Aux portes de la bourse, Altice USA détaille une stratégie calquée sur SFR

Souviens-toi, l'hiver dernier... 10
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Société
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le jeudi 15 juin 2017 à 16:50
Kevin Hottot

Altice USA a annoncé cette semaine vouloir s'introduire en bourse. L'opération devrait rapporter une coquette somme à l'entreprise, mais elle permet également à tout un chacun de pouvoir jeter un œil précis sur ses projets, qui ont un petit air de déjà vu.

L'annonce était attendue de longue date et a finalement pris place ce début de semaine. Altice USA, la filiale américaine regroupant Optimum (ex Cablevision) et Suddenlink, souhaite ouvrir au public son capital (PDF). En procédant ainsi, l'entreprise se trouverait dans une meilleure posture pour envisager de nouveaux rachats, à un moment où l'administration Trump relâche la bride en matière de régulation, notamment en ce qui concerne les télécoms.

Un milliard, et plus si affinités

Évacuons tout de suite la partie chiffrée de l'affaire. Altice va proposer à la vente 46,551 millions d'actions à un tarif qui devrait se trouver dans une fourchette comprise entre 27 et 31 dollars par action. De quoi espérer injecter entre 1,256 et 1,443 milliard de dollars dans les caisses de l'entreprise. 

Dans le cas où davantage d'acheteurs se présenteraient, 5,172 millions d'actions supplémentaires pourraient être émises. Dans l'hypothèse où la fourchette de prix initiale serait respectée, cela pourrait représenter un bonus de 140 à 160 millions de dollars. 

Altice entend toutefois garder les pleins pouvoirs sur sa filiale. Pas question donc de laisser des tiers s'emparer d'un nombre trop important de droits de vote. À l'issue de l'opération, Altice USA explique que sa maison mère et la holding de Patrick Drahi disposeront encore de 75,2 % du capital, mais surtout de 98,5 % des droits de vote. De quoi se mettre à l'abri de toute tentative hostile de rachat. 

Altice USA Part de marché

Par la suite, Altice USA détaille en grande partie sa stratégie pour partir à la conquête du marché américain, où malgré ses 9,1 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel, le groupe est encore très loin d'être un acteur majeur. Altice ne compte en effet que pour 4 % du nombre total d'abonnés haut débit du pays. 

The Altice Way

Souvenez-vous. En septembre 2016 Altice annonçait vouloir racheter l'ensemble du capital de SFR et présentait son nouveau modèle d'affaire baptisé Altice Way, qui dans sa version française comprenait les éléments suivants :

En échange de ces quelques bons procédés, on pouvait alors lire : « Altice et SFR Group envisagent d’instituer une rémunération spécifique du modèle Altice, qui devrait être formalisé et soumis à l’approbation de leur conseil d’administration à la fin de l’année 2016 ». 

Au fil de son exposé aux futurs actionnaires du groupe, Altice USA ne cesse de vanter le modèle mis en place par sa maison-mère. « En tant que branche américaine d'Altice N.V, nous sommes pilotés à tous les niveaux par l'Altice Way – la méthode inspirée par notre fondateur », avec cette fois-ci une définition enrichie : 

  • Simplifier et optimiser l'organisation au travers de la rationalisation des procédés commerciaux, la centralisation de fonctions et l'élimination des dépenses opérationnelles non-essentielles 
  • Réinvestir dans l'infrastructure et le contenu, y compris remettre à niveau le réseau HFC (Hybride fibre-coaxial) et construire un réseau FTTH (fibre jusqu'à l'abonné) pour renforcer les capacités de l'infrastructure et la compétitivité
  • Investir dans la vente, le marketing et l'innovation, y compris dans la fabrication de la marque, l'amélioration des canaux de vente et automatiser les processus d'approvisionnement et d'installation
  • Améliorer l'expérience client en lui offrant une plateforme moderne combinée avec une connectivité supérieure et des services
  • Assurer la croissance des revenus et du flux de trésorerie au travers de gains de part de marché, le lancement de nouveaux produits et l'amélioration de l'efficacité opérationnelle et capitalistique. 

À la différence de ce qui avait été remarqué lors de la tentative de rachat complet de SFR en septembre dernier, Altice USA ne mentionne pas de versement de royalties à sa maison mère au titre de l'utilisation de ces méthodes maison. Dans le cas du groupe Altice, cette rationalisation sévère des coûts est notamment une conséquence de l'achat à effet de levier (LBO), où l'opérateur racheté rembourse le prêt contracté pour l'acquérir.

Modernisation du réseau, joue-la comme SFR

Concernant la modernisation de son réseau aux États-Unis, Altice compte poursuivre deux lièvres à la fois, un peu comme en France. L'entreprise part du constat que sur le marché américain, la croissance des abonnements au câble se fait au détriment du marché de l'ADSL, « parce que les clients sont à la recherche de meilleures vitesses de téléchargement ».  

La solution est donc toute trouvée, avec dans un premier temps la modernisation du réseau câble, afin de l'adapter au standard DOCSIS 3.1, capable selon l'opérateur de débits atteignant 10 Gb/s en téléchargement et 1 Gb/s dans le sens montant. Pour la suite, Altice USA veut pouvoir s'appuyer sur la fibre jusqu'à l'abonné (FTTH).

Fibre optique
Crédits : alexskopje/iStock/Thinkstock

« Étant données la croissance continue de la consommation de données et l'augmentation de la pénétration du haut débit, nous croyons que détenir un réseau FTTH serait un élément différenciant sur le plan stratégique pour les fournisseurs d'accès », indique ainsi la filiale américaine d'Altice. 

La stratégie d'Altice USA n'est donc pas très différente de celle esquissée par SFR dans l'Hexagone. Interrogé par nos soins en mai 2016, l'opérateur évoquait la possibilité de maintenir son réseau câblé pendant encore cinq à dix ans, avant d'envisager plusieurs pistes pour la suite. 

« Est-ce qu'on aura remplacé [l'infrastructure actuelle] par des câbles coaxiaux plus performants parce que, finalement, ça permettra de rester sur la même technologie (dite DOCSIS) qui monte en débit mais qui a besoin d'une bande passante plus large ? Ou est-ce qu'on les remplacera par de la fibre optique et que le GPON, l'IP et le DOCSIS vont complètement fusionner ? C'est encore un peu difficile à dire », tergiversait l'opérateur. 

Des synergies sur les box

Les synergies vont également bon train autour des box. Il s'agit d'un sujet primordial pour Altice, si bien que le groupe néerlandais a pris le risque d'interférer dans les plans de SFR pour insuffler avant l'heure l'idée de développer une seule box, utilisable sur l'ensemble des marchés ou le groupe est présent. 

« Faut faire une seule boite, pour SFR, NC et Altice dans le reste du monde, avec câble/fibre/ADSL en groupant les achats et faisant baisser les prix actuels. Faites les specs, je vais vous présenter notre CTO Groupe et on négociera un contrat groupe », signalait ainsi Patrick Drahi dans un email destiné à la direction de SFR. Il s'agit d'ailleurs d'un des éléments relevés par l'Autorité de la concurrence ayant mené à une amende de 80 millions d'euros pour l'opérateur français. 

Cette boîte unique est sur le point de faire son entrée sur le marché américain, si l'on se fie aux documents transmis par Altice à ses futurs investisseurs. « Pour améliorer l'expérience client, nous prévoyons d'introduire un nouveau hub de communication durant le deuxième trimestre. Il s'agit d'une plateforme innovante et intégrée, avec une interface dynamique et sophistiquée, combinant une set-top box, un routeur internet et un modem câble. C'est le hub le plus avancé que proposé par les entités du groupe Altice ».

Numericable LaBox

Derrière cette fameuse box, on retrouve en fait un dérivé de LaBox, le modem câble employé par Numericable, mais dans une version capable cette fois-ci d'afficher des contenus en 4K. Il disposera ensuite de fonctionnalités supplémentaires, intégrées au fil de l'eau. Dans un premier temps, seuls les clients d'une offre triple-play au États-Unis y auront droit.

Il sera par ailleurs intéressant de voir si cette nouvelle box aura vocation à débarquer sur le marché français dans un avenir proche. Pour l'heure, SFR commercialise à la fois sa Box 4K sur les offres câble, ou sa Box Plus sur les offres FTTH en plus sa box « classique » sur ses offres d'entrée de gamme, sur le cuivre comme sur la fibre. Nous sommes donc encore bien loin de l'harmonisation espérée par Patrick Drahi il y a quelques années.

Même pas (peur) de (la) concurrence

Altice en profite enfin pour rassurer ses investisseurs qui craindraient du fait de sa toute petite empreinte sur le marché américain, que la multinationale néerlandaise se fasse tout simplement écraser par la concurrence. Elle a pour cela des arguments tout trouvés. 

Le premier, est que la concurrence aux États-Unis n'est pas si forte entre les différents opérateurs, chacun étant implanté sur des métropoles diverses et les cas où plusieurs marques sont disponibles au même endroit se font plutôt rares. « Nous pensons que moins de 15 % de notre empreinte avec Suddenlink fait face à la concurrence d'un fournisseur offrant des débits comparables à nos meilleurs produits », balaie ainsi Altice USA. 

Par ailleurs, Altice assure que ces marchés devraient rapidement lui sourire, étant donné que le taux de pénétration des offres à très haut débit (au moins 25 Mb/s descendant) ne représentait que 37 % de sa clientèle au 30 juin, contre une moyenne de 48 % à l'échelle nationale. Par conséquent, la marge de croissance serait bel et bien là. Il reste maintenant à savoir si tout ceci a suffi à convaincre les investisseurs, et la réponse ne sera pas connue avant de longues semaines.


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