4G fixe : NomoTech prépare de premiers réseaux publics, pour l'instant sans fréquences

La course aux 3,5 GHz 3
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FAI
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le lundi 29 mai 2017 à 16:00
Guénaël Pépin

En attendant la fibre, les campagnes se voient promettre des réseaux 4G très haut débit. Sur ce créneau, l'opérateur NomoTech annonce une première offre commerciale dès septembre en Seine-et-Marne, avant d'autres départements. L'annonce est rapide, voire anticipée, les fréquences nécessaires n'étant pas encore attribuées.

L'avènement des réseaux 4G dédiés à l'Internet fixe se précise. L'opérateur NomoTech, spécialisé dans les infrastructures radio, annonce pour septembre une première commercialisation en Seine-et-Marne, avec le déploiement de 33 sites. L'objectif est de fournir un débit de 30 Mb/s via des offres dédiées aux habitants de ces zones, déjà ciblées par des opérateurs nationaux comme Bouygues Telecom, qui connecte des 4G Box sur son réseau mobile.

Ce premier pas de NomoTech en Seine-et-Marne (signé en avril) suit l'expérimentation lancée début 2016. L'entreprise doit utiliser les fréquences 3,5 GHz (sur 40 MHz) en TD-LTE. La particularité de cette technologie est la « séparation temporelle » (TDD). Plutôt que d'utiliser des fréquences pour l'envoi des données et d'autres pour la réception, les mêmes servent dans les deux sens, avec une alternance automatisée.

Les technologies radio doivent compter pour quelques centaines de milliers d'abonnés, principalement via des réseaux terrestres comme la 4G fixe. L'objectif est de fournir une solution d'attente de la fibre, alors que la radio souffre encore de l'image du WiMAX et de ses promesses intenables. Les ambitions à trois ans de NomoTech sont tout de même importantes, comme nous explique l'entreprise, qui revient sur la place des réseaux hertziens dans le plan France THD.

Des fréquences qu'il reste à attribuer

L'annonce est donc importante pour NomoTech, qui semble pourtant mettre la charrue avant les bœufs. Les 3,5 GHz dont dépendra l'entreprise dès septembre ne sont pas encore attribuées. Il n'est même pas sûr qu'elles servent bien à la 4G fixe. Le régulateur des télécoms, l'Arcep, avait mis en consultation publique de janvier à mars une proposition pour attribuer les 2,6 GHz et 3,5 GHz pour cette utilisation, mais l'ensemble reste encore à confirmer.

Cela n'empêche pas Philippe Le Grand, vice-président de NomoTech, d'afficher sa confiance. Le guichet doit ouvrir cet été, avec une attribution des fréquences au plus tard en septembre. « On espère les obtenir en juillet » déclare-t-il. Sans les 3,5 GHz, l'entreprise ne pourrait (technologiquement) compter que sur les fréquences WiMAX, qui permettraient des débits entre 20 et 30 Mb/s.

« On a été prudents, on n'annonce aujourd'hui que des offres à 30 Mb/s, alors que par agrégation de canaux avec les 40 MHz, je suis certain qu'on arrivera tôt ou tard à 100 Mb/s » lance tout de même l'entreprise. Cela ne l'empêche pas d'avoir répondu à cinq appels d'offres pour de la 4G fixe, dont quatre de rénovation de réseaux radio existants (en Wi-Fi ou WiMAX), qui ont pour la plupart fait leur temps. « Il fallait que le secteur passe de l'artisanat à l'ère industrielle. C'est ce que permet le TD-LTE » avance l'opérateur.

Une concurrence qui s'organise

Ces futurs réseaux publics en 4G fixe doivent tout de même compter avec la concurrence des offres des opérateurs nationaux, qui placent des box dédiées sur leurs réseaux mobiles. Un danger ? Pas vraiment, répond NomoTech. Pour la société, la 4G dans les zones rurales existe peu ou n'est pas assez satisfaisante. Elle compte donc convaincre avec des débits de 30 Mb/s en téléchargement et 5 Mb/s en envoi.

« Nous plaçons nos points hauts à plus de 30 mètres, par exemple sur des châteaux d'eau. La plupart du temps, nous remplaçons les équipements radio existants. Soit nous fibrons directement les stations (dans 30 à 50 % des cas), soit nous créons des faisceaux hertziens licenciés 1 Gb/s, soit nous nous appuyons sur une offre d'Orange » détaille Philippe Le Grand.

Commercialement, les premières offres doivent venir du fournisseur d'accès maison, Ozone, et de deux autres acteurs. Chez Ozone, il est question d'environ 30 euros par mois, sans quota officiel de données ni priorisation des flux. NomoTech dit également travailler à la venue d'un « petit grand opérateur » sur ses réseaux radio.

Du côté des professionnels, que vise spécifiquement SFR via sa Box 4G Pro, NomoTech envisage au moins une offre à débit symétrique à 20 ou 30 Mb/s, avec garantie de débit. Les détails ne sont pas encore connus.

Couverture 4G Box Bouygues Telecom
La 4G Box de Bouygues Telecom vise la majeure partie du territoire, avec des débits variables

30 000 abonnés sur ses réseaux radio

Aujourd'hui, NomoTech déclare disposer de 3 000 sites radio en Wi-Fi et WifiMAX (en plus de sites WiMAX), « sur quatre ou cinq générations de technologies », pour environ 30 000 abonnés. Son fournisseur d'accès Ozone compterait 50 000 abonnés, sur les réseaux du groupe et ceux d'autres opérateurs comme Altitude et Axione (en AirLAN, Wi-Fi ou WiMAX). « Nous sommes en pleine conquête sur la fibre » affirme aussi l'entreprise, qui n'avance pas plus de chiffres.

« On est le plus grand des petits FAI, et on ambitionne de devenir le plus petit des grands » avance Philippe Le Grand, avec un certain sens de la formule. Elle affiche un chiffre d'affaires de 33 millions d'euros l'an dernier, comptant le doubler sur trois ans et le tripler sur cinq ans. L'export, qui compte pour 10 % des revenus, devrait aussi voir sa part augmenter. Corolaire : le passage de 200 emplois cette année à 400 en trois ans, « au pire en cinq ans » selon le succès sur les appels d'offres.

Pour le moment, donc, NomoTech répond à cinq appels d'offres qui doivent se clore à la fin de l'année, pour environ 300 stations déployées en 2018. Une dizaine d'appels d'offres pourraient arriver l'an prochain. « C'est au-delà de toute espérance » s'enthousiasme Philippe Le Grand. Les réseaux en question auraient une durée de vie d'au moins cinq ans, la fibre ne devant parfois pas arriver avant 2023, voire 2030.

Un financement revu pour la montée en débit radio ?

Ces ambitions sur la 4G fixe n'étaient pas évidentes il y a encore deux ans. Comme nous le révélions, la place actuelle de la « radio » dans le plan France THD a bénéficié d'un coup de pouce de la fédération des industriels des réseaux publics (Firip), via Philippe Le Grand lui-même, fin 2015. Il a ainsi défendu ces technologies devant la Commission européenne, qui était en pleine analyse du plan français sous l'angle de la concurrence.

De quoi agacer Bercy, qui avait déjà du mal à expliquer France THD à Bruxelles. L'histoire se régla lors d'une réunion au ministère, après des remontrances publiques. « On a d'abord été mal aimés dans le plan France THD. On a eu l'occasion de nous exprimer, ce qui nous a un peu valu les foudres d'Axelle Lemaire. Au TRIP AVICCA du printemps 2016, Emmanuel Macron annonçait ensuite tout le bien qu'il pensait des technologies hertziennes terrestres » résume le vice-président de NomoTech.

Aujourd'hui, l'entreprise attend une évolution du cahier des charges du plan d'ici la fin de l'année. Elle espère un financement des réseaux très haut débit radio équivalent à celui de la montée en débit sur le réseau cuivre d'Orange (via l'offre PRM). Une mesure symbolique avec peu de conséquences budgétaires, estime Le Grand.

Le lourd spectre du WiMAX

Plus concrètement, le TD-LTE souffrira-t-il d'un effet WiMAX ? Pour mémoire, cette technologie promettait monts et merveilles, devant assurer la couverture en haut débit de zones reculées. Las, son exploitation s'est soldée par plusieurs échecs retentissants. Il y aurait donc de quoi refroidir les collectivités face à la 4G fixe. 

« On souffre de la grande époque des annonces WiMAX, par exemple d'Intel, 50 Mb/s sur 70 km. C'était vraiment n'importe quoi. Il est hors de question de le connaître de nouveau » répond NomoTech, qui n'en exploitait pas lui-même. Il tacle la spéculation supposée de l'époque sur les fréquences, de la part d'opérateurs en recherche de capitalisation. Il reste que les exploitants en ont souffert, à l'image d'Altitude Infrastructure, qui s'affirme désormais comme l'un des futurs grands exploitants de fibre publique.

Les réseaux radio ont aussi subi la concurrence de la montée en débit fixe d'Orange. Le petit opérateur normand Infosat attaque toujours la France devant la Commission européenne, ayant officiellement perdu un tiers de ses revenus. « Il y a un manque de considération pour son travail, avec des investissements filaires dans sa zone. Il est dans son droit. Moi-même, j'ai été confronté à cela dans trois ou quatre départements » réagit Philippe Le Grand.

Il estime tout de même que ces déploiements filaires traduisent bien un souci de qualité de service « radio », et que cette situation « n'a pas vocation à se reproduire ».

Pas de 5G mais de la diversification

Alors que les opérateurs nationaux et les équipementiers expérimentent la 5G (voir notre guide), pour une commercialisation dès 2020, NomoTech n'a pas encore attaqué ces travaux. Elle peinerait déjà à obtenir une 4G fixe finalisée chez l'ensemble de ses partenaires.

L'entreprise mise plutôt sur la diversification, via NomoSphere (réseaux Wi-Fi publics, notamment en gares) et NomoSense. Lancée en janvier, cette dernière est la branche Internet des objets de la société, qui propose des réseaux publics très bas débit LoRa à des collectivités (départements ou plus), avec des outils de traitement des données.

De quoi pérenniser l'emploi, l'un des sujets d'inquiétude à long terme de la Firip. Certains acteurs songent déjà à la reconversion de ses effectifs une fois les réseaux déployés, en 2030. « Nous avons seulement 10 à 15 % de nos effectifs sur les déploiements. Tout le reste concerne l'exploitation, la commercialisation, le développement des services et l'innovation à côté. Quand, un jour, la radio s'arrêtera et si nous n'avons pas réussi notre diversification, alors la question se posera sur 10 à 15 % des salariés » veut rassurer NomoTech.


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