Thunderbird restera chez Mozilla, mais comme une entité à part

Tant qu'il n'empiète pas sur Firefox 67
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Vincent Hermann

Après plus d’un an et demi de réflexion, l’équipe en charge de Thunderbird donne les premiers éléments de son avenir. Dans les grandes lignes, le client email restera au sein de l’enseigne Mozilla, mais son fonctionnement sera indépendant. Une entité dans l’entité.

En décembre 2015, Mitchell Baker, alors PDG de Mozilla Corp., annonçait qu’une grande réflexion s’ouvrait sur le destin de Thunderbird. Le temps s’approchait pour l’éditeur de se concentrer sur Firefox de manière radicale, et il cherchait donc le meilleur moyen de voir le client email continuer sa vie sans pour autant qu’il devienne un poids mort, notamment parce que son développement utilisait les mêmes infrastructures que celles du navigateur.

Mission avait été donnée à Simon Phipps, ancien président de l’OSI (Open Source Initiative), de faire le point sur la situation et de livrer ses conclusions. En avril 2016, Phipps envisageait plusieurs pistes, dont la plupart revenait à trouver un nouveau foyer à Thunderbird, notamment au sein de la Software Freedom Conservancy ou la Document Foundation (qui gère LibreOffice). Il n’était pas impossible non plus de voir l’apparition d’une Thunderbird Foundation.

Prise de conscience progressive

Pendant que l’idée d’un départ ou d’une entité séparée faisait son chemin, les membres du Thunderbird Council – organe décisionnaire – listaient petit à petit les moyens nécessaires aux développeurs : code proprement dit, tests, gestion de la communauté, finances et ainsi de suite.

Mais quelle que soit la solution adoptée, il fallait remplir les caisses. Parallèlement, le Council a donc mis en place un système de dons, Mozilla gérant alors l’aspect fiscal du flux. Cet argent a servi à couper les premiers liens avec Mozilla, notamment pour le fonctionnement de certains services propres au client email, la création du site Thunderbird.net et autres.

L’enchainement des mois a cependant provoqué un changement progressif de l’état d’esprit : puisque l’argent rentre grâce aux dons et que l’équipe se détache petit à petit des infrastructures de Mozilla sans affecter le travail de qui que ce soit, pourquoi ne pas rester sur place ?

Un pied dedans, un pied dehors

Un an et demi après les premières interrogations sur l’avenir de Thunderbird, une décision a donc été prise. Une solution hybride finalement, puisqu’une partie des activités autour du client email continuera d’être géré par Mozilla, mais tout ce qui touche au développement sera géré de manière complètement séparée, comme une entité indépendante au sein de l’association.

Concrètement, la fondation Mozilla continuera de gérer tout ce qui touche aux aspects juridiques et financiers de Thunderbird, tout en maintenant un lien culturel fort. Après tout, Thunderbird est étroitement associé à l’image de Mozilla, autant que les choses restent ainsi.  

Mozilla remercie donc toutes les organisations qui avaient pris contact pour devenir les nouveaux foyers de Thunderbird, qui reste chez ses parents.

Fonctionnement et mécanisme de secours en cas de problème

La décision est intéressante à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle met fin à une longue période d’incertitude, notamment pour la communauté, Thunderbird restant un logiciel populaire. Ensuite parce qu’elle prévoit un mécanisme de sécurité au cas où cette intégration viendrait à échouer.

La fondation expose ainsi plusieurs points. D’une part, le Thunderbird Council et la fondation doivent maintenir de bonnes relations afin que les décisions soient prises dans un temps raisonnablement court pour tout ce qui touche à l’organisation. D’autre part, le Council et l’équipe de développement devront progresser rapidement pour terminer les travaux actuels sur l’indépendance de la structure. Ce qui signifie notamment se détacher complètement des infrastructures utilisées par Mozilla pour Firefox.

Enfin, si ces deux points ne sont pas respectés, Mozilla pourra déclencher une rupture. Si le cas devait se présenter, Thunderbird aurait six mois pour trouver « un nouvel hôte fiscal et juridique ». On imagine donc que le contact n’a pas été entièrement rompu avec les organisations qui s’étaient manifestées l’année dernière.

L’avenir de Thunderbird à court terme : un travail intensif

Mozilla indique que le client email possède actuellement 25 millions d’utilisateurs actifs. Ils seront sans doute rassurés de voir que leur logiciel reste sous le parapluie de Mozilla, en tout cas pour ceux que ce genre de considération intéresse.

Pour l’instant cependant, rien ne garantit que cette transition se fera avec succès. Le travail qui attend les développeurs et le Council est imposant. De manière progressive, ils vont devoir finir la séparation avec les outils actuellement utilisés, créer leur propre infrastructure et grandir en capacité, sans parler de la nécessaire période de rodage d’un tel changement.

Il n’est par ailleurs pas interdit que l’équipe doive au final créer une nouvelle entité légale pour gérer les opérations. Les dons seraient alors réorientés vers cette structure et les rapports avec Mozilla changeraient également pour devenir « plus contractuels ». En d’autres termes, les deux organisations seraient des partenaires commerciaux, avec un contrat en bonne et due forme.

La situation actuelle est en fait résumée par Mozilla : « Tant que Thunderbird ne ralentit l’avancée de Firefox, il ne semble y avoir aucun obstacle à la prolongation de cette coexistence ». Il faut dire que le navigateur a un programme particulièrement chargé pour 2017, avec notamment une marche rapide vers Quantum, son nouveau moteur de rendu, et un élargissement du multiprocessus.

Des technologies qu'il faudra remplacer

Les projets de Firefox jouent justement un rôle déterminant dans l’avenir de Thunderbird. La migration de l’actuel moteur de rendu Gecko vers Quantum finira par provoquer tôt ou tard l’abandon complet du premier. Ce qui aura de grandes conséquences pour le client email.

Thunderbird va donc rester « pour l’instant une application basée sur Gecko ». Le plan est à moyen terme : il n’y aura pas de changement technique dans l’immédiat, mais les développeurs savent que bon nombre de technologies actuellement utilisées dans le logiciel sont condamnées. À long terme, l’objectif est de migrer vers des technologies du web, mais l’équipe ne donne aucun détail sur la manière dont elle compte procéder, ni sur ce que sont les technologies en question.

Elle indique cependant dès à présent qu’il faudra un travail conséquent, et elle appelle toutes les bonnes volontés à se manifester, notamment pour des développeurs chevronnés qui aimeraient offrir de leur temps pour un planning qui s’annonce chargé.

Une certitude néanmoins : Thunderbird restera un projet open source.


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