Fall Creators Update : une continuité pour pousser Windows 10 au centre des écosystèmes

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le vendredi 12 mai 2017 à 16:45
Vincent Hermann

La conférence de Microsoft hier soir durant la BUILD était centrée sur Windows 10. Si la plupart des annonces concernaient le système, d’autres informations importantes ont été données. En voici le résumé.

Contrairement à ses habitudes, Microsoft n’avait pas débuté sa conférence BUILD en parlant des prochaines grosses évolutions de Windows. La première keynote avait ainsi été consacrée au cloud, plus particulièrement aux nouveaux services Azure, dont les ajouts les plus importants étaient clairement Cosmos DB (base de données distribuée) et le Cloud Shell, permettant aux développeurs d’utiliser Bash pour leurs opérations distantes.

Hier soir, l’éditeur s’est enfin décidé à parler de Windows 10. Les annonces y ont été nombreuses, avec la confirmation de l’arrivée pour l’automne prochain de la Fall Creators Update, nom final de ce que l’on ne connaissait jusqu’à présent que sous l’appellation « Redstone 3 ».

Une deuxième Creators Update pour Windows 10

La prochaine évolution majeure contiendra d’importantes nouveautés pour l’écosystème Windows. L’application Story Remix, déjà détaillée hier soir, réunira au sein d’une même interface de nombreuses fonctionnalités de retouche photo et vidéo. Le bouton Remix permet par exemple de sélectionner divers contenus pour créer automatiquement une vidéo cohérente, avec musique. L’application peut être testée actuellement dans la préversion 16193, disponible depuis hier soir dans le canal rapide du programme Windows Insider.

On retrouvera également les OneDrive Files-OnDemand, une fonctionnalité qui avait disparu dans Windows 10. Il s’agit pour rappel d’empreintes des fichiers ne réclamant presque aucun espace disque. Ces derniers sont téléchargés à la demande, ou si l’utilisateur les déclare comme toujours synchronisés. Pour les machines disposant de peu de stockage et/ou dans le cas d’un dossier OneDrive particulièrement rempli, une telle fonctionnalité peut permettre des économies substantielles.

Timeline sera elle aussi une fonctionnalité forte. Windows 10 repèrera les tâches de l’utilisateur et permettra de les rouvrir où elles en étaient. C’est une évolution de l’actuel Affichage des tâches. Par exemple, la Timeline pourra montrer Word et le document en cours d’édition la veille. Un clic sur la vignette et l’utilisateur reprendra son travail où il l’avait laissé. Il faut cependant que les données soient stockées dans OneDrive et que les applications soient elles-mêmes compatibles avec cette fonctionnalité.

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Point important, la technologie sous-jacente à la Timeline (Pick Up Where You Left Off) sera exploitable aussi bien sur les ordinateurs Windows que les smartphones, qu’ils soient sous Android, iOS ou Windows 10 Mobile. Cette notion de continuité est clairement l’une plus grosses fonctionnalités qui manquait au système. L’ensemble est compatible avec Cortana et peut donc être piloté à la voix, ou proposé automatiquement par l’assistant.

Autre apport attendu de pied ferme : Clipboard Syncing. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un presse-papier synchronisé. Une information copiée sur une machine peut être collée sur une autre, tant qu’elles sont reliées par le même compte Microsoft. La fonctionnalité peut paraître évidente, mais elle n’est apparue qu’au cours de la dernière année sur Android et iOS.

Le Fluent Design System, ou l’évolution de ModernUI

Le FDS est un chapitre que beaucoup attendaient de pied ferme. En dépit de capacités techniques certaines, Windows 10 ne faisait en effet aucun effort visuel pour plaire à l’œil. Sa sobriété extrême a confiné jusqu’à présent au dépouillement, et un grand nombre d’utilisateurs pestent contre un style qu’ils trouvent bien trop pauvre, alors que l’accélération graphique est omniprésente.

ModernUI va donc évoluer vers un nouveau langage graphique, qui n’est pour autant pas entièrement défini. La présentation de Microsoft était floue, mais des éléments comme la transparence, les animations, la lumière, les matériaux ou encore la profondeur de champ seront les briques principales.

Le Fluent Design System va être exploité par Microsoft en partie dans la Fall Creators Update pour réviser une partie de l’interface, tout en étant proposé aux développeurs. L’éditeur précise cependant que cette révision générale se fera au fur et à mesure, à la manière de Google et de son Material Design. Il ajoute qu’il est particulièrement en attente des retours des développeurs, le FDS n’en étant qu’à ses débuts.

L’idée sous-jacente est dans tous les cas que ce nouveau langage graphique doit convenir à l’ensemble des appareils sous Windows 10. Microsoft l’a clairement expliqué : les nouvelles expériences bâties sur le FDS seront notamment exploitables en réalité mixte, qui est amenée un grand rôle dans l’avenir de l’entreprise. À voir si les clients suivront.

Il est clair dans tous les cas que Fluent est un apport bienvenu. Le potentiel est intéressant et les utilisateurs pourraient en finir avec des interfaces souvent jugées tristes et ennuyeuses. La question de ce que les développeurs en feront est par contre une autre paire de manches. Espérons qu’on ne verra pas proliférer des applications aux effets trop nombreux, même si ceux fournis par le FDS ont l’air globalement assez discrets.

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Il est probable que ces images, issues de la vidéo officielle, soient davantage là pour montrer ce qu'il est possible de faire que simplement ce qui est prévu dans Windows. C'est particulièrement le cas pour la capture de droite, qui montre un Explorateur largement transformé.

Windows promu comme plateforme pour tous les développements

Plusieurs annonces ont également été faites pour les développeurs, la plupart autour de technologies qui ont vocation à être utilisées sur plusieurs plateformes. Le point d’intersection de l’ensemble, on s’en doute, est Visual Studio 2017 qui pour Microsoft est une excellente raison de développer sous Windows. Et ce, même si l'éditeur vient tout juste de lancer Visual Studio pour Mac en version finale.

Plus tard dans l’année, deux nouveautés importantes seront ainsi diffusées. La première, .NET Standard 2.0 pour UWP, définira ce qu’il est possible de faire dans une application UWP. Autant dire que la nouvelle version est attendue de pied ferme, car il y a actuellement un retard fonctionnel vis-à-vis de Win32, qui lui a pu évoluer pendant de nombreuses années.

Microsoft publiera plus ou moins en même temps la spécification XAML Standard 1.0. Elle sera chargée de définir un vocabulaire commun de description des interfaces pour l’ensemble des plateformes où .NET peut s’exécuter (Windows, macOS, Linux…). Tous les éléments graphiques auront donc des noms uniques, ce qui devrait passablement simplifier le développement.

Plusieurs autres technologies sont en outre disponibles immédiatement. Le Microsoft Graph s’occupe par exemple de toutes les mises en relation d’informations distantes et s’appuie largement sur le cloud. Le projet Rome, qui permet de faire circuler informations et commandes entre des applications sur un réseau, prend désormais en charge iOS.

Enfin, Microsoft a amélioré son Xamarin Live Player pour Visual Studio. Dédié au développement des applications mobiles, il prend lui aussi en charge iOS. Il permettra donc d’afficher en temps réel sur un iPhone raccordé au PC les modifications faites sur le code. Précision importante, ce déploiement local ne fait plus intervenir Xcode.

Un Windows Store à remplir, iTunes entre dans la danse

Microsoft est revenu brièvement sur son Windows Store, dont la problématique globale de remplissage a pris récemment un nouveau tournant avec l’annonce de Windows 10 S. Dans ce dernier, les applications ne peuvent être installées que depuis la boutique, qu’elles soient en UWP ou en Win32, ces dernières devant alors passer par le Desktop App Converter (ex-Centennial).

Dans ce contexte, il devient primordial pour le Store de disposer d’un certain nombre d’applications considérées comme essentielles. Ce constat est d’autant plus clair que les conditions de la boutique ne permettant par exemple à des navigateurs tiers d’être intégrés que s’ils utilisent les moteurs de rendu et JavaScript fournis par la plateforme, autrement ceux d’Edge.

Aussi, l’annonce de l’arrivée d’iTunes dans le Windows Store est une étape importante. Non seulement ceux qui en auront besoin pour gérer leur appareil iOS pourront le faire depuis Windows 10 S, mais Microsoft peut envoyer un signal fort aux développeurs : « Même Apple nous soutient ». SAP a fait la même chose avec son produit Digital Boardoom, qui arrivera bientôt lui aussi sur le Store.

C’est le Store également qui distribuera les sous-systèmes Linux compatibles avec Windows 10. Actuellement, on ne trouve qu’Ubuntu 16.04. Avec la Fall Creators Update, les développeurs et administrateurs pourront également installer Suse et Fedora, selon la plateforme qu’ils préfèrent.

Les développeurs n’ont donc plus qu’à se décider, mais il s’agit clairement d’un domaine où rien n’est jamais acquis. Sur macOS, on assiste par exemple à une fuite progressive des éditeurs à cause de conditions trop strictes, que ne viennent contrebalancer que peu d’avantages.

Edge va encore évoluer, mais ne sera pas indépendant

On ne peut pas dire pour l’instant qu’Edge motive particulièrement les foules, mais ce n’est pas faute côté Microsoft de l’améliorer. Face notamment au poids de l’inertie dans ce domaine, l’éditeur ne peut finalement que continuer à l’enrichir, en attendant d’éventuels jours meilleurs.

Sans surprise, Edge sera donc meilleur dans la Fall Creators Update. Le navigateur profitera d’un passage par le Fluent Design System et verra son interface modernisée. Durant les démonstrations, on pouvait notamment observer comment un utilisateur pouvait agrandir le champ de saisie d’une pression du stylet pour écrire directement ce qu’il voulait. Les animations seront retravaillées, notamment à l’ouverture des favoris, de l’historique, etc.

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Sous le capot l’éditeur veut également améliorer la réactivité générale, notamment à l’ouverture/fermeture des onglets. Ajout intéressant, la prochaine mouture supportera les Progressive Web Apps de Google, ces dernières ayant pour rappel un comportement qui les rapprochera davantage d’applications natives, notamment dans ses interactions avec le système.

Enfin, face à une rumeur qui prenait de l’ampleur, Microsoft a tranché : non, il n’est pas prévu qu’Edge devienne une application indépendante. Ses nouveautés resteront donc dépendantes des versions majeures, qui seront pour rappel diffusées deux fois par an, en mars et septembre.

Des contrôleurs spécifiques pour la réalité mixte

En fin de conférence, Microsoft a également présenté des contrôleurs pour la réalité mixte. Ils sont compatibles avec l’ensemble des produits prenant en charge Holographic, la couche Windows s’occupant justement de tout ce qui touche à la réalité mixte/virtuelle. Ils sont munis de capteurs lumineux, de boutons et de gâchettes permettant de manipuler l’environnement.

Parallèlement, les casques compatibles Holographic produits par les partenaires se rapprochent. Aux États-Unis, deux kits de développement sont ainsi disponibles en précommande, l’un chez Acer à 299 dollars, l’autre chez HP à 329 dollars. Ces kits seront mis à jour plus tard pour intégrer les nouveaux contrôleurs, l’ensemble étant prévu pour 399 dollars.

Microsoft en profite pour dévoiler les configurations matérielles pour les développeurs qui veulent se pencher sur ces réalités. Il faudra des machines relativement puissantes, avec des processeurs Core i7 ou Ryzen 7, des GeForce GTX 980/1060 ou Radeon RX 480 et au moins 16 Go de mémoire vive.

Windows 10 sur ARM pourra faire fonctionner toutes les applications

À l’écart de la conférence, Microsoft a confirmé que cette édition spécifique de Windows 10 sera en capacité de faire tourner aussi bien les applications du Store que celles récupérées sur le web. Autrement dit, Windows 10 pour ARM sera plus libre que l’édition 10 S qui, elle, reste dépendante du Store.

Attention cependant, car même si ce Windows pourra s’utiliser comme une version classique pour PC, le fonctionnement des applications dépendra quand même de la puissance disponible. L’éditeur avait confirmé qu’un Snapdragon 835 serait un minimum, et si cette puce a de quoi largement assurer dans un smartphone, elle a encore tout à prouver dans un environnement de type desktop.

Les outils sont là, mais...

Pris séparément, ces ajouts ne sont pas foncièrement révolutionnaires. Ils ne sont pas tous non plus de même importance. Certains sont plus « anecdotiques » car se basent sur des cas d’utilisation particuliers, comme l’application Story Remix. D’autres au contraire ont un potentiel beaucoup plus important, notamment le Fluent Design System.

Mais c’est bien l’ensemble qui pourrait largement transformer Windows 10 en 2017. Microsoft donne les outils pour renforcer la position de son système au cœur des écosystèmes, notamment en le changeant petit à petit en plateforme « idéale » de développement. Le message commercial envoyé aux développeurs est ainsi très clair : un Windows, un Visual Studio, et ils pourront créer pour n’importe quelle plateforme.

La conjonction du FDS et de .NET Standard 2.0 pourrait débloquer la situation du Store, en le rendant plus attrayant, particulièrement avec la spécification XAML Standard 1.0. Les applications qui y seront placées pourront donc être exploitables sur tous les appareils Windows 10, en particulier ceux de réalité mixte, auxquels Microsoft croit dur comme fer. Même sans le FDS, les développeurs peuvent créer des applications pour toutes les autres plateformes, avec le même code.

La seule question qui reste finalement est : répondront-ils présents ?


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