Sirjean se souvient de l'envoi automatisé d'un fax à la création d'une ligne, pour confirmer la demande via le système d'information de l'opérateur, demandé à une époque. Nerim n'a pas répondu à nos sollicitations sur le sujet.

Le dégroupage « total » permet donc à FDN d'accéder à la ligne cuivre sans louer la partie analogique (téléphonique). Nerim l'aurait proposé à l'association il y a deux ans, « dans des conditions tarifaires qui n'étaient pas acceptables et d'engagement qui ne nous convenaient pas ». Le prix du dégroupage total aurait correspondu à celui d'Orange. FDN évoque « une situation de blocage ». C'est là qu'IELO-LIAZO intervient.

IELO-LIAZO : militantisme et automatisation

Il s'agit d'un opérateur d'opérateurs, qui s'appuie sur la collecte Orange (qu'il compte bientôt régionaliser) pour connecter des entreprises. Il est dirigé, entre autres, par des proches de l'Internet associatif. Parmi eux, Arthur Fernandez, ancien président de l'hébergeur Toile-Libre, pendant de nombreuses années.

« Cela faisait même partie des motivations nous poussant à lancer nos sociétés historiques IELO et LIAZO : soutenir des projets libres » nous déclare ce dernier. Depuis 2016, l'entreprise et l'association préparent cette nouvelle offre, « avec la possibilité de tarifs un peu moins élevés que pour les entreprises », affirme Sirjean. L'activité reste mineure pour IELO-LIAZO, qui y voit un acte militant.

Le prix n'est pas le seul avantage. « On peut tout à fait dialoguer avec [IELO-LIAZO] et leur proposer des idées, par exemple d'API. On s'est remis à automatiser un nombre hallucinant de choses » s'enthousiasme le président de FDN. La création et la gestion des lignes demandent bien moins d'efforts aux membres bénévoles du fournisseur d'accès.

Qu'en dit Nerim ? Rien début août, FDN n'ayant pas encore évoqué le sujet avec son partenaire historique. « On a tout intérêt à garder un contrat avec eux et à ce qu'ils s'alignent. IELO-LIAZO est une entreprise qui grossit extrêmement vite mais rien ne nous dit que dans deux ans, trois ans, la structure sera encore opérationnelle et n'aura pas été rachetée par des gens qui ne veulent plus nous vendre d'ADSL » avance avec prudence Fabien Sirjean.

Selon la fédération, ses membres liés à Grenode (Ilico, Illyse, LDN et Rézine) s'appuient déjà sur cette double collecte.

Pour FDN, association militant pour un Internet neutre et ouvert, le dégroupage total pose un problème politique. « Avec IELO-LIAZO, directement sur le réseau d'Orange, on supprime des intermédiaires. On est interconnectés au plus près » résume Sirjean. S'il y a des avantages opérationnels, « on élimine des intermédiaires, donc de la diversité dans l'écosystème FAI, donc, finalement on fait un peu le jeu d'Orange. D'où l'intérêt de garder Nerim ».

Au-delà de FDN, une nouveauté pour les FAI associatifs

FDN ne compte pas presser les clients à passer au dégroupage total. D'autant que tous les abonnés ne verront pas leur débit amélioré. Seul avantage sûr : le prix, qui ne change que pour le client. L'association s'attend tout de même à un afflux de clients dans les prochains mois, grâce au nouveau tarif et au dégroupage total qui fait de FDN un guichet unique pour l'abonné.

L'intérêt réside en bonne part chez les autres membres de FFDN, comme nous le confirment Fabien Sirjean et Oriane Piquer-Louis. « La plupart des associations commencent leur activité en s'appuyant sur la collecte de FDN », avant de chercher une collecte locale dans leur région, nous explique la présidente de la fédération. Via l'offre nationale de FDN, d'autres fournisseurs d'accès locaux pourront donc fournir du VDSL à leurs abonnés. Les réseaux radio tenus par certains membres peuvent aussi voir leurs débits améliorés, en attendant une collecte fibre. 

« Ils ont besoin de points d'entrée dans le réseau. En général, ils prennent des lignes ADSL et fibre là où ils peuvent. Comme FDN n'en proposait pas, ils prenaient en général chez Orange, Free ou celui qui veut bien en vendre. Il est possible qu'ils puissent se mettre à les prendre directement via ce nouveau service » ajoute Sirjean.

Quête d'un nouveau président pour FDN

Pour FFDN, il ne faut pas surestimer l'importance actuelle de FDN en son sein. Le but, pour la fédération et l'association, est toujours de diriger les potentiels abonnés vers de plus petits fournisseurs d'accès locaux. Même si FDN peut atteindre des lignes inaccessibles aux autres.

Pour l'opérateur associatif historique, « l'enjeu à court-terme est d'assister les autres fournisseurs de la fédération qui souhaiteraient monter une collecte en s'appuyant sur celle de FDN ou de Grenode, pour que FDN ne grossisse pas démesurément ». L'idée n'est pas de multiplier le nombre d'adhérents : « Chaque année, je signe au stylo toutes les convocations à l'assemblée générale. Ça me prend un certain temps, vu qu'on est plus de 550. Si jamais on se retrouve avec 1 000, je ne pourrai plus le faire ».

En parallèle, Fabien Sirjean veut trouver son remplaçant dans les mois à venir, pour ne pas reprendre une place centrale, comme l'avait fait Benjamin Bayart, qui a tenu la barque jusqu'en 2013. Avec une association assainie et une collecte de trafic plus solide, l'association pense aborder sereinement les prochaines années, même si le combat pour accéder à la fibre s'annonce rude.


chargement
Chargement des commentaires...