Windows 10 S : ses capacités et restrictions en 11 questions

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le mardi 11 juillet 2017 à 16:40
Vincent Hermann

L’annonce de Windows 10 S a surpris. Les caractéristiques du système, a priori réservé au monde de l’éducation, ont laissé des questions en suspens. Nous nous sommes entretenus avec Microsoft pour en savoir plus et éclaircir les principales zones d’ombre.

Microsoft a présenté Windows 10 S en mai pendant une conférence dédiée à l'éducation. Dans les grandes lignes, il s'agit d’une édition Professionnelle dont une composante importante a été supprimée : la possibilité d’installer des applications de manière classique. Les utilisateurs doivent ainsi passer obligatoirement par le Windows Store.

Une telle édition, qui ne peut que rappeler Windows RT dans sa philosophie, pose de nombreuses questions. Microsoft a apporté quelques éléments de réponses, et nous avions déjà publié un premier article pour les résumer. Mais nous avons décidé de creuser plus avant. Stéphanie Piet, chef de produit Windows chez Microsoft France, a ainsi répondu à nos questions.

Quel prix pour passer de Windows 10 S à 10 Pro ?

La première concernait le prix de la mise à jour vers Windows 10 Pro et les conditions pour l’obtenir gratuitement. Les informations données jusqu’à présent étaient fragmentaires, voire contradictoires. La responsable nous déclare que le tarif français (donc en euros) n’est toujours pas connu. On sait cependant qu’il sera de 49 dollars aux États-Unis. Une conversion directe donnerait environ 50 euros, mais les évolutions de la parité euro/dollar ont réservé bien des surprises ces derniers temps.

Au sujet de la migration gratuite, plusieurs moyens existent. Tout étudiant ou enseignant muni d’un compte Education peut donc passer de 10 S à 10 Pro sans débourser un centime, et sans limite de temps. Idem dans le cas d’une personne ayant un statut handicapé et ayant besoin des technologies d’accessibilité.

Vient ensuite la promotion spécifique valable jusqu’au 31 décembre. Ce point n’était pas clair, les informations évoquant parfois le seul cas du Surface Laptop, parfois les autres machines sous Windows 10 S. La réponse est finalement claire : toute machine vendue à plus de 799 dollars y a droit, d’où l’inclusion du Laptop dans l’offre.

Peut-on revenir à Windows 10 S ?

La question peut sembler fantaisiste : pourquoi reviendrait-on à une version du système nécessairement bridée par rapport à la Professionnelle ? Parce qu’en fonction du contexte, l’opération peut s’avérer intéressante, par exemple pour apporter une couche supplémentaire de sécurité sur un petit parc informatique, du fait des limitations imposées.

Stéphanie Piet nous répond : « Pour le moment, le passage de Windows 10 S à Windows 10 Pro n’est conçu que pour fonctionner dans un sens pour les utilisateurs. Cependant, en cohérence avec notre programme de support pour la gamme Surface, une image de restauration est disponible sur le site de Microsoft. Le Surface Laptop peut donc retrouver sa configuration d’usine si besoin ».

Quand doivent arriver les premières machines Windows 10 S ?

C’est l’autre grande question sur Windows 10 S. Stéphanie Piet nous indique ne pas connaître précisément de date de commercialisation, mais nous confirme qu’une « large gamme » est prévue chez les constructeurs « au cours des prochains mois ». Les appareils sous Windows 10 S auront un prix de départ de 229 dollars, ou 299 dollars avec un stylet (et donc un écran tactile), mais uniquement chez Acer et HP dans ce cas. Là encore les tarifs en euros ne sont pas connus.

Curieusement, Stéphanie Piet tient à nous rappeler qu’il existe déjà des machines sous Windows 10 Professionnel, avec des prix inférieurs. Elle nous précise ainsi que les premiers prix commencent à 189 dollars (encore et toujours des tarifs américains), chez des constructeurs tels qu’Acer, Asus, Dell, Fujitsu, HP, Samsung, et Toshiba.

Ce point illustre en partie les problématiques autour de Windows 10 S. Il faudrait qu’un établissement scolaire ait spécifiquement besoin du blocage des installations hors-Store pour se tourner vers le système. Cependant, et comme nous l'avions indiqué, ce blocage peut déjà être imposé dans un parc Windows 10 Professionnel via une politique activée au niveau du serveur.

La France est-elle vraiment concernée ?

Stéphanie Piet nous assure que c’est bel et bien le cas : « Nous travaillons actuellement avec nos partenaires constructeurs. Des machines vont aussi être proposées en France avec Windows 10 S prochainement. Nous ne communiquons pas de liste aujourd’hui ».

La situation en Europe semble donc encore floue. Impossible de savoir si de telles machines vont se retrouver sur les étalages des magasins et vendus tels quels. Auquel cas l’éditeur doit se préparer à une communication claire sur le sujet, car il sera particulièrement difficile de faire comprendre aux clients que ces produits sont fournis avec un Windows 10 qui ne permet pas de faire tout ce qu’un Windows est censé permettre.

Les applications UWP extérieures au Store peuvent-elles être installées ?

La question méritait d’être posée. L’installation hors-Store vise surtout les applications Win32, mais il est également possible de lancer des versions UWP, si le réglage idoine est activé dans les Paramètres, en se rendant dans Windows Update puis dans « Pour les développeurs ». Par défaut, le choix est sur « Charger une version de test des applications », mais en basculant sur « Mode développeur », on peut installer n’importe quelle application UWP récupérée sur Internet.

Mais Windows 10 S ne propose pas cette option. Stéphanie Piet est d’ailleurs claire sur le sujet : « Non car Microsoft s’assure que les applications du Windows Store remplissent tous les critères de sécurité et de maintien de la performance des machines ». Qu’il s’agisse de logiciels Win32 ou UWP, il faudra donc toujours passer par le Store.

Nous avons aussi demandé de quelle manière ce blocage était effectué, à savoir par réglages figés ou par l'absence de composants nécessaires, mais pas de réponse ici.

Quelle situation pour les pilotes ?

C’est l’une des interrogations les plus importantes. Puisqu’on ne peut lancer aucune installation d’exécutable autrement que depuis le Store, on ne peut pas en lancer non plus pour des pilotes, souvent fournis sous la forme d’un EXE.

Stéphanie Piet nous répond : « Tout ce qui fonctionne sous Windows 10 doit fonctionner sous Windows 10 S. Compte-tenu de la multitude de pilotes existants, nous travaillons avec notre écosystème pour garantir cette disponibilité », avant d’ajouter que les utilisateurs peuvent poser la question aux constructeurs.

En d’autres termes, Windows 10 S pourra compter sur la réserve de pilotes fournis par Windows Update et qui couvrent de très nombreux matériels. Très nombreux, mais pas tous. La question se pose invariablement pour ceux qui exigeront l’installation de pilotes fournis sur CD. Là encore, les utilisateurs pourraient déchanter si une action aussi simple que brancher un nouveau périphérique est impossible.

Si elle ne l’est pas, le pilote fourni par Windows Update sera donc là en renfort, mais il est parfois basique. Traduction, le matériel fonctionnera, mais pas nécessairement dans des conditions optimales. On pense au cas simple d’une carte son externe : les fonctions principales seront présentes, mais les programmes fournis pour gérer finement les entrées/sorties pourraient ne pas être présents.

Nous n’avons malheureusement pas plus de détails pour l’instant et les précisions risquent de n’arriver qu’avec la commercialisation et la pratique du système.

Et pour les mises à jour ?

Là encore, la question peut sembler « bateau », mais certains de nos lecteurs s’interrogeaient à ce sujet. Stéphanie Piet nous confirme bien que les mises à jour de sécurité, cumulatives et majeures seront distribuées en même temps que pour les autres éditions. Après tout, la base du système est la même.

Pourquoi des outils tels PowerShell ne fonctionnent-ils pas dans Windows 10 S ?

La question illustre l’orientation particulière prise par Windows 10 S. La limitation sur les installations hors-Store n’est en effet pas la seule sur cette version du système.

Pour Microsoft, ces outils sortent tout simplement du cadre d’utilisation de l’édition S. « Les outils tels que cmd.exe, Powershell ou bien la base de registre, entre autres, sont désactivés pour garantir cette sécurité et cette assurance aux utilisateurs qui n’utilisent pas ces outils avancés » nous explique Stéphanie Piet.

Voici d’ailleurs la liste des exécutables normalement fournis et absent de 10 S : bash.exe, cdb.exe, cmd.exe, cscript.exe, csi.exe, dnx.exe, kd.exe, lxssmanager.dll, msbuild.exe, ntsd.exe, powershell.exe, powershell_ise.exe, rcsi.exe, reg.exe, regedit.exe, regedt32.exe, windbg.exe, wmic.exe et wscript.exe.

Elle ajoute que 10 S est conçu pour ceux qui veulent utiliser leurs applications sans avoir à gérer quoi que ce soit d’autre. D’ailleurs, les utilisateurs qui en veulent davantage pourront se tourner vers Windows 10 Professionnel. D’où l’intérêt finalement de se poser très clairement la question au moment de l’achat : si l’édition Professionnelle se trouve sur des machines moins chères et ne comporte aucune limitation, beaucoup risquent de ne guère hésiter.

Quelles sont les catégories de logiciels ne fonctionnant pas sur 10 S, même s’ils viennent du Store ?

Stéphanie Piet nous assure « que tout ce qui est dans le Windows Store fonctionne sous Windows 10 S ». Dans la pratique, il se pourrait que ce ne soit pas aussi simple.

Il s’agit encore ici d’un point à éclaircir. De nombreux outils jugés « techniques » n’étant pas présents, il reste à voir ce que Microsoft entend par « tout ». Un programme tel que CPU-Z peut-il être distribué dans le Store ? Qu’en est-t-il d’un étudiant qui voudrait installer un environnement de développement intégré ?

La FAQ du système reste d’ailleurs assez floue sur ces questions, l’éditeur semblant tabler sur du « cas par cas ».

Y a-t-il d'autres limitations à prendre en compte ?

La limitation la plus mise en avant concerne donc le Windows Store, seul portail pour installer des applications. Mais il en existe d’autres, qui découlent plus ou moins directement de ce blocage.

On rappellera tout d’abord que Windows 10 S n’autorise qu’Edge en navigateur web. Microsoft impose ici des conditions qui ressemblent à s’y méprendre à celles d’Apple sur iOS. Pour des questions de « sécurité », il faudrait en effet que des concurrents tels que Chrome et Firefox utilisent les moteurs de rendu et JavaScript d’Edge, qui s’exécutent dans un cadre plus strict. Ces versions ne seraient alors que des interfaces embarquant des web views, ce qui risque de motiver assez peu Google et Mozilla, pour ne citer qu’eux.

Parmi les autres cas impossibles d’utilisation sous Windows 10 S, notez qu’il sera également impossible d’installer la moindre distribution GNU Linux pour profiter du sous-système, du coup absent dans cette édition, tout comme bash.exe. Dommage, alors que l’on peut désormais trouver Fedora, Suse et Ubuntu dans le Windows Store.

Autre point, qui risque de faire grincer des dents Kaspersky : on ne peut installer aucun antivirus tiers. La protection de l’utilisateur passera uniquement par Windows Defender. De même, certaines solutions de sauvegardes et utilitaires disque ne pourront pas fonctionner, puisque ce type de programme utilise souvent des pilotes filtres pour le système de fichiers.

Une dernière limitation, pour la route : impossible pour une machine Windows 10 S de rejoindre un domaine, lui interdisant de ce fait toute gestion via l’annuaire Active Directory. Seule exception, la version Azure de ce dernier.

Le futur de Windows ?

C’est LA grande question. Microsoft teste ici le concept d’un Windows 10 centré avant tout sur ses propres solutions. Un système Microsoft, un navigateur Microsoft, un antivirus Microsoft, des applications tierces validées par Microsoft…

La réponse du public sera probablement déterminante. Il faut noter tout de même que Windows 10 S, même s’il sera lancé en Europe, est essentiellement une réponse aux Chromebooks, qui remportent un succès croissant aux États-Unis. En le comparant donc directement à Chrome OS, on peut comprendre l’orientation des choix faits par Microsoft pour un système qui, de toute façon, ne doit normalement viser que le domaine éducatif.

Microsoft ne peut cependant pas ignorer que son système soulève de nombreuses interrogations et craintes. Un cadre d’exécution aussi strict et verrouillé ne peut qu’engendrer la méfiance, et il est probable que l’éditeur profite de l’occasion pour mener une expérience.


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