Législatives 2017 : la nouvelle configuration numérique de l’Assemblée nationale

En Marche vers le siège 112
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Crédits : Richard Ying et Tangui Morlier (CC BY-SA 3.0)
Loi
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le lundi 19 juin 2017 à 10:30
Marc Rees

Le deuxième tour des législatives a consacré sans surprise la présence massive de députés LREM. Dans le même temps, plusieurs personnalités qui avaient nourri les débats sur ce thème disparaissent des écrans : Lionel Tardy, Sergio Coronado, Christian Paul, et bien d'autres.

Hier, près de trois quarts des 577 sièges de l’Assemblée ont été renouvelés. Accompagné par le MoDem, La République En Marche (LREM) arrive en force dans l’hémicycle avec 350 députés. Avec cette majorité absolue, sur le papier et au-delà, il n’y aura donc aucun risque pour Emmanuel Macron de ne pas voir ses textes passer comme une lettre à la poste dans cette chambre, et notamment la prolongation de l’état d’urgence ou l’énième nouvelle loi contre le terrorisme.

Dans les camps d’en face, les Républicains et l'UDI occupent désormais 137 sièges. Le PS adossé à EELV 46, la France Insoumise 17, le FN, 8. Autant dire que, s’il compte revenir sur ses habitudes constatées entre 2012 et 2017, le PS ne pourra saisir seul le Conseil constitutionnel, pas plus d’ailleurs que les autres groupes minoritaires.

Il devra stratégiquement s’allier au parti de Jean-Luc Mélenchon s’il veut atteindre la barre des 60 députés. C’est le seuil exigé pour pouvoir faire examiner un texte par le Conseil constitutionnel dans le cadre d’un contrôle a priori. À défaut, seuls les Républicains auront cette liberté, ou bien sûr, 60 sénateurs dans la Haute assemblée.

Un carnage

Le carnage constaté lors du premier tour se poursuit. Plusieurs parlementaires très impliqués sur le numérique n’ont pas survécu au tsunami macroniste.

Pour les Français de l’étranger, dans la 3e circonscription (Europe du Nord), l’ex-secrétaire d’État au numérique Axelle Lemaire (PS) est battue par Alexandre Holroyd (LREM). Aux États-Unis, à 79,25 % contre 20,75 %, le LREM Roland Lescure, frère de Pierre, croque d’une bouchée le député Frédéric Lefebvre (LR).  

Sergio Coronado (non inscrit), très actif lors des débats sur la loi Renseignement et tous les autres textes touchant aux libertés numériques, s’incline devant Paula Forteza, la nouvelle élue LREM de la zone Amérique latine et Caraïbes.

Jean-Jacques Urvoas et Lionel Tardy battus

Plus près de nous, remarquons la disqualification même du père de la loi Renseignement : l’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas (PS) ne siègera plus sur les bancs de l’Assemblée nationale. Il a été vaincu par Annaïg Le Meur dans la circonscription de Quimper. Encore une députée LREM.

Dans le groupe LR, dans la deuxième circonscription de Haute-Savoie, le député Lionel Tardy devra laisser sa place à Frédérique Lardet, elle aussi LREM. C’était l’un des rares à s’intéresser de près à la redevance copie privée, avec Isabelle Attard, tombée dès le premier tour. À Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet vacille devant un autre soutien d’Emmanuel Macron, Gilles Le Gendre.

Adieu les « mousquetaires » des lois Hadopi et DADVSI

Les derniers « mousquetaires » des lois DADVSI et Hadopi sont tout autant contraints de déserter l’Assemblée nationale. Dans la Nièvre, le député PS sortant Christian Paul n’a pu rattraper son retard face à Patrice Perrot, candidat LREM. Même funeste sort pour son collègue Patrick Bloche. L’actuel président de la Commission des affaires culturelles a été battu par Pacôme Rubin (LREM).

Rare députée sortante à sauver sa place, Laure de la Raudière (LR). Dans la troisième circonscription d’Eure-et-Loir, la coauteure du rapport sur la neutralité du Net s’est maintenue face à un candidat du Parti Radical de Gauche, Harold Huwart.

Franck Riester (LR), vrai « gus dans un garage » et rapporteur de la loi Hadopi, est également réélu dans la cinquième circonscription de Seine-et-Marne. Les sociétés de gestion collectives apprécieront tout autant la victoire d’Émilie Cariou (LREM) dans la deuxième circonscription de la Meuse.

L’élection d’Émilie Cariou, un « magnifique succès »

Pascal Rogard, pris d’une immédiate passion pour ce département, y voit un « magnifique succès ». Certes, voilà une circonscription lointaine de leurs intérêts, mais les sociétés de gestion collectives se souviennent de ces années de proximité avec l’ex-conseillère aux affaires européennes, internationales et numérique du ministère de la Culture.

Une mitoyenneté d’autant plus cruciale que l’ancien responsable des relations institutionnelles de Canal+ puis de la SACEM, Blaise Mistler (LREM) a finalement été vaincu dans la Manche. Remarquons l’élection de Constance Le Grip dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine. L’ancienne eurodéputée, jugée « excellente » par le milieu de l’industrie culturelle pour ses positions sur le droit d’auteur, arrive donc à l’Assemblée nationale.  

Le député Mounir Mahjoubi

Najat Vallaud-Belkacem (PS) est battue dans la 6e circonscription du Rhône. C’est Bruno Bonnell qui l'emporte. Actuellement entrepreneur spécialiste de la robotique, il fut notamment cofondateur d’Infogrames en 1983. Par contre, sur la Côte d’Azur, Alexandre Zapolsky PDG de Linagora, parti pourtant vainqueur, s'incline finalement face au candidat LR Jean-Louis Masson. Il a sans doute succombé à plusieurs articles de presse qui ont fait état de « ses méthodes brutales »

Florence Granjus qui fut candidate En Marche, l'emporte dans les Yvelines. Elle compte pour suppléant Emeric Vallespi, le président de Wikimédia France.

Enfin, dans la 16e circonscription de Paris, Mounir Mahjoubi, actuel secrétaire d’État au numérique et ex-président du Conseil national du numérique, l’emporte de peu face à Sarah Legrain (48,5%). Il n’aura donc pas à démissionner de son poste.

Malgré le tsunami LREM, Mounir Mahjoubi assure ne pas avoir « peur d'une Assemblée godillote. Vous allez avoir des gens qui vont débattre, qui ne seront pas toujours d'accord. On va enfin remettre de la vie et du débat à l'Assemblée ».

Analyse un peu différente chez un autre candidat LREM, masqué et interrogé vendredi dernier par Libération : « Il faudra trouver un moyen de scénariser une pluralité de tendances entre nous pour qu’il y ait un semblant de débat. Il ne faudrait pas que le seul débouché pour les idées soit la rue ». 


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