Asteroid Day, une journée internationale pour ne pas oublier le prochain impact

Pendant qu'une étoile s'envole... 44
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Crédits : puchan/iStock
Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Et si un asteroïde venait frapper la Terre et décimer tout ou partie des espèces vivantes ? Scénario catastrophe sur bon nombre de films de science-fiction, il n'en reste pas moins que ce risque existe et qu'il doit être pris en considération. Afin de ne pas l'oublier, le 30 juin est célébré comme étant l'Asteroid Day.

Depuis fin 2016, le 30 juin est reconnu comme étant la journée internationale des astéroïdes par les Nations Unies. Cette année, c'est la troisième édition de ce projet lancé le 3 décembre 2014 par Brian May (oui, il s'agit bien du guitariste de Queen), Danica Remy, Grig Richters et Rusty Schweickart. Cette date est aussi celle de l'anniversaire de l'événement de la Toungouska (Sibérie) en 1908, et ce n'est évidemment pas une coïncidence.

L'Asteroid Day a pour but d'« augmenter la prise de conscience du public concernant le risque d’impact des astéroïdes » expliquent les fondateurs de ce mouvementPour les Nations Unies, il s'agit également d'« informer des mesures qui seront prises pour assurer la communication de crise au niveau mondial en cas de risques crédibles liés aux objets géocroiseurs ». 

Des astéroïdes plein le système solaire, avec parfois un gros potentiel destructeur

Les astéroïdes sont des objets célestes dont la taille s’étend de quelques mètres à plusieurs centaines de kilomètres explique le CNES. Ils font partie des restes de briques qui ont formé les planètes de notre système solaire et se trouvent principalement dans la ceinture d'astéroïdes située entre les orbites de Mars et de Jupiter. Mais il peut en arriver d'un peu partout et certaines croisent la route de la Terre, on parle alors de géocroiseurs. 

En cas de collision, les risques peuvent être dramatiques comme peut en témoigner la Sibérie en 1908. À cette époque, un astéroïde que l'on suppose mesurer environ 50 m explose en Sibérie, 10 km au-dessus de la forêt : « L'explosion dégage plus de 10 mégatonnes d'énergie (cent fois Hiroshima), et souffle les arbres comme des fétus de paille dans un rayon de 20 km. La déflagration aurait été audible dans un rayon de 1 500 km » explique le Centre national d'études spatiales.

Maintenant, imaginez la même scène dans une ville ou une région habitée... L'Asteroid Day est là pour rappeler que ce genre de risque existe, mais faut-il céder à la panique ? Non... mais il faut se préparer et en être conscient : suivant sa taille, un astéroïde peut anéantir une ville entière, voire l'humanité. Les scénarios de films catastrophes regorgent d'idées du genre.

L'histoire de la Terre est marquée de rencontres frappantes

Le danger reste tout de même limité pour l'Agence spatiale européenne (ESA) : en moyenne, un astéroïde « conséquent » ne percute la Terre que tous les dix mille ans ou plus. Plus pragmatique, Patrick Michel – directeur de recherche au CNRS et responsable de l'équipe planétologie de l'Observatoire de la côte d'Azur – propose une analogie parlante : « Même si les fréquences d'impact restent très faibles, comme au Loto où la probabilité de gagner est très faible, il y en a qui gagnent ».

Des « gagnants » on en connait justement : les dinosaures. Le cratère de Chicxulub au large du Mexique est la trace laissée par une gigantesque météorite de 10 km de diamètre qui aurait contribué à leur extinction il y a 65 millions d'années. L'onde de choc a traversé la Terre entière, tandis que des poussières et des cendres auraient plongé notre planète dans l'obscurité pendant plusieurs dizaines d'années.

Il y a évidemment eu des impacts plus anciens, mais également d'autres, plus récents cette fois-ci. Il y a 50 000 ans une météorite de 45 m de diamètre aurait causé le cratère de Barringer : 1 200 m de large et 190 m de profondeur. « Elle a sans doute anéanti toute forme de vie dans un rayon de 4 km » explique le CNES.

Une comète s'écrase sur Jupiter, des astéroïdes frôlent notre planète « régulièrement »

D'autres événements ne se sont pas produits sur Terre, mais rappellent à quel point nous pouvons être un grain de sable dans un immense rouage. En 1994, la comète Shoemaker-Levy s'écrase sur Jupiter, provoquant des impacts de la taille de... la Terre, rien de moins. La puissance estimée est de 10 millions de mégatonnes, soit plus de 600 fois la totalité de l'arsenal nucléaire mondial, excusez du peu.

En 2013, l’astéroïde 2012 DA14 d'une trentaine de mètres de diamètre est passé très près de la Terre (34 000 km seulement) à une vitesse de près de 28 000 km/h. A l'époque, lors d'une conférence de presse relatée par nos confrères de Sciences et Avenir, Donald Yeomans – directeur du bureau NEO du JPL de la NASA – expliquait que, « en moyenne, un astéroïde de cette taille s'approche aussi près de la Terre tous les 40 ans et risque d'entrer en collision avec notre planète tous les 1 200 ans ».

2013 année chargée, notamment avec le météore de Tcheliabinsk

Hasard du calendrier, mais sans aucun rapport l'un avec l'autre, un fragment de météorite est venu frapper la Terre à seulement quelques heures d'intervalle avec le passage de 2012 DA14. Ne mesurant que 17 m et pesant près de 10 000 tonnes, il s'est désintégré dans l'atmosphère près de la ville de Tcheliabinsk en Russie. Les débris ont tout de même fait d’importants dégâts matériels et on estime à environ un millier le nombre de blessés. Plus inquiétant, l’objet n’a pas été détecté avant d’arriver à proximité de la Terre.

Francis Rocard, astrophysicien et responsable des programmes d’exploration du Système solaire, relativise : « Chaque année, la masse équivalente d’astéroïdes qui tombe sur Terre se chiffre en tonnes, mais le plus souvent, ce sont des objets de petite taille qui se pulvérisent en entrant dans l’atmosphère sans dommages ». Si belles en pleine nuit, les pluies de météorites peuvent devenir mortelles suivant leurs tailles.

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Crédits : Alex Alishevskikh CC BY-SA 2.0

Quelle taille pour qu’un astéroïde devienne un « exterminateur » ? 

En effet, plus l’astéroïde est gros, plus il fera de dégâts sur Terre. Pour le CNES, un objet céleste de 1 km creuserait un cratère d’une dizaine de km. S’il mesure le double, alors « ses effets seraient dévastateurs et globaux ».

Mais il n'y a pas de raison de s’inquiéter outre mesure pour l’agence spatiale française : « sur les quelque 730 000 astéroïdes recensés, parmi lesquels 900 Near Earth Objects (NEO) de plus de 1 km – ceux dont l’orbite croise celle de la Terre – aucun ne présente un risque identifié ». De leur côté, Les Nations Unies dressent un portrait plus global : en octobre 2016, 15 688 objets géocroiseurs était connus, dont 1 894 découverts en 2016.

Si les astronomes pensent avoir découvert pratiquement tous les astéroïdes avec un diamètre d’au moins 1 km gravitant autour de la Terre, il n’est pas exclu d’en voir arriver du fin fond du système solaire. Mais, de manière générale, des monstres du genre peuvent être identifiés au moins une trentaine d’années avant leur arrivée selon le CNES.

Il existe tout de même un problème bien plus embêtant : « ceux qui ne mesurent qu’une centaine de mètres (mais néanmoins capables de faire de gros dégâts à l’échelle locale) sont encore très nombreux à ne pas avoir été repérés ». Même avec un télescope braqué dans la bonne direction, on ne pourrait repérer de tels astéroïdes que quelques jours avant qu’ils ne soient sur nous, explique le CNES.

Un exemple parmi d’autres : « le 14 juin 2002, un astéroïde de 120 m de diamètre, baptisé “2002 MN” nous a frôlés de 120 000 km (soit seulement 1/3 de la distance Terre-Lune), et n’a été repéré que trois jours après son passage ». Afin d’illustrer le propos et de le remettre à l’échelle, le CNES propose une analogie : c’est comme si une balle traversait notre manche sans toucher le bras. Bref, ce n’est pas passé loin.

Existe-t-il des solutions pour éviter la catastrophe ?

Avant de répondre à cette question, il est important de prendre en considération un paramètre dont dépendra très fortement la réponse : de combien de temps disposerions-nous si un géocroiseur devait percuter la Terre ? Quelques jours ? Plusieurs mois ? Des décennies ? Inutile de dire que dans le premier cas nous ne pourrions pas faire grand-chose.

Avec plus de préparation, une des pistes envisagées est de dévier l’objet céleste de sa course à l’aide d’un « impacteur ». C'est notamment l'étude qui sera menée par la mission AIDA qui devrait décoller en octobre 2020. Deux ans plus tard, elle arriverait à destination aux abords du système binaire Didymos (un corps principal de 800 m et une lune naturelle de 170 m de diamètre).

Un petit module baptisé Dart serait alors lancé à pleine vitesse vers le petit satellite Didymoon afin de tenter de le dévier de sa trajectoire. Il faudra maintenant voir si ce projet ira à son terme puisque l'ESA a annoncé son retrait, faute de moyens financiers suffisants.

D’autres solutions peuvent être envisagées, comme le tracteur gravitationnel : placer un satellite à proximité pour dévier petit à petit l’objet de sa trajectoire. Il y a également l’idée d’une « voile solaire » à amarrer sur l’astéroïde afin que les photons lumineux changent sa trajectoire... Il s'agit d'un projet décrit par le CNES, et pas par le scénariste d'Armageddon.

Autant d’idées qui peuvent théoriquement fonctionner, mais qui nécessitent beaucoup de préparation et des mois, voire des années afin de les mettre en place. Afin qu'une solution puisse être trouvée au niveau mondial, les Nations Unies ont annoncé un « accord visant à renforcer la coordination internationale pour faire face aux menaces potentielles d’astéroïdes » en 2013.

Le cas d'Apophis, souvent qualifié d’astéroïde de la fin du monde

Un nom revient régulièrement dans la presse et les scénarios catastrophes : Apophis. Il ne s’agit pas du dieu de la mythologie égyptienne qui symbolise le chaos (bien que l'idée reste la même), mais d’un astéroïde géocroiseur découvert en 2004. Le risque d’une collision avec la Terre était alors de près de 3 %... pas vraiment négligeable pour un beau caillou de 270 mètres de diamètre pour 27 millions de tonnes.

D’après les dernières estimations, il ne percutera pas la Terre et passera à environ 30 000 km le 13 avril 2029, soit une distance inférieure à celle des satellites géostationnaires qui se trouvent à 36 000 km d’altitude. Si le risque est écarté pour la prochaine échéance, la question reste en suspens pour celle d’après, en 2036. Il faudra attendre le passage de 2029 pour affiner les calculs et avoir des estimations fiables. Pour le moment, il n’y a qu’une chance sur 250 000 qu’une collision arrive, mais pas avant 2036 affirme le CNES.

Bref, l’Asteroid Day est l’occasion de rappeler que cette épée de Damocles traine au-dessus de la Terre et de ses locataires. Elle permet également d’informer le public et de rappeler quelques consignes. Par exemple, lors de l’événement de Tcheliabinsk en 2013, « grand nombre de blessures ont été dues aux mauvais réflexes adoptés par les habitants qui - attirés par la brillance de l’événement - se sont précipités vers les fenêtres, celles-là mêmes qui allaient leur éclater au visage quelques secondes plus tard à l’arrivée de l’onde de choc » explique l’observatoire de Paris.

A l’occasion de l’Asteroid Day, 24h de directs ont été mis en place pour évoquer le sujet :


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