Prixtel lance son forfait Blu « gratuit » avec publicités, plongeon dans ses conditions

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Téléphonie
Guénaël Pépin

Sous sa marque Blu, Prixtel ambitionne de fournir une offre tournée vers les adolescents à base de publicités, sans que ceux-ci n'aient à débourser le moindre centime. La contrepartie : des campagnes ciblées et des téléchargements d'applications sur Android, avec des restrictions d'usage parfois importantes.

Il y a quelques jours, l'opérateur virtuel Prixtel annonçait son forfait « gratuit » Blu, à la consommation financée par des actions diverses. L'offre, pour le moment réservée à Android, s'adresse ouvertement à un public jeune, à coups de tutoiements, d'interface colorée et de ludification massive. L'utilisateur dispose ainsi de niveaux à atteindre en collectant des « éclairs », la monnaie du service.

La cible ? « Les 15-25 ans » nous affirme David Charles, fondateur de Blu. Il s'agit d'une marque de Prixtel, en gestation depuis trois ans et demi, avec l'arrivée de Free Mobile. Pouvoir proposer « gratuitement » des services mobiles n'était pas possible avant, pense notre interlocuteur, pour qui l'émergence des offres low cost de Free a contribué à une grande baisse de valeur des services mobiles.

C'est pourtant SFR qui accueille le MVNO et sa marque, destinée aux jeunes ou aux parents « qui ne souhaitent pas payer de forfait ».

Blu risque d'être limité encore un moment à Android, certaines des fonctions étant impossibles à répliquer côté Apple, même si l'équipe ne désespère pas de s'y étendre à terme. Au-delà d'un modèle publicitaire qui soulève des questions, nous avons épluché les conditions de l'offre (PDF) et interrogé l'entreprise à leur propos, notamment en termes de pression publicitaire et d'utilisation des données.

Un compte prépayé à recharger par actions

Concrètement, Blu est une application Android demandant la création d'un compte, préalable à l'envoi d'une carte SIM gratuite, avec possibilité de portabilité. Une fois celle-ci reçue, un premier pécule d'éclairs est crédité sur un compte prépayé, dans lequel chaque consommation piochera. La portabilité fournira d'ailleurs plus d'éclairs à l'inscription.

Le compte se recharge ensuite par des actions, comme le visionnage de publicités ou le déverrouillage du smartphone avec un écran de verrouillage publicitaire (la « Mer de pub »). Un dispositif qui n'est pas sans faire penser à ce que propose Ulike, qui est présenté comme l'un des biais les plus rémunérateurs aujourd'hui.

Dans ses conditions d'utilisation, l'entreprise ne se risque pas à fournir une table de conversion fixe entre action effectuée et « éclairs », le rapport étant amené à évoluer. Les gains seraient importants pour le moment, pour attirer des utilisateurs. Par exemple, trois heures d'appel correspondraient à un demi-téléchargement de certaines applications. 

Quid de la rentabilité ? « Aujourd'hui, le but est d'acquérir des clients. L'équilibre devrait plutôt se trouver par la suite », même si l'ensemble devrait changer dans les prochains mois, dans une direction qui n'est pas encore définie, nous explique l'entreprise.

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Des recharges payantes disponibles

Des recharges payantes sont aussi proposées en cas de besoin, même si « ce n'est clairement pas notre but », avance David Charles. Il en coûtera 3 euros pour 1 200 éclairs, 10 euros pour 4 500 et 15 euros pour 7 000 éclairs. Pour référence, une minute d'appel ou un Mo consommé en 4G en France coûtent 16 éclairs. Trois jours de SMS et MMS illimités, eux, sont proposés à 700 éclairs.

Notons qu'effectuer des « actions » de recharge sur le réseau mobile consommera en soi des crédits. Dans un cas extrême, l'application pourra donc forcer l'utilisateur à recharger son forfait en Wi-Fi s'il ne dispose plus d'assez d'éclairs pour remplir son compte de la sorte. Les téléchargements d'applications sont réservés au Wi-Fi.

Autre remarque : la carte SIM fournie n'est pas éternelle. Si aucune recharge n'est effectuée, que ce soit par action ou en payant, elle est désactivée au bout de six mois. Tout crédit non consommé est perdu dans ce cas.

Un modèle publicitaire et des restrictions

Le tout se fonde sur l'affichage constant de publicités, avec un encouragement à activer la Mer de pub à chaque déverrouillage du smartphone. Le modèle peut aussi poser la question de la neutralité du Net, en mettant en avant certains contenus (même si leur consultation consomme des données comme le reste). À cela, Blu répond qu'il « n'oblige personne » à télécharger tel ou tel contenu.

« C'est un choix de société. Personne n'oblige les gens à s'inscrire sur Facebook, avec leurs pavés de publicité, ou Google Docs. Blu suit ce mouvement dans l'idée de fournir la meilleure valeur à ses utilisateurs, mais n'a pas créé le modèle » défend David Charles. La société dit pourtant innover en l'appliquant aux forfaits mobiles, et reconnaît que l'équilibre entre service offert et pression publicitaire est primordial.

Blu estime bien que son service peut s'adresser à de gros consommateurs, qui peuvent bien financer « gratuitement » leurs usages, sans plafond d'éclairs. Certains usages sont pourtant bannis : le partage de connexion (tethering), les appels de plus de deux heures et l'utilisation de plus de cinq terminaux par mois. Le service peut aussi empêcher de créditer son compte ou d'utiliser les crédits existants.

Quels abus sont visés ? Selon David Charles, il s'agit de « détournements du modèle ». Après quatre jours de disponibilité, l'entreprise a remarqué la simulation de terminaux Android sur PC, pour gagner rapidement des éclairs. Des correctifs de l'application sont déjà censés les bloquer.

Des données traitées en dehors de l'UE

L'offre, qui s'adresse aux adolescents, fournit des masses de données personnelles à des régies publicitaires tierces, dont certaines situées en dehors de l'Union européenne. Les conditions générales d'utilisation précisent bien que Blu fournit ces informations, et qu'elle n'a pas un contrôle complet dessus.

David Charles nous déclare tout de même que cela n'inclut pas l'état civil de l'utilisateur, malgré le profilage, pour fournir des publicités toujours plus ciblées sur le public de l'application. En cas de problème, le compte peut être supprimé simplement, via une option de l'application.

Le service est amené à évoluer rapidement, au fil des retours d'internautes sur cette bêta et avec l'arrivée de fonctions prévues. David Charles se dit d'ailleurs étonné de la masse de retours d'utilisateurs, « très impliqués » par rapport à ceux de Prixtel, notamment sur les réseaux sociaux.

Dans l'année à venir, d'autres modes de rémunération doivent venir, comme l'essai de jeux vidéo sans installations ou des publicités géolocalisées (si l'utilisateur le souhaite). Des fonctions sociales doivent aussi faire leur apparition, comme le partage d'éclairs dans le courant de l'été.

Pour le moment, l'application affiche entre 1 000 et 5 000 téléchargements sur le Play Store. Pour quel objectif ? Difficile à dire, répond le fondateur de la marque. « Si nous avons 100 000 utilisateurs cette année, ce sera déjà pas mal » se risque -t-il tout de même à estimer. Il reste donc à voir, si d'ici l'an prochain, l'offre attirera autant d'internautes, voire si elle créera des émules chez la concurrence.


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