Toshiba attend 7,5 Md€ de pertes sur 2016, Western Digital passe à l'attaque

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Finances
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le mardi 16 mai 2017 à 16:35
Kevin Hottot

En attendant ses résultats définitifs, Toshiba a publié des prévisions (très tardives) pour l'ensemble de son exercice fiscal 2016, terminé depuis le 31 mars dernier. Pendant ce temps, le géant nippon est trainé en justice par son partenaire Western Digital, peu satisfait du sort de ses co-entreprises.

Toshiba enchaîne les déconvenues depuis bientôt deux ans. D'abord, l'entreprise a connu en juillet 2015 la démission de son PDG et de plusieurs membres de son conseil d'administration, sur fond de scandale financier. Des experts indépendants avaient en effet noté de nombreuses irrégularités dans la comptabilité de l'entreprise, qui maquillait ses bilans depuis 2008. Une fraude qui avait permis de gonfler artificiellement les résultats du géant nippon à hauteur d'environ un milliard d'euros sur cette période. 

Quand ça ne veut pas...

Six mois plus tard l'entreprise se voyait contrainte de supprimer 6 800 postes après avoir présenté des prévisions désastreuses pour son exercice 2015 (clos fin mars 2016), tablant sur des pertes nettes de 4,2 milliards d'euros. Un plan de départ qui se soldera notamment par un abandon du marché du PC grand public en Europe, annoncé fin février 2016.

Quelques semaines seulement après cette annonce, Toshiba revoit à la hausse le nombre d'emplois sacrifiés dans le cadre d'une restructuration de ses activités au Japon. De 10 840 suppressions de postes, on passe ainsi à plus de 14 000, tandis que la division lifestyle (comprenant les activités liées aux PC) fait passer son total de 6 800 à plus de 7 600 salariés. Une véritable hécatombe.

Un malheur ne venant jamais seul, Toshiba a annoncé en janvier dernier que le rachat bouclé début 2016 de CB&I Stone & Webster, une entreprise spécialisée dans la construction de centrales nucléaires, ne s'était pas exactement passé comme prévu. Sans même parler de la dévalorisation conséquente de cet actif acheté à prix d'or, il est question du versement probable de plus de 2 milliards de dollars de pénalités, en raison du retard pris par plusieurs gros chantiers. Et ce n'est pas terminé, d'autres problèmes étant venus s'ajouter à la liste depuis... 

Western Digital ne veut pas vendre ses co-entreprises à n'importe qui

Pour tenter de se remettre sur pieds, Toshiba a déclaré vouloir séparer ses activités liées à la fabrication de puces NAND dans une filiale indépendante, ce afin de lui permettre d'accueillir des investissements tiers. Une opération qui pourrait s'avérer très lucrative. Le journal Nikkei, généralement bien informé, évoquait ainsi fin mars des offres de près de 18 milliards de dollars arrivées sur la table du géant nippon. Une somme suffisante pour renflouer ses comptes, mis à mal depuis plusieurs années. 

Problème, en rachetant SanDisk pour 19 milliards de dollars, Western Digital a mis la main sur des parts dans plusieurs co-entreprises œuvrant dans ce domaine avec Toshiba et a justement son mot à dire dans cette histoire. Les deux entreprises sont partenaires depuis 17 ans, et avaient prévu dans leurs contrats que le transfert des co-entreprises vers une autre structure ne peut se faire sans le consentement des deux intéressés. Or, Western Digital n'est pas d'accord avec l'idée de transférer les actifs de Toshiba, dont les co-entreprises, dans un nouvel ensemble, et encore moins d'accueillir de nouveaux investisseurs. 

Le fabricant de disques durs affirme que « demander un dédommagement au travers d'un arbitrage en justice n'était pas notre premier choix pour résoudre ce différend. Cependant, tous nos efforts pour trouver une solution ont échoué, et nous croyons qu'une action en justice est désormais une étape nécessaire ». Il ajoute que Toshiba a « désormais répudié toute intention d'obtenir le consentement de SanDisk avant de vendre Toshiba Memory au meilleur enchérisseur ». 

Pendant ce temps, à Tokyo... 

Simultanément, l'inventeur du HD DVD (encore un flop...) présentait hier à ses investisseurs, 45 jours après la date de fin de son exercice 2016, des « prévisions » afin qu'ils puissent avoir une première idée de la teneur des résultats annuels de l'entreprise, qui tardent à venir. Pour rappel, la situation était similaire au trimestre précédent, Toshiba dévoilant avec trois mois de retard des résultats qui n'avaient pas été validés par son commissaire aux comptes, pour le troisième quart de l'année. 

Toshiba prévisions 2016Toshiba prévisions 2016

Le géant nippon s'attend donc à devoir présenter un chiffre d'affaires d'environ 4 870 milliards de yens, soit 38,8 milliards d'euros, en recul de 5,5 % sur un an. Le résultat net passerait quant à lui de pertes de 460 milliards de yens (3,66 milliards d'euros) sur l'exercice 2015 à un trou de 950 milliards de yens, ou 7,56 milliards d'euros. Un score catastrophique que le groupe doit principalement aux pertes de 1 260 milliards de yens (10 milliards d'euros) enregistrés par sa branche nucléaire, partiellement placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites.  

Pour l'exercice suivant, Toshiba table sur un léger recul de son chiffre d'affaires, qui se stabiliserait autour de 4 700 milliards de yens, ou 37,4 milliards d'euros. Le groupe espère renouer avec les bénéfices, en signant un résultat net de 50 milliards de yens, soit environ 400 millions d'euros. 

Parmi ses prévisions, le géant japonais laisse entrevoir que de nouvelles coupes sont à prévoir dans ses effectifs. Il compte ainsi passer d'environ 166 900 employés au 31 mars à seulement 153 500 trois mois plus tard, soit 13 400 suppressions de poste en attente, majoritairement dans le domaine de l'énergie.

En bourse, le cours de l'action Toshiba a reculé de 12,15 % lors de la dernière séance à Tokyo, valorisant l'entreprise à 7,75 milliards d'euros, soit 18 % de moins qu'au 1er janvier, et 2 % de mieux qu'il y a un an. 


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