Snap rate son grand oral devant Wall Street, son action plonge de 22 %

La croissance à la Twitter 17
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Crédits : AndreyPopov/iStock/ThinkStock
Finances
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le jeudi 11 mai 2017 à 14:09
Kevin Hottot

Pour la présentation de ses premiers résultats trimestriels depuis son introduction en bourse, Snap Inc a fait très fort, mais pas dans le bon sens. Croissance plus lente que prévu, direction bornée... L'étalon sur lequel tout Wall Street misait prend finalement des allures de tocard. 

Une première fois, c'est toujours compliqué. Mais hier pour Snap et son PDG Evan Spiegel, le baptême du feu ne s'est pas vraiment passé comme prévu et ce pour plusieurs raisons. 

Une croissance plus lente qu'espéré

Avec un chiffre d'affaires de 149,6 millions de dollars au premier trimestre, Snap signe une croissance annuelle de 286 %. Un score qui en l'état pourrait être impressionnant, mais qui n'a pas soulevé la joie des analystes de Wall Street. Ceux-là s'attendaient en moyenne à 158 millions de dollars. 

L'EBITDA de Snap a lui aussi beaucoup baissé en valeur absolue. Avec 188,2 millions de dollars de pertes, le fossé s'est nettement creusé par rapport au premier trimestre 2016, où le trou n'était que de 93,2 millions de dollars.

Du côté du résultat net enfin, il est toujours question de pertes pour l'entreprise. Elles s'élèvent au dernier trimestre à, tenez-vous bien, 2,208 milliards de dollars. Un chiffre astronomique qui tient compte de 2 milliards de dollars de rémunérations en actions pour les employés et dirigeants de Snap, au titre de la réussite d'objectifs liés à l'introduction en bourse de la société. 

L'audience ne progresse pas assez vite

Le bât ne blesse pas seulement du côté des revenus pour Snap, mais aussi de celui de l'audience. Avec 166 millions d'utilisateurs quotidiens (DAU) au premier trimestre 2017, la société compte 8 millions d'adeptes de plus qu'il y a trois mois et 44 millions de mieux qu'un an plus tôt, mais ce n'est (de l'avis des actionnaires) pas un score suffisant pour une société aussi jeune. En effet, le taux de croissance de son audience se rapproche plus de celui de Twitter que de Facebook, toujours en pleine explosion plus de 10 ans après son lancement. 

Cette audience progresse différemment selon les territoires. En Amérique du Nord, Snap compte 71 millions d'utilisateurs quotidiens, soit 3 millions de plus qu'il y a trois mois. En Europe, le total de DAU atteint 55 millions, là aussi avec l'arrivée de 3 millions de nouvelles têtes sur les trois derniers mois. Dans le reste du monde, le niveau stagne à 40 millions (+1 million en 6 mois). 

Comme pour se rassurer, sur ses diapositives, l'entreprise préfère mettre en avant le nombre de snaps échangés chaque jour sur Snapchat, passé de 2,5 milliards par jour à 3 milliards par jour en 6 mois, croissant bien plus vite que l'audience. La marque d'utilisateurs de plus en plus engagés avec l'application, si bien qu'ils y passent en moyenne 30 minutes par jour. 

Je suis tombé par terre, c'est la faute à Zuckerberg...

Autre problème pour Snapchat, l'inévitable concurrence de Facebook. La firme de Mark Zuckerberg a multiplié les attaques directes contre l'application d'Evan Spiegel, en reprenant la plupart de ses fonctionnalités sur ses produits maison. 

Ainsi, Instagram propose des Stories depuis août 2016, et les accompagne de publicités. Un principe repris également par Facebook Messenger en mars dernier, sous l'appellation « Ma journée », après avoir repompé l'idée des filtres en décembre. Même la messagerie chiffrée WhatsApp a eu le droit à cette évolution aves ses « Statuts ». 

Le souci, c'est que les copies semblent mieux prendre auprès du public que l'original. 200 millions de personnes utiliseraient ainsi quotidiennement les Stories d'Instagram, soit davantage que toute la base d'utilisateurs de Snapchat.

Une douloureuse épine dans le pied de Snap, mais Evan Spiegel, son PDG et fondateur, affirme qu'il ne s'agit pas vraiment d'un problème. Au contraire, ces copies sont plutôt flatteuses. « Si vous voulez être une entreprise créative, vous devez être à l'aise, et apprécier le fait que des gens vont copier vos produits si vous faites du bon travail », déclare-t-il. Il ajoute « qu'au bout du compte, ce n'est pas parce que Yahoo a un moteur de recherche que cela signifie qu'ils sont Google ». Les intéressés apprécieront. 

Spiegel n'a pas non plus peur de son concurrent. Du tout. Il assure en effet que ce cycle de copie est somme toute normal. « Quand Facebook est arrivé, tout le monde a senti qu'ils avaient besoin d'une stratégie sociale. Et maintenant je pense qu'avec Snap, qu'avec notre entreprise, nous pensons que tout le monde va développer une stratégie autour des caméras ».

Le petit succès des lunettes Spectacles

Tout n'est cependant pas noir dans les résultats de Snap. L'entreprise a rencontré un petit succès aux États-Unis avec ses lunettes connectées Spectacles. Celles-ci permettent pour rappel de filmer des snaps et de les envoyer directement sur le réseau social. Un produit qu'Evan Spiegel qualifie de « jouet », tout en affichant son joujou à 129,99 dollars pièce. 

Il n'empêche que ce jouet fait les affaires de Snap. Depuis son lancement, il a compté pour 12,5 millions de dollars de revenus, dont 8 millions sur le seul premier trimestre. Un chiffre encourageant qui laisse entendre à l'entreprise qu'elle a un coup à jouer dans ce domaine. Même si rien n'est confirmé à ce sujet pour le moment, les utilisateurs européens peuvent donc légitimement espérer que les lunettes fassent leur entrée un de ces jours sur le vieux continent. 

Panique à Wall Street

Résumons donc la situation. Snapchat perd plus d'argent que par le passé, voit son chiffre d'affaires progresser rapidement, mais moins que ce à quoi les analystes s'attendaient. Parallèlement, le réseau social voit son audience grimper, mais à un rythme jugé trop lent pour une entreprise aussi jeune, alors qu'en même temps, Facebook parvient à faire mieux en copiant ses principes.

Pour couronner le tout, la direction de l'entreprise ne semble pas s'en inquiéter, ni vouloir changer de stratégie. Au chapitre des bonnes nouvelles, on retiendra quand même Snap dispose depuis son introduction en bourse d'un solide matelas de cash : environ 3,2 milliards de dollars, et que sa diversification dans les objets connectés fonctionne plutôt bien. 

Avec tous ces éléments en mains, les investisseurs ont montré leur mécontentement à leur manière, avec une chute spectaculaire de 22 % du cours de l'action Snap, au moment où nous rédigeons cette actualité. À 17,84 dollars elle atteint un niveau inférieur à celui de son introduction, valorisant la société à 22 milliards de dollars. Un spectacle auquel Evan Spiegel aurait certainement préféré échapper.


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